Archives mensuelles : mai 2011

Treize | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Seul.

Seul en atelier. L’atelier d’écriture, de principe, c’est un groupe, plus soi-même, avec ; plus ou moins dedans le dit groupe. & le boulot qu’on a à y faire c’est : animer : faire passer, entretenir flammèche, manier l’allumette pas le combustible, le combustible ça pas touche, le combustible c’est dedans, dans chacun, par devers soi. Faire, avec un groupe. Faire faire. & distribuer, paroles écoutes et discret assentiment, soi majoritairement assis. Soi assis pour l’essentiel, debout constituant l’exception. Mais seul, en atelier, imagine : je suis assis, j’ai bouquins, papiers & autres choses plus ou moins utiles : j’attends. Ça m’est arrivé quelques fois, cette année, cette attente-là seul face aux livres, aux mots et aux questions que je vais tenter de poser, questions qui n’existeront pas sans que quelques y mettent la main – questions qui ne sont pas non plus les miennes posées à l’auteur, & qui ne valent rien sans ce contournement-là. Le démontage de la machine (machine-Pennequin, machine-Forte) & ce qu’il révèle des mystères (ne les nie pas : les éclaire), je ne ferais pas pareil seul, n’en tirerais pas la même pâte, pâte épaisse des questions advenues. Pas même moyen donc de m’y lancer, dans l’exercice inventé, de bricoler seul à la table, pas moyen de rien d’autre que : attendre. Attendre que rien, enfin, n’arrive. En venir à redouter qu’un autre vienne pour en faire deux, & qu’on fasse obligé la parlotte indécise, celle qui ne dit rien que : dommage.

Publicités

Douze | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Oiseaux.

Oiseaux. Jamais rien su aux oiseaux. Ni les noms ni les saisons ni les genres. & pourtant. Des oiseaux partout. En nombre. En masse. Oiseaux plein l’éternité, oiseaux couvrant le ciel blanc de Kirkjubæjarklaustur, les étourneaux, « qui sont comme une bête seule » à GenoVa, et d’autres dont on me parle & que je veux lire voir. Souvenir d’une lecture de vols de martinets (à ne pas confondre avec les hirondelles à ce que j’ai compris, enfin si enfin, c’est les mêmes, mais différents, voilà : je n’y ai jamais rien su aux oiseaux) de Claude Esteban, par Pierre Vilar, dans une belle émotion, à la toute fin du bon vieux temps, au terme du bon temps déjà vieilli alors d’une vieille maison qui me semble si loin, souvenirs basculés en fiction. Oiseaux partout en nombre, masse muette car même piaillant c’est comme un effet de doublage, c’est : en plus mais sans réelle adhésion à ce spectral et sourd volume d’ombre, cette masse sans nom ni non, affirmative de rien, une solitude agrégée.

Onze | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Voix.

——————

Voix. La ponctuation, dans les textes de Vincent Tholomé. Les pages criblée de points qui marquent une succession de phrases courtes, trop courtes pour construire autrement qu’en concaténation, donc en un fluide (& non haché) enchaînement crépitant des tronçons de sens, hésitations et voltes-faces au cœur même du processus : une pensée parlée, à voix haute.

& contrairement à ce qu’on pourrait croire, qu’on croit parfois trop vite, une lecture marquante (de celles qu’on dit parfois performatives, qui possèdent et imposent une musique non seulement inédite mais de surcroît immédiatement reconnue, comme le plus évident des inattendus, un standard surgi du banal ordinaire) ne gêne pas la lecture mentalisée, ensuite. Celle-ci déroule tout au plus à haute voix dans nos têtes, elle facilite, elle permet –nous file les clés, à nous d’improviser – comme Vincent Tholomé, par exemple, le pratique : improviser : murmurer ou gueuler ou parler ou courir ou faire le bruit du vent.

Dix | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Par exemple.

Le Général Instin, phénomène Instin, phénomène général, enrôle à mort, Vincent Tholomé, par exemple. Ou peut-être est-ce, plutôt, que certains s’en emparent, s’y engouffrent & le marionnettent à leur guise : Vincent Tholomé, par exemple – qui est le conquérant, qui la conquête, en général ? Car la steppe de Vincent Tholomé, par exemple, existait déjà, avant Kouropatkine Instin. Elle existait autant que sa pologne, et la Pologne, dit-on, existait avant Vincent Tholomé – par exemple :

« La pologne existe. Enfin. Tant que quelqu’un y pense. Vous comprenez ? Non ? C’est pourtant simple. La pologne n’a d’existence que si elle vient dans l’esprit de quelqu’un. Je dis la pologne. Je pourrais dire dieu. »

Je pourrais aussi bien dire Kirkjubæjarklaustur, qui n’existait pour moi que par le livre Kirkjubæjarklaustur, éd. Le Clou dans le fer, jusqu’il y a deux semaines & l’éruption d’un volcan islandais qui la rendirent – momentanément, selon les règles en vigueur de l’information médiatisée – existante hors du dit livre de Vincent Tholomé – par exemple, dans la vidéo ci-dessous. Mais elle continuera d’exister, pas moins, dans le livre & mon souvenir de & ma fiction du d’un livre, de Vincent Tholomé – par exemple, dans La Pologne :

« Le type. Vincent tholomé. Oui. Mais tu peux l’appeler autrement si tu veux. Tu peux l’appeler raoul duquet. Ou olive dukajmo. Ou que sais-je encore. Moi je dis vincent tholomé. Je préfère l’appeler comme ça. Ça ne concerne personne comme ça. »

Neuf | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Campagnes (2).

Je dirais tout : j’ai d’ailleurs souvenir moins fort de ma visite à sa tombe que de m’être perdu sans la trouver, je dirai tout & je dis nous, je dis nous & j’écris je, soudain, c’est que le général, en tant qu’autorité défiée, en permanence défiée, constitue permission, autorisation, prétexte & métatexte, & paratexte, & hors-texte & plus encore d’avant-texte.

Tout. Le général renverse tout ordre en voie de s’établir (déjoue), il est autoritairement campé dans sa permanence de défié, déconfiture réifiée, déroule pelotes & dénoue barbelés, Instin en général ouroboros mord les bouts de son képi.

& s’il fallait entamer le récit exhaustif & personnel (je suis une partie du monde), je partirais de ce serpent, ouroboros, sur lui-même enroulé, en couverture du premier livre de Patrick Chatelier, figure d’enroulement structurant texte & livre, lesquels (figure, enroulement, texte, chatelier), me conquirent & me marquèrent tant qu’une rencontre advint, laquelle est déjà racontée sur remue.net – j’ai dit que je dirais tout – & racontée d’un autre point de vue à cette autre page – j’ai redit que je dirais tout, rencontre engendrant mécaniquement mon enroulement (enrôlement) dans la centripéteuse Instin.

Ça arrive, c’est quelque chose qui arrive. Ça arrive, ça vient, passe.

Chatelier en émissaire, messager, contremaître, ou porteur du bacille Instin, me provoque par un texte une frappe. Ce texte du corpus Instin, qui s’appelle chat-qui-dort-dans-un-atelier, fait récit d’une nomination dans l’enfance, puis de cette désignation en tant que premier arrachement au monde. Ce texte, je le propage à un groupe d’atelier d’écriture, soumis à cette seule contrainte : le texte, ce qu’il dit, les noms, votre nom, faire avec & : ça marche & : remarche, car en effet il me fallut m’y soumettre, au jeu que j’avais proposé à d’autres,

& de l’écrire engouffra du réel, passons,

& par la suite, par enroulement du Général dans remue.net, lequel me fit écrire en jeu, déréglé, centrifuge, puis bientôt centripète, lequel me fit écrire encore & surtout écrire je. Ceci, ce je écrit, m’autorisa à prendre place. Parlerai-je d’un mode d’existence, selon la mienne où dans l’action le collectif prime, où le collectif est l’endroit d’inscription de mon écriture la plus seule. Son prétexte & son but. La fonction & l’organe.

Le général Instin est pourtant hors fonction & sans organes. Le général Instin n’est pas une partie du monde, il s’en est absenté.

& face au général, en travers contre & dans lui, assurément, absolument, je : suis : enfin : une partie du monde. Enfin. Passons.

Huit | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Campagnes (1).

Mon général – est-ce Christophe Manon, auteur d’une Missive du Conseil autonome à l’adresse d’Instin qui m’y fit penser, est-ce que huit textes sans G.I, cela aurait fait trop – Mon général. Votre avancée en moi s’est faite souterraine, ces temps-ci, mon général, tranchées en pointillés. Huit textes, j’y reviens, sans G.I, auraient fait trop ; assurément, c’est que le lien est fort inscrit, en moi, entre écriture & Instin. Précisons, Le Général Instin, dont je ne ferai ici l’historique, c’est ici, ou : ici. Ou : ici. Le mot instinct, d’ailleurs, s’est fait dépouiller de ses prérogatives, à force. Est pour moi, hors d’usage. Instin, dit, phonétiquement produit, ne me dit plus que : Général. C’est un fait. Non le moindre. Frappant & signifiant mais signifiant quoi du phénomène Instin : force oppressive comme celles qui seules nous défont de nos langues ? Ou à l’inverse, force de résistance & reprise & collectivisation lexicale ?

Je ne vais pas, pour la quatrième fois, tout vous dire. Car j’ai tout dit, & par deux fois, du Général Instin, puis tout redit. Je pourrais vous redire encore. Je pourrais faire, refaire, le récit le plus fidèle (la fidélité se répète par principe) des évènements (le mot évènement nous arrête). Je pourrais dire : le général Instin est une autorité, une autorité défiée – par jeu. Mais le général Instin n’est pas un jeu, il est ce qui précède le jeu, l’ordonne & le provoque, ce qui le lance – de travers. Le général Instin est une dérègle du jeu, un dé biseauté qui lance ce mouvement centripète zigzagant, trajectoire irisée selon laquelle se propage le programme (suite d’opérations) Général Instin. Le général est la propagation en même temps que l’entreprise de propagation, il est le corps & l’armée, la fonction & l’organe, le général progresse en s’appropriant, à l’exemple de ce mot, « progresse », un lexique, des codes & des voies militaires, les déjouant – Instin est la règle d’un jeu si l’on décide d’entendre dans jeu ce qui voile une roue par exemple. Instin est une arme enrayée, une armée à la marche voilée, une armée clopinant, marchant d’un grand train de déroute, le général règle & rerègle, infiniment & infinitésimalement, ce jeu, Instin voile nos roues pour que leurs ombres, pendant qu’elles tournent, tracent d’étonnantes armoiries, comme on en voit dans les tavelures du vitrail du cimetière Montparnasse.

Sept | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Salut.

Il y a autant de singulier que d’universel dans la poésie que pratique Christophe Manon depuis ses débuts, il y a une décennie et facile autant de livres maintenant.

C’est plein, c’est fourni. Il y a des trajectoires obliques à faire en l’œuvre amassée au fil des ans de Manon, dont deux au moins nettement se détachent, profilons double :

Disons, un : Manon est un poète touche-à-tout, porteur avec quelques charmants bambins encore trentenaires qu’on pourra dire « complices » tels Antoine Dufeu, Michaël Batalla, Vincent Tholomé (liste non close) d’un siècle au moins d’avant-gardes passées (et potentiellement futures), d’une Histoire de la poésie dans le sillage de laquelle ils se posent, en toute connaissance et sens aiguisés de cette richesse de recherches formelles : Manon, au fil de ses livres, joue avec les typographies ; puis scande et fait l’idiot comme Tarkos ou Pennequin ; puis liste ; puis compose, scrupuleusement, du vers ; puis : le coupe ; puis tresse un récit, sous formes de chants successifs. Manon vocal, Manon lettriste, Manon politique, Manon lyrique. Successivement, et simultanément. Manon est curieux, insatiable, partout. Vivant dans la page et assoiffé ci-dedans, comme dehors. À l’image de cette magnifique revue Mir ou des éditions Ikko qu’il fonda et fit vivre avec Antoine Dufeu, il fait feu de tout bois, de tous côtés, dessus dessous, histoire de pas mourir idiot – ou alors, en super idiot, idiot magnifique, revenu de tout savoir (mais revenu d’y être allé voir, d’abord), idiot grandi, Idieu, disons, du titre de l’un de ses plus beaux livres.

Disons, deux : ce que Manon d’emblée compose et ce qui se met en place, en page, or qu’il n’a, alors, pas trente ans, est pour partie programmatique, programmatique de ce vers quoi il tend depuis ces dernières années, qu’on nomme lyrisme ce qui ne dit grand-chose, seul, et à quoi lui tolère voire revendique l’épithète accolée de « lyrisme de masse »… Ce qui renverse, et redresse, mais redresse efflanqué, vaillant fébrile, dans ses textes (et pour part très personnelle, l’éternité, dont la multiplication typographique en couverture me fit synesthésiquement percevoir une modalité multiple, sorte de stéréo visuelle), ce qui s’attaque et vous tranche en deux puis vous berce, ce qui guerroie puis pleure puis rit, puis surtout les trois ensemble ; ce qui vous l’allez entendre, vous coupe la chique sans pacotille, c’est un débord, un débord d’humain oui, une permission au pathos, un possible espoir-de, l’Histoire derrière (et sue), la Poésie et son Histoire derrière (et sues), la Révolution devant, un possible espoir-de.

(Extrait d’une présentation à paraître dans Gare Maritime 2011)

Six | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Jeux.

& constatant que la contrainte chiffrée vieille d’avant-hier et de cinq textes, tient & nous enserre en relative souplesse, que les textes s’écrivent, en multiples de 99 signes & constatant de plus qu’écrire entraîne écrire, que textes font textes en marabout-boule-de-neige & volumétrie croissante, se redemander si– non, même pas : se redire que – 99 eh bien, parce que c’est ainsi ça nous va, 99 voilà ça y va ça rentre, ça-le-fait, 99 voilà, textes : 99 de signes fois : 99 & c’est –PAS–tout : 99 parce que Frédéric Forte, usager récurrent de ce nombre, son fétiche, via ses variations en 99 notes préparatoires à. Frédéric Forte aura traversé cette période : deux entretiens successifs pour Livreaucentre ; des séances d’atelier de lecture tenues seul, sans public, seul face & avec petit tas des beaux livres de Forte au fond d’une grande salle glacée, drôles de moments passés avec les livres, moments où m’y noyer m’y émerveiller m’y orienter perplexe, tant ça joue ; une présentation pour la Maison, que j’aurai écrite mais pas pu prononcer (merci Alain pour le dépannage) : et ce blog que j’aurai souvent compulsé, poète-public, trace de résidence au Comptoir des mots, à propos duquel j’entamais sa présentation (à paraître in Gare Maritime 2011) :

« Lâchez un poète dans une librairie, et il se passe des choses, il se passe que bougent les choses et places assignées, lecteur, libraire, auteur : s’instaure un jeu, entendez-le à (au moins) deux sens du terme, un amusement et un espace libre entre des pièce d’un mécanisme. Les deux, ajoutés, sont créateur de situations, d’évènements. D’immenses et innombrables micro-évènements. De faits, littéralement, poétiques. »

Cinq | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Chaussures.

Chaussures, on a dit – Chaussure, de Nathalie Quintane. Une trouvaille pour atelier, cette année – il n’y avait nul effort à faire, à tendre le bras, les trouvailles, c’est Quintane, qui les fait, tout au long de ce livre-là (et des autres, voir le magnifique Tomate, de saison). Le livre déplie des remarques, toujours à propos de chaussures, comme :

« Avec une mule à talons hauts, je cumule les caractéristiques de la mule et celles de la chaussure à talons hauts. »

&

« En en cassant les talons, je transforme des pantoufles en mules. »

&

« Une chaussure me paraît plus grande, quand je suis à plat ventre devant elle. »

Il aligne, énumère – déplie, déploie des logiques contradictoires, de cette façon qu’à Quintane de poser le regard non en surplomb, mais par en dessous, ou par le côté, des choses. & de raisonner, de fatiguer les idées dans les mots. De tenter de pousser les choses à leur terme. Ouvrez à table, en atelier, lisez & faites lire ces remarques en désordre, silences équivalant aux blancs entre elles. & ajoutez, plus tard, quelque matière inverse (inversement mis sur la page, blocs noirs de matière romanesque, compacte) : le discours d’un jésuite, page 590 de Outremonde, Don DeLillo, énumération exhaustive des mots définissant la chaussure, géométriquement ordonnée. Les deux ouverts, mis en partage, il n’y a pour ainsi dire plus rien à faire, qu’animer : passer de l’un à l’autre, de l’enchâssement fluide des idées dans d’autres (Quintane), à la description jusqu’à épuisement des stocks du lexique requis (DeLillo). La proposition qui concrètement est faite aux participants, c’est : poursuivre ce qu’entame Quintane, de continuer cette phrase qui, c’est essentiel, n’est pas « quand je pense à la chaussure », mais : « quand je pense au mot chaussure ».

Quatre | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Debout.

Cet étrange cap qu’était pour moi de prendre parole en conférencier, tenait pour partie à une question de posture : parler, debout, à une assemblée. Ce qui constitue une rupture par rapport à ma posture standard : face à des gens, mais : assis (en débat public, comme en atelier), debout parfois, mais : pour un instant (de présentation, comme au Pannonica avec la Maison de la poésie ; d’explication via paperboard, en atelier). Parler debout est transitoire dans mes pratiques, s’il y a prise ou affirmation d’autorité je la diffuse horizontale. & durant la conférence même, c’est un autre problème de postures qui se pose : comment parler et cliquer (se baisser) ; comment cliquer pour montrer tout en lisant son texte sur un autre écran (osciller + se baisser) ; puis dans la dernière phase, une fois résolues ces deux questions casse-troncs (merci Isabelle & Sylvie, pour les clics), vient s’ajouter, tiens, qu’on me filme. Qu’il faut se tenir sur une ligne, à peu près immobile – à quoi le corps répond par usure des semelles, les pieds se frottant l’un à l’autre. Ce que ça peut bouger dedans en ces moments de formulation (écrire, lire, dire), je songe, dos moite dans le fauteuil cuir, repensant à la chaleur d’une salle d’atelier, repensant aussi au tourbillonnant Jocelyn Bonnerave, tout-énergie en sa forme & ses phrases, lui qui m’a dit écrire, toujours, toujours : debout.

Trois | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Pichenettes.

Digressons, d’une question de Sandra Moussempès : « Qu’est-ce-que le poke ? ». Eh bien, d’après wiktionnary, to poke, c’est donner une pichenette à quelqu’un pour attirer son attention. Un doigt tapotant l’épaule, ‘lut-toi-ça-va. Cette fonction sociale, c’est celle du poke, version ubiquité : taper sur l’épaule de quelqu’un qu’on aime bien, pour lui dire : qu’on l’aime bien – ubiquité permettant de taper sur dix épaules simultanément ou presque et que dix doigts tapotent votre épaule sans manquer de place. Dans l’IRL, c’est plutôt agaçant – & on l’imagine, formidablement agaçant quelqu’un qui vous le ferait à maintes reprises dans la journée. Mais sur facebook, ça compense, ça ajoute un stimulus, simple obstiné muet stimulus, au déferlement des signes – dont beaucoup de mots. Mon paradoxe du moment, c’est que facebook ne me les signale pas, mais m’en avertis par courriel – il m’est donc signalé par courrier que quelqu’un m’a tapoté l’épaule. & quand wiktionnary m’informe qu’un poke est aussi l’« insertion d’une valeur à une adresse mémoire dans le but de modifier le comportement de programmes. », je ne suis pas sûr de ne pas devoir m’inquiéter de ce dérèglement du poke.

Deux | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Parole.

79 jours depuis le dernier article en date avant reprise, lequel signalait un premier blanc, une absence. Le signalait et signalait aussi, pour mieux s’excuser, qu’il y aurait conférence « Écrire sur Internet », deux jours plus loin – manière (faussement ?) modeste d’un peu crâner, seul face au miroir/écran : conférence, le mot : Tenir conférence. Parler debout, vous qu’on écoute – moi qui donne la parole & m’en targue, de faire juste passeur. Il y eut une conférence, une autre, & de trois, on y reviendra, mais la première, l’inaugurale, s’est fondée sur cette autorisation-là, s’est bâtie de cette origine, cette question d’énonciation, ce je-là, spéculaire : qu’est-ce qui me fonde, entamais-je, pure question oratoire, à vous tenir ce discours, cette conférence – d’où ça parle, d’où ça procède, d’où ça vient, réponse : écrire + en atelier. Égalité de biais, subsumation plutôt : dans écrire sur Internet, il y a écrire, il y a Internet, & plus loin, digressé, il y a : écrire, en atelier.

Un | sur | Quatre-ving-dix-neuf : Bornes.

& qu’il faut bien dire un peu pourquoi, pourquoi ce titre et pourquoi cette contrainte, s’y essayer alors, évoquer : & la nécessité de s’y ré-atteler, à l’écriture du blog, et de ce qu’elle pointe, en tant qu’écriture méta, notamment : que la contrainte fait l’écriture comme le cadre fait l’image, que la dite forme du texte ne se scinde de son dit fond, que la formulation d’un cadre produit & définit, lance & borne, & que donc : il fallait une contrainte, pour reprendre et tenir, tenir la corde mais la tendre ferme, d’abord. Poser un cadre double, deux nombre pour abscisse et ordonnée, deux coordonnées chiffrées : mesure du temps, mesure des signes. Ce vendredi 26 mai de reprise, il y a 79 jours de passés depuis le dernier article en date, et se donnant un délai de vingt jours, ça en fera 99 le 15 juin : faire 99 textes d’ici là doit être possible, me dis-je, et qu’ils soient de x fois 99 signes, espaces compris, devrait constituer une métrique nette et souple : ici, 990, ouste, fini.