« Isotypie sur doxogravure » de Jérôme Mauche (éditions L’instant T, Le Triangle)

(reprise d’un texte paru sur remue.net le 3 janvier 2009)

Poser le regard un moment sur, ce qui n’est pas un livre, mais un objet de textes, récemment paru. Poser puis fixer le regard, car l’objet n’est pas anodin.

Le regard posé fixe, on a lu cet objet qui n’est pas un livre, cet objet qui n’est pas qu’un texte, qui est un texte avec image, un texte sur image, un texte hors image aussi.

Cet objet est trace d’une résidence de Jérôme Mauche, une des résidences d’écrivain qu’organise Le triangle, à Rennes, de longue date, avec tant de constance que de pertinence : parmi les auteurs déjà invités court ou longuement par là-bas, citons Albane Gellé (dont les traces du passage sont à lire ici, qui débouchèrent en un livre chez inventaire-invention), Charles Pennequin, Tanguy Viel (dont on reparle plus bas), François Bon, Olivier Mellano. Des années d’action résolue et ouverte, qui font de celui-ci le plus pointu des triangles, qui en font un lieu essentiel, tourné toujours vers la population de son quartier via la littérature contemporaine (plutôt qu’avec, plutôt que contre, plutôt qu’en dépit de , comme tant de nos décideurs l’imaginent : qu’aux pauvres il faudrait proposer du « populaire », ou supposé tel, et le préserver du difficile, ou supposé tel…)

Contemporaine, oui, est la littérature de Jérôme Mauche, inscrite en son temps, charriant avec goût, fantaisie, violence, subtilité, les vocabulaires techniques ou pauvres ou archi-spécialisés jusqu’au dérisoire, jusqu’à l’absurde, jusqu’à la poésie – creuser pour dénicher et construire la poésie, avec, dans le vulgaire, un enjeu important et le moyen d’une autorisation. Autorisation d’accès à chacun (non à tous, non aux gens, cette entité vague quand chaque existence est précise). Ici l’idée est simple, « toute simple » : chaque texte constitue un point de vue, un épuisement (perecquien) d’un lien, avec l’application plastique en plus : chacune des 12 pages, 12 textes ici présentés, épuise un lieu de haut en bas et de gauche à droite, en un relevé non restrictif (il y a les sons proférés mais aussi les idées accolées dans l’esprit de Mauche) qui joue l’exhaustif (et qui le jouant, le devient , puisque chacun des relevés constitue un point de vue sur le monde, à un instant T).

Félicitons Yann Dissez et le Triangle d’avoir posé les affiches en question sur les lieux considérés, manière de retourner la question, manière de poser tout simplement du poème en espace urbain, acte simple et important.

L’instant T était le rendez-vous irrégulomadaire du Triangle, gratuit et disponible sur place, témoignant en objets de ce qui s’est passé lors de la venue d’écrivains.


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Une réponse à “« Isotypie sur doxogravure » de Jérôme Mauche (éditions L’instant T, Le Triangle)

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