Archives mensuelles : février 2007

Elke de Rijcke

Texte lu lors d’une soirée « Voix nouvelles », en février 2007 ; publié dans Gare maritime 2008, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes)

D’Elke dire – D’Elke de Rijcke parler, pour cela d’Elke de Rijcke ordonner nos connaissances, d’Elke de Rijcke savons : qu’elle : vit à Bruxelles, qu’elle : a publié deux livres dont l’un en deux volumes ce qui, comptes tenus, fait trois livres, dont je dirai les titres. Deux livres, trois, venus à nous soudain, deux livres soudains mais aussi fruits d’un long chemin, flèches d’un arc à la corde longuement tendue, de longues années passées à l’étude attentive de l’œuvre d’André Du Bouchet.

Citons Dominique Quelen, qui affirme « une langue ici surgit tout armée, on ne sait d’où. » À quoi l’on souscrit, par quoi l’on fut saisi dès lecture des titres des deux livres trois, titres que je citerai, maintenant : « Troubles. 120 précisions.. Expériences. » paru chez Tarabuste. « Gouttes ! Lacets. Pieds presque proliférant sous soleil de poche. » paru chez Le Cormier. Je les re-cite, ces deux titres qui d’emblée requièrent entier :

« Troubles. 120 précisions.. Expériences. »

« Gouttes ! Lacets. Pieds presque proliférant sous soleil de poche. »

Ici, dès le titre s’instaure ce qui constitue le livre. C’est à distance, c’est tout proche, c’est va-et-vient, c’est en précision saisir le trouble, c’est construire par fait de langue un regard étonné, forcément, rien n’allant de soi là-dedans ni dehors, car :

« La réalité tremble ».

Et cette variation, cette nébulosité, ce changeant, c’est ce que regarde avec soin, avec méticulosité Elke De Rijcke :

« Ce dont tu disposes tâte dans l’air

qui se décompose en points

gouttes pesées lourd mais non pas jugées à pluie

que tu palpes

aussi là-dedans tu palpes, aussi au-dedans du dedans cela dégoutte et tu tâtonnes. »

Le dedans le dehors. Le vivre et l’écrire. Citons Elke de Rijcke répondant à Florence Pazzotu sur Poezibao : « Oui, la prise de parole poétique ( à travers son organisation particulière) est pour moi en prise directe sur l’expérience vécue ou voulue, dont elle doit essayer de témoigner, aussi difficile que cela doive être quelquefois, et ceci à travers des procédés poétiques qui témoignent fidèlement de l’expérience initiale et de la tension entre cette expérience et ce qu’est un être à un certain moment, c’est-à-dire le récipient et le résidu de cette expérience. Cette question relève de la vieille tension entre vie et écriture, et il me semble que dans le cas de mon projet, l’écriture est subordonnée à la vie, mais en même temps elle la déborde, l’éclaire, l’accomplit, la co-oriente à condition qu’elle soit de nouveau récupérée par la vie. C’est le principe des vases communicants, qui ne communiquent pas tout à fait (…) »

Son organisation particulière. Car pour maintenir cela, cette attention micromacro, rivée à l’infime vibrionnant comme au massif, au tangible, à ce qui semble fixe mais bouge autant si l’on regarde longtemps, elle fait remuer les signes : les lettres changent, en leur corps et emplacement, multiples jeux de typographie et composition qui donnent que : le texte palpite sur cette page à l’éclairage varié.

Et à lire et relire, les titres, les livres, puis les titres vers quoi on retourne, puis les livres dedans lesquels on replonge, l’on ne peut s’empêcher de songer à Michaux, grand déplaceur, qui acharné à s’arracher de son dedans parvient à prolifération. Car après tout, et avant tout, la réalité tremble et c’est ce tremblement qu’Elke de Rijcke pointe et s’obstine à pointer en se déplaçant dans le rythme du tremblement. Grâce des trébuchements, confusion précise des états, gouttes et lacets ensemble. Doux estrangement.

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