« Ralbum » & « Funghimiracolette » de Olivier Mellano

(reprise d’un article publié sur remue.net le 25 novembre 2008)

Il y a eu le Ralbum, ce printemps, objet sur lequel était inscrit « Coordonné par Olivier Mellano et Emmanuel Tugny ».

Ralbum ? C’est un disque dans un livre – proposition réversible : c’est physiquement, certes, un disque dans un livre ; mais l’écoute, en suspension, du disque, ouvre un livre, en rouvre d’autres – on retourne chez Nisard, épaté par la colère portée par Chevillard ; on parcoure en tous sens le tiers livre du cher et Bon François pour retrouver ce texte, son fameux « peur » dont est offerte une interprétation collective.
A l’initiative d’Olivier Mellano, guitariste polyvalent et talentueux, un de ces rares hommes de l’ombre qui font pâlir la lumière, Mellano qu’on a eu plaisir à ouïr chez Miossec, Dominique A mais surtout depuis quelques années avec les rappeurs incroyables (puissants mais en finesse, musclés mais sans lourdeur) de Psychik Lyrikah et derrière des hommes, et femmes, de langue, pour des performances sonorisées par sa guitare et ses racks et pédales d’effets. Ils sont nombreux et chaque jour plus, à croire qu’ils se passent le mot : Eric Meunié, Emmanuel Tugny, Laure Limongi, Sylvain Coher, Bastien Gallet.
Mellano n’est pas avare de coups de mains et d’effets discrets de doigts – c’est assez saisissant comme vision, dans l’ombre à onduler classe et discret, guitar-hero en contrejour, classe économique.
Le Ralbum témoigne efficace de cela, de la tentation d’ouverture partagée, le guitariste vient voir les écrivains comme pour les guider dans le noir, et les voilà survitaminés – mais doux aussi quand l’air le réclame, car le guitariste sait le son les réverbs et qu’il faut les poser les sons et de quelles manières.
Rock’n’roll et littérature ; avec le Ralbum on y est, en plein. Et que les deux s’épaulent, s’épaulent comme solidaires mais aussi comme fusils. Rock’n’roll, littérature y deviennent deux fusils qui s’épaulent mutuellement.

Et puis, il y a
La Funghimiracolette

Les portées vierges

Tout est parti d’une répétition en plein air. Le quatuor s’installa dans le cloître car il faisait beau.
On déchiffrait un Maravaccione quand, mesure cent soixante treize, une coccinelle passe, glissando, devant la partition du second violon qui, absorbé dans le déchiffrage, interprète le vol de la bête et lance un trait incongru.
On s’arrête, on comprend et on rit. Le soir, on ressasse l’incident devant un vin chilien et l’idée germe.
Le quatuor fait des essais. Des partitions vierges sous les yeux, ils lâchent des centaines de coccinelles. Mais elles sont peu coopératives.
Alors, disposant à leurs pieds des encensoirs, ils jouent les volutes de fumée. A l’automne sous les arbres, ayant élargi les portées, ils interprètent la chute des feuilles.
Sous la pluie qui compose, ils suivent les gouttes qui s’étalent et dégoulinent sur les partitions.
Puis oubliant le papier, ils tendent des fils par cinq au dessus d’eux, lèvent la tête et jouent.
LE JOUR : oiseaux, nuages, montgolfières ou avions.
LA NUIT : étoiles et satellites.
(Olivier Mellano, La Funghimiracolette)

On peut repenser à « Oeuvres » du regretté Edouard Levé, face au déroulé d’installations constituant le livre. En fait les installations en question ne sont pas techniquement réalisables, elles sont musique, elles sont le Comment-faire de musiques impossibles, inimaginables, imaginées –par Mellano, dont on dira, normal, c’est le boulot, musicien, imaginer de la musique, normal, sauf que – sauf que tous les musiciens ne sont pas aussi imaginatifs (incluant la part nécessaire de naïveté requise, face au rêve adolescent qui perdure), et sauf que ça demeure, justement, un mystère, ce comment ils font, comment ils font pour se tenir dans un tel faire, dans une méthode, en précision, technique, sans perdre de vue leur part de rêve.
Il y a une portée onirique vaste, territoire autre que celui de Levé, une permanence du délicat et du cruel, mêlés mais à distance, vus de loin (synesthésie : regard de celui qui se tient dans l’ombre et pas loin des machines, en qui l’habitude est ancrée d’aller regarder le son d’un peu plus loin pendant une balance, histoire de sentir ce que ça donne) qui me font, allez savoir, songer à du Miyazaki – mon Orient de pacotille, mes images d’Epinal se sachant d’épinal et n’en pouvant mais-, du Miyazaki avec un zeste d’acidité ajoutée.
Les rêves de musique d’Olivier Mellano (synesthésie again : le champ métaphorique est d’abord visuel, déplacement fécond et obligé : pour imaginécrire de la musique, je dois procéder par images, voire par images enchaînées faisant récit) sont avant tout des rêves, ils portent leur part d’impossible, leur part d’impossible les porte.
L’île de la funghimiracolette en est exemplaire, où

« les oiseaux ont calqué leurs chants sur la respiration de l’île et chaque animal semble avoir ritualisé sa participation à cet hallucinant concert.
Celui qui entend ça peut commencer à concevoir que tout ait bien pu s’imbriquer tout seul. »

La funghimiracolette : une curiosité. A saisir au sens propre et non péjoratif. Car cet art poétique d’un genre neuf fait aussi récit d’une curiosité. Celle de son auteur, curiosité insatiable et effective – c’est-à-dire, forcément, humble (puisque la vanité, c’est beaucoup de temps perdu à ne pas essayer des choses).

Au résultat, en 2008, pour le musicien Mellano, deux livres (et puis aussi je ne sais combien de ciné-concerts tous aussi épatants). A ce rythme, qu’ajouter, sinon : vivement la suite, de pied ferme – et chaloupé- , on l’attend, en 2009.


Ralbum est édité chez Laureli-LeoScheer et La Funghimiracolette aux éditions mf.

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