Eric Meunié et Olivier Mellano

Texte lu lors du festival Midi-Minuit, édition d’octobre 2007 ; publié dans Gare maritime 2008, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes)

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Quand je vois quelqu’un composer, je suis ému par ces moments d’immobilité totale où il cherche ses mots, sa pensée perdue, le bras bloqué en travers de la table, la pointe du stylo au dessus de la page, l’épaule raide, la tête bourdonnante. Son opacité docile m’enchante. »

Prendre la mesure. Composer. Il y a de la musique, c’est entendu, dans l’œuvre à lire d’Eric Meunié, éparpillée en de brefs poèmes chez Créaphis ou Exils, expansée dans deux autofictions réversibles chez P.O.L.

La langue de Meunié, de principe et tout particulièrement dans ses poèmes, s’espace selon une métrique millimétrique – ainsi dans Poésies complètes c’est le compte, non des pieds, mais des signes qui organise l’ensemble. Cette langue est précise en ses ellipses; car l’étonnant Meunié, qui, c’est heureux, n’a pas oublié d’être drôle (pas plus qu’il n’a oublié d’être aussi, parfois, triste, distrait, lucide, lancinant, à côté, en travers, Meunié, en mouvement nous entraînant de l’un à l’autre de ces états) ; car ce singulier Meunié observe, compte et classe pour mieux s’y perdre, se perdre là où quelque chose quoi, quelque chose, se trouve. Autofiction ? Du tout, en fait, ou alors : fiction d’un auteur qui n’oublierait pas de s’oublier.

Car ce méticuleux Meunié s’affaire de toutes forces à : ouvrager du vertige et le pointer. À : creuser des trous dans le réel.

Trou. Un trou, c’est aussi ce qu’encore on s’étonne, se félicite et remercie d’avoir trouvé dans l’emploi du temps d’Olivier Mellano. Guitariste, compositeur, longtemps demeuré dans l’ombre de chanteurs devenus illustres qui peuvent saluer son aide et son apport (Christophe Miossec, Dominique A), Olivier Mellano ne cesse d’ouvrir, de fabriquer des ailes en nombre, assez pour en user et pour, généreusement, en semer autour de lui. En travers, lui aussi, il s’affaire, Mellano l’insatiable, curieux de toute forme piquante à modeler, qu’elle cabosse du hip hop chez Psychikal Lyrikah ou salisse et cerne la chanson qu’on dit pop chez Mobiil. Il cherche des mots, Mellano, à qui donner des notes, à qui donner des silences entre notes, et les textures produites par l’assemblage des deux. Avec Emmanuel Tugny, auteur de « Corbière le Crevant», (éditions Laureli), ou comme ce soir au Pannonica, lors de cette aventure absolument inédite avec Eric Meunié.

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