Sept | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Salut.

Il y a autant de singulier que d’universel dans la poésie que pratique Christophe Manon depuis ses débuts, il y a une décennie et facile autant de livres maintenant.

C’est plein, c’est fourni. Il y a des trajectoires obliques à faire en l’œuvre amassée au fil des ans de Manon, dont deux au moins nettement se détachent, profilons double :

Disons, un : Manon est un poète touche-à-tout, porteur avec quelques charmants bambins encore trentenaires qu’on pourra dire « complices » tels Antoine Dufeu, Michaël Batalla, Vincent Tholomé (liste non close) d’un siècle au moins d’avant-gardes passées (et potentiellement futures), d’une Histoire de la poésie dans le sillage de laquelle ils se posent, en toute connaissance et sens aiguisés de cette richesse de recherches formelles : Manon, au fil de ses livres, joue avec les typographies ; puis scande et fait l’idiot comme Tarkos ou Pennequin ; puis liste ; puis compose, scrupuleusement, du vers ; puis : le coupe ; puis tresse un récit, sous formes de chants successifs. Manon vocal, Manon lettriste, Manon politique, Manon lyrique. Successivement, et simultanément. Manon est curieux, insatiable, partout. Vivant dans la page et assoiffé ci-dedans, comme dehors. À l’image de cette magnifique revue Mir ou des éditions Ikko qu’il fonda et fit vivre avec Antoine Dufeu, il fait feu de tout bois, de tous côtés, dessus dessous, histoire de pas mourir idiot – ou alors, en super idiot, idiot magnifique, revenu de tout savoir (mais revenu d’y être allé voir, d’abord), idiot grandi, Idieu, disons, du titre de l’un de ses plus beaux livres.

Disons, deux : ce que Manon d’emblée compose et ce qui se met en place, en page, or qu’il n’a, alors, pas trente ans, est pour partie programmatique, programmatique de ce vers quoi il tend depuis ces dernières années, qu’on nomme lyrisme ce qui ne dit grand-chose, seul, et à quoi lui tolère voire revendique l’épithète accolée de « lyrisme de masse »… Ce qui renverse, et redresse, mais redresse efflanqué, vaillant fébrile, dans ses textes (et pour part très personnelle, l’éternité, dont la multiplication typographique en couverture me fit synesthésiquement percevoir une modalité multiple, sorte de stéréo visuelle), ce qui s’attaque et vous tranche en deux puis vous berce, ce qui guerroie puis pleure puis rit, puis surtout les trois ensemble ; ce qui vous l’allez entendre, vous coupe la chique sans pacotille, c’est un débord, un débord d’humain oui, une permission au pathos, un possible espoir-de, l’Histoire derrière (et sue), la Poésie et son Histoire derrière (et sues), la Révolution devant, un possible espoir-de.

(Extrait d’une présentation à paraître dans Gare Maritime 2011)

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