Archives mensuelles : octobre 2008

Sereine Berlottier

Texte lu lors de l’édition d’octobre 2008 du festival Midi-Minuit Poésie; publié dans Gare maritime 2009, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes)

Sereine Berlottier pour vous dire, mais sans doute aviez-vous remarqué, a déjà un prénom. Ce n’est que ça mais c’est ça, Sereine, un prénom singulier et un prénom, dans la vie, vous porte autant que vous le portez.
Sereine : le prénom adjectif féminin singulier apposé sur la couverture d’un, des livres et plaquettes, déjà publiés par Sereine Berlottier, qu’il s’agisse de « Chao Praya », journal de voyage en contre-courant, ou de son bel hommage à l’absence de Gherasim Luca, « Nu précipité dans le vide », paru chez Fayard en 2006, ce prénom, Sereine, adjective et qualifie. Joue avec, joue dedans, Sereine imprimé s’impose dans cet à première vue qui est le nôtre face à tout titre de tout livre encore inconnu. Sereine.
Ce pourrait être trompeur, réduire à l’étroitesse d’un angle seul, pourrait nous donner à croire que les textes qu’elle va vous lire sont : calmes et tranquilles. Épurés aériens. Sages, placides. Le silo d’adjectifs pourrait vider son tas d’erreurs, son monochrome. Car, paradoxalement peut-être, la langue de Berlottier, et le flot de sa lecture, me semblent rien moins que calme/tranquille/sage/placide : son souffle est parfois court, enrayé, ses inflexions reviennent et ricochent, soudain chuchotent ; je l’ai vu lire, étonnement appareillée, cherchant dans l’air, dans sa tête – cherchant de l’air dans sa tête ? -, et butant contre, contre, contre.
Alors écrivant, Sereine serait-elle, à l’inverse de son prénom, toute d’inquiétude ? Les deux ensemble, assurément : livrée toute à cette inquiétude (et nous, avec).

Laure Limongi et Olivier Mellano

Texte lu lors du festival Midi-Minuit, édition d’octobre 2008 ; publié dans Gare maritime 2009, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes)

La scène est ouverte à deux étonnantes entités. Mellano Olivier, musicien ; et Limongi Laure, écrivain. Entre eux il y avait matière au croisement, croisement des genres et des fonctions. Il y avait matière, d’ailleurs soyons honnête ils ne nous ont pas attendu pour (croiser et se croiser), ces deux entités étonnantes qui, monde bien fait, aiment à s’étonner des trouvailles de l’autre.

Mellano le musicien a fait un livre dont l’imprononçable titre nous oblige au bégaiement, à trébucher des lèvres et de la glotte pour tenter de le dire, pour tenter sans y parvenir : la funghiquelquechosequisonne, qui sonne bizarre mais sonne ; Limongi l’écrivaine gratte la guitare à l’occasion et surtout les multiplie, les occasions, de taper le bœuf avec quelques autres agités du bocal, Quintane, Bérard, Rabu – patronymes qui mis à la suite sonnent bizarre, étonnante entité : BérabuquintaNlimongi. Bizarre croisement.

Mellano, musicien ?, a convié au printemps toutes ces entités et d’autres pour un livre-disque, tiens, livre-disque ou disque-livre au titre râleur, le bien nommé ralbum ;

Limongi, écrivaine ?, sort ces jours-ci un disque sous un autre nom encore, Molypop ; fruit d’un autre échange suivi avec l’écrivain Emmanuel Tugny – lequel bien souvent lit sur ?, sous ?, plutôt AVEC, indéfectiblement AVEC la guitare de Mellano.

Comme avec eux tous se croise, plaçons nos oreilles à l’intersection de leurs chants. Ce sera bizarre suave énervé crispant frappant, ce sera beaucoup. C’est maintenant.