Fred Griot

Texte lu lors du festival Midi-Minuit, édition d’octobre 2010 ; publié dans Gare maritime 2011, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes)

Fred Griot écrit : en ligne et en scène. Debout, ou s’il est assis, c’est fléchi souple : paré au dépliement.
S’il a publié quelques textes imprimés, dont le prenant La plui, là où on trouve traces majoritaires du travail, c’est sur son site. Le raccourci écrivain web et live est parlant, disant ceci, même incomplètement : que pour Fred Griot, l’acte d’écrire est, sinon total, au moins pluriel, et ne saurait se contenter d’une place, si forte soit-elle. Qu’écrire vaut chez lui par son faire et par la résultante de ce faire, que le travail d’écriture est une quête et une production d’objets en mouvement. Ainsi dit-il de lui-même : « N’ayant pas abouti, écrit toujours, aggrave, enfonce le clou ».
Il y a du corps, là-dedans et dehors.
Cette recherche emprunte — a minima — ces deux voies :
– le net où il fabrique, sur son site parl ; sur publie.net dont il est une pierre, un écrou ; et longtemps sur remue.net où je l’ai connu ; le net terre de l’ouvert, d’un chantier, et d’un certain compagnonnage, le lieu du work in progress,
que Fred Griot donne à voir, lire, ouïr, sur son site, en rubrique TXT & VOX : si l’on traduisait littéralement le vocable open source : source
ouverte, ça lui irait plutôt pas mal.
– la scène, où il va, la scène où rendu il continue d’aller vers, la scène qu’il arpente allant vers — vers l’autre, sans doute, mais aussi vers son dedans, son lointain intérieur, dirait Michaux. En compagnonnage autre et parfaitement complémentaire de celui des écrans.
Deux lieux d’assemblage et de rassemblement (de forces, d’énergie, de puissances).

La recherche ? Celle de sa lang, de son parl (sans –e final), comme une origine inventée, terroir fictif investissant le réel par puissance d’incantation, contamination du réel par invention — partielle. Un de ses chantiers a pour nom refonder, et l’infinitif cause, porte sens et carne, mêle ascensionnel et terrien : m’élevant d’un point de la terre, celle qui me reste entre les doigts gagne en présence — et j’ajouterai non comme anecdote mais comme point de fixation, singularité qui me ravit : que par ailleurs, puisqu’il faut bien vivre (et pas seulement), Griot pratique l’alpinisme — et
j’aime à le savoir.

Il y a du corps, dedans, dehors.

La première fois que j’ai vu & entendu Griot avec l’alchimiste Yann Féry c’était en scène improvisée, sans estrade et sans light, sans longtemps pour faire force, et pourtant : le guitariste Yann Féry, se poste à deux quoi, trois, pas, position duel, en regard, puis frappe de la main sur le jean, et Griot parle, souffle. Et y va.

Citons : Nicole Caligaris, à propos du regretté poète et sportif Raymond Federman, mort en 2009 : « Mettez-vous un peu dans le crâne que le poète
peut considérer lui aussi son corps comme l’instrument de sa littérature : son battement cardiaque, s’il est rapide ou lent, son amplitude respiratoire,
si elle siffle à l’expiration, si elle traîne à l’inspiration, sa voix où elle est posée, là où elle fuit… »
et citons : Fred Griot : « Parole, sur scène : piston d’air et non pas joli ton d’une lecture toute intentionnée, bien dite. » Lisez Griot debout, c’est live.

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