Emmanuelle Pireyre

portait écrit et lu à Midi-minuit, Nantes, samedi XX octobre 2006
et paru dans Gare Maritime 2007 (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes)

Il n’ y a pas d’il n’y pas de raisons, ce ne doit pas être C’est comme ça, ce ne doit pas être C’est la vie. Et ce même si c’est effectivement la vie, même si vraiment c’est comme ça, même s’il n’y a décidément pas de raisons à cela. Même si, même si réalité nous courbe et plie, nous chercherons toutes les raisons qu’il n’y a pas, examinerons l’envers et toutes les coutures de la vie que c’est, réfuterons ça jusque dans ses retranchements. Citons Emmanuelle Pireyre, dans Comment faire disparaître la Terre:

« C’est une question du même ordre qu’il faut poser au nouvel état de la vision extralucide : Chères autorités, est-ce pour s’intéresser à régler des problèmes pratiques, à calculer des doses de médicaments et des itinéraires routiers, est-ce dans ce but soporifique que nous devons veiller à rester aussi lucides ? Que nous devons être et que nous sommes d’une clairvoyance aiguë, d’une énergie immense et sobre ? Qu’allons-nous faire de toute cette vigueur ? C’est ce genre de questions qu’il nous faut maintenant poser, nous qui avons zéro virgule zéro gramme d’alcool dans le sang et les poumons nickel et qui sommes par conséquent légèrement à cran. »

C’est vrai aussi qu’on est toujours un petit peu à cran, même si c’est week-end, même si c’est au Pannonica, refuge – refuge car, déjà, si l’on est là c’est qu’on ne fait pas la queue aux commandes d’un caddie de supermarché ou d’un véhicule automobile. Questionnons tout dans tous sens, c’est déjà commencer, c’est aussi approfondir. Questionnons-nous, Emmanuelle Pireyre nous fournira les armes et la méthode qui musclera nos bras, qui porteront les armes, qui ouvriront les choses. Qui les ouvriront grand, les ouvriront petit – ça dépend.
Le travail d’Emmanuelle Pireyre, en textes, en images, c’est ça dépend, c’est : faire voir ce qu’on ne voit pas ou alors si, qu’on voit sans voir, à cran qu’on est, l’œil vif-inquiet, furetant de tous côtés. Son travail Emmanuelle Pireyre c’est : faire voir que ça dépend. Car quand à voir les choses, il dépend d’où on les regarde ; et regarder dépend de comment et d’où l’on se tient. C’est ça dépend mais ce n’est pas à quoi bon. Au contraire :

« Dans des époques de servitude où le monde est clos, des époques de guerre, de camp, de dictature où presque rien ne peut bouger car le monde est encadré dans un tour en plastique blanc, dans ce genre de cas où on n’a pas envie de rire, il faut se souvenir de la méthode inspirée du petit jeu en plastique : trouver le coin où réside un espace vide, même minuscule, et commencer à faire translater le reste de la matière de la même façon qu’on creuse un tunnel pelletée après pelletée ; ainsi le trou se déplace chaque fois. On peut faire bouger énormément de choses en suivant pas à pas cette recette interminable, il suffit d’être patient, très secret, et très très très persévérant. »

Àquoi j’ajouterais simplement que les choses, bougées, regardées, envisagées, dévisagées, chez Pireyre, c’est toujours avec un ineffaçable sourire.

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Une réponse à “Emmanuelle Pireyre

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