Christophe Manon

Texte lu lors du festival Midi-Minuit, édition d’octobre 2010 ; publié dans Gare maritime 2011, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes) – repris également partiellement en billet sur ce site, ici.

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Je citerais volontiers Manon. Pour commencer, pour continuer, pour finir – ou n’en pas finir. C’est une récurrence, voire un réflexe, de citer, dans les textes de présentation, ça contextualise et ça aide, ça charpente, et puis ça orne, ça facilite et c’est joli. Je citerais volontiers Christophe Manon, j’aime bien Christophe Manon, j’aimais bien Christophe Manon, avant d’un peu le connaitre, j’aimais même bien Christophe Manon un peu avant de l’avoir lu, ça arrive, autant l’admettre, une sympathie produite dès l’euphonie tranquille et décidée de son patronyme : Christophe Manon (un prénom de fille, pour nom de garçon, j’aime bien, aussi, c’est doux.)

Si je cite Manon, Christophe, c’est égoïstement d’abord, car c’est un peu moi qui parle, comme ça fait parfois, en étrange évidence : le citant je constate, comme souvent le lisant, que : j’aimerais avoir écrit cela qui résonne comme si depuis toujours posé face claire, devant : ce qui parle, me parle, parle à moi, de moi, et du monde, autour, qui bouge.

Il y a autant de singulier que d’universel dans la poésie que pratique Christophe Manon depuis ses débuts, il y a bonne décennie et facile autant de livres maintenant.

C’est plein, c’est fourni. Il y a des trajectoires obliques à faire en l’œuvre amassée au fil des ans de Manon, dont deux au moins nettement se détachent, profilons double :

Disons, un : Manon est un poète touche-à-tout, porteur avec quelque charmants bambins encore trentenaires qu’on pourra dire « complices » tels Antoine Dufeu, Michaël Batalla, Vincent Tholomé (liste non enclose) d’un siècle au moins d’avant-gardes passées (et potentiellement futures), d’une Histoire de la poésie dans le sillage de laquelle ils se posent, en toute connaissance et sens aiguisés de cette richesse de recherches formelles : Manon, au fil de ses livres, joue avec les typographies ; puis scande et fait l’idiot comme Tarkos ou Pennequin ; puis liste ; puis compose, scrupuleusement, du vers ; puis : le coupe ; puis tresse un récit, sous formes de chants successifs. Manon vocal, Manon lettriste, Manon politique, Manon lyrique. Successivement, et simultanément. Manon est curieux, insatiable, partout. Vivant dans la page et assoiffé ci-dedans, comme dehors. À l’image de cette magnifique revue Mir ou des éditions Ikko qu’il fonda et fit vivre avec Antoine Dufeu, il fait feu de tout bois, de tous côtés, dessus dessous, histoire de pas mourir idiot – ou alors, en super idiot, idiot magnifique, revenu de tout savoir (mais revenu d’y être allé voir, d’abord), idiot grandi, Idieu, disons, du titre de l’un de ses plus beaux livres.

Disons, deux : ce que Manon d’emblée compose et ce qui se met en place, en page, or qu’il n’a, alors, pas trente ans, est pour partie programmatique, programmatique de ce vers quoi il tend depuis ces dernières années, qu’on nomme lyrisme ce qui ne dit grand-chose, seul, et à quoi lui tolère voire revendique l’épithète accolée de « lyrisme de masse »… Ce qui renverse, et redresse, mais redresse efflanqué, vaillant fébrile, dans ses textes (et pour part très personnelle, l’éternité, dont la multiplication typographique en couverture me fit synesthésiquement percevoir une modalité multiple, sorte de stéréo visuelle), ce qui s’attaque et vous tranche en deux puis vous berce, ce qui guerroie puis pleure puis rit, puis surtout les trois ensemble ; ce qui vous l’allez entendre, vous coupe la chique sans pacotille, c’est un débord, un débord d’humain oui, une permission au pathos, un possible espoir-de, l’Histoire derrière (et sue), la Poésie et son Histoire derrière (et sues), la Révolution devant, un possible espoir-de. Et puisque selon moi ça s’entend très très tôt, et s’annonce dès ses premiers textes, et qu’en toute logique il vous livrera des marchandises du jour ou environs, et puis pour le plaisir, mien, que j’espère partager, je citerai Manon. Par trois fois.

Dès « fieffé soleil », premier livre:

Et chercher un coin de ciel

Etoilé un pelage

Pour les jours de grand froid

Puis dans « totems intérieurs », deuxième livre :

Et chaque jour une nouvelle conscience lui parvient du monde il glisse oui tel un bandonéon un cheval ivre au centre brisé des choses et percevoir alors dans toute son opacité l’être y parvient mais à grand peine et l’oiseau l’arbre la terre des nuages d’électrons des tourbillons de particules aux siennes semblables et de ce chaos percevoir la puissance oui mais sans crainte car du double espace la lumière émane et irradie et coule jusqu’à lui et le guide sur les vagues squamées du temps.

Puis retour à « fieffé soleil », premier livre, poème 5 :

Et le voici avançant dans le

monde chargé de patience oui

Les mains couvertes de fleurs

Et de baisers fier et fort pareil

A l’oiseau égaré dans l’hiver

Et qu’un soleil étreint.

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