Sarah Riggs

Texte lu lors du festival Midi-Minuit, édition d’octobre 2009 ; publié dans Gare maritime 2008, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes)

Sarah Riggs , poète, écrit, en anglais, de courts textes (généralement traduits par Marie Borel et Françoise Valéry), dont ont été tirés trois livres, parus en français aux éditions de l’Attente. Les livres s’intitulent 43 post-its, 60 textos, 28 télégrammes et d’emblée  on voit quoi les rassemble : que le support d’écriture y constitue aussi l’objet d’écriture, que le medium soit le message – et pour aller plus loin, que de séparation fond et forme il ne puisse, résolument, plus être question.

« les mots ne se détacheront jamais
de l’ordre, de la grammaire,
et je ne peux jamais entrer en Afrique sans un bagage aussi large que deux continents,
ou dix siècles. Nous sommes libres
tant que nous voyons les limites. » (dans 28 télégrammes)

43, 60, 28 // post-it, texto, télégramme : Livres petits par leur taille, contenant un nombre borné de textes petits par leur taille – ce pourrait être simplement joueur, contrainte formelle amusante ; or, ça joue, certes – mais pas si simplement. L’intérêt de l’affaire est aussi qu’il y a destinataire (dans le cas du télégramme et du texto) au message, destinataire… dont la réponse manque ;
[[Et pour être en possession d’un appareil à textos mystérieusement inapte à envoyer ce que j’y rédige, je puis affirmer, que, privé de sa fonction première (messager), le dit appareil (medium) et avec lui la fonction, devient petit amas de plastique, inutile.]]
Que la réponse manque, donc trouble – et que cet épistolaire tronqué se prive de déborder, s’épancher, raconter, journalintimer – du fait de la courteur, aussi. Mais les messages lancés ainsi décalés obliquent, s’ourlent de mystère :

« Si nous sommes moins doués
dans d’autres langues ouvrons
ces cadeaux malgré tout » (dans Post-it)

Langue : Sarah Riggs est aussi traductrice et la question du passage d’une langue à l’autre irrigue cette forme. Le passage de l’anglais au français semble y importer, en la langue française, une certaine efficience (comme pris de l’anglais efficient), une forme de vitesse-mais-précision. Dont elle use d’étonnante façon :

« nos messages marchent à peine mais ils volent » (dans Texto).

Dont elle use d’étonnante façon et non, directe, concrète et non minimaliste, même si tout semble posé pour un rapport du quotidien élémentaire, non : ça va chercher plus loin, ou plus ailleurs : Véronique Pittolo résumait cet écart, dans le journal L’Humanité, comme « un transfert entre le concret et l’abstrait, une dimension allégorique du quotidien qui relève à la fois du détail et de l’universel. »

Dans Post-it :
« Elles furent tout à fait magiques
ces quelques heures de conversation.
Je voudrais faire la paix avec les murs
d’Europe pour apprendre comment
l’entrée de mon continent est
criblée de balles »

 

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