Archives mensuelles : août 2011

Vingt | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Un évitement.

Re. Pour continuer il faut reprendre : les événements qui ne font pas fil, leur cours dont l’écoulement ne fait pas fleuve, il faut reprendre & simplement & seulement s’y remettre, relancer la machine corrodée par toutes les pluies d’un tiède été, s’y remettre comme si la veille c’était tout près, comme si la veille datait d’hier & non d’il y a tant de semaines, repartir comme si nulle stase, alors que se sont refermés les dossiers, finis : finis les ateliers en prison (mais ça n’en finit pas comme ça comme d’un claquement de doigts, non, à coup sûr on y reviendra), les débats à La Baule & finies les vacances même glissées entre, fini tout & qu’on a repris, travaillé : travaillé à préparer le terrain du travail prochain en classant pesant jaugeant les sédiments du travail récent. Cette bizarre fluidité, grumeleuse, enlaçant les projets : laborieusement achevés dans l’ombre naissante des projets à venir, et les projets : à venir, dont la pièce maîtresse on la trouvera, se rassure-t-on, dans la résolution des achevés. Reprise sans qu’il y ait eu déprise, en somme, l’endroit juste laissé en jachère, puisqu’ayant aussi écrit ailleurs : cet article tout en strates, éloge à DeLillo qui m’est si cher, m’a valu un évitement : je n’ai pas simplifié ma tâche, j’aurais pourtant pu en : citant Houellebecq, qui un jour affirma quelque chose à propos de la mort qui serait un bruit de fond permanent pour nos vies contemporaines, semblant sans le citer résumer Bruit de Fond du dit Don DeLillo : citer m’eût simplifié la tâche, gagner quelques heures de compulsives recherches au cœur du livre et de ma mémoire pour n’au final dénicher que ce passage bien moins catégorique: «–Et si la mort n’était qu’un son ? dit-elle./ –Un son parasite. / –Un son que nous entendrions pour toujours, tout autour de nous. ». Je n’ai pas cité Houellebecq, j’ai évité : par mauvaise foi peut-être (sans doute) (sans le moindre), comme un ado revêche qui refuserait de porter des marques ; j’ai choisi de ne pas, par désir d’enfouissement, pour me replonger dans le livre (désir comblé, j’y suis allé et ne cesse d’en retourner les terres depuis) ; j’ai évité Houellebecq et son arrangeant résumé pour autre chose, aussi, dont on n’a l’idée qu’une fois qu’elle s’est écrite : qu’en l’occurrence, résumer, clarifier, simplifier, n’aurait facilité qu’une fuite, n’aurait rien résolu (juste : aurait fait mine). J’ai cité, évoqué, cité & recité Don DeLillo, quitte à m’y perdre &, par cet évitement confortable (à sa façon), n’ai pas résolu beaucoup plus, mais m’y suis perdu plus juste.

Sites et écritures / Arnaud Maïsetti, Isabelle Pariente-Butterlin, Laurent Margantin, François Bon (publie.net, 2011)

(note préalablement parue le 22 août 2011 sur livre au centre)

Arnaud Maïsetti, Sites et espaces littéraires, intervention au séminaire doctoral « L’Espace », le 8 juin 2011 : « L’espace Littéraire » , à l’université Paris 7 – Denis-Diderot. // Isabelle Pariente-Butterlin : Creating a new social space : The Internet and documentality / The Internet as documentality, colloque « Social Ontology and Documentality » organisé par Petar Bojanic, Université de Belgrade, 31-05/01-06/2011. // Ainsi que, d’Isabelle Pariente-Butterlin, À la frontière de deux mondes, ontologie de l’écran, communication au séminaire de Frédéric Nef, « Diviser la réalité », à l’EHESS, en février 2011. // Laurent Margantin : Un espace pour une parole libre est paru dans la rubrique Idées du journal Le Monde, le 28 octobre 2010. /: François Bon : Avancer dans l’imprédictible (How to proceed into unpredictable), une intervention à Futur-en-Seine, Paris, le 23 juin 2011, dont Devorah Lauter a produit la version anglaise.

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Imprédictible : l’adjectif revient souvent dans les textes de François Bon (ici encore dans le titre de sa contribution)  à propos de cette mutation numérique, globale et spécifiquement dans nos rapports à l’écran, et à laquelle il a consacré un essai évolutif, Après le livre, qu’on a précédemment évoqué ici. Ce qui échappe, pour partie, à une analyse – selon les termes habituels et définis – puisque résolument neuf et prolixe (ce sont nos usages et nos conceptions qui basculent en un flux mixte), implique la crainte voire l’effroi : d’où l’avalanche d’amalgames et considérations catastrophistes face à ce changement, paralysant toutes action et réflexion.

Cet essai collectif prend le parti d’une réflexion active : les quatre auteurs concernés ont chacun une approche littéraire, puisqu’ils sont auteur de littérature, sur leur blog ou site respectif, dont les adresses sont ci-dessus, et dont un simple feuilletage montrera déjà ce qui se confirmera à la nécessaire lecture plus approfondie : qu’il ne s’agit pas de démarches par défaut, de “petite” littérature : mais au contraire de littérature active, réflexive et exigeante. Citons Arnaud Maïsetti dans le texte d’ouverture :

C’est que le site, peut-être, est déjà tout cela, livre – et davantage qu’un livre augmenté, un livre qui l’excède : tiers livre en ce qu’il le contient, le réalise, et le déplace plus loin –, somme de pages, recueil et anthologie permanente (poezibao), carnets, livre à côté du livre qui finit par remplacer dans sa fiction d’écriture, l’écriture qu’il appelle – tout cela qu’il vient dépasser rejoignant par là cette dynamique propre de l’espace littéraire.

Oui, quelque chose change, nombre de choses changent, dans les pratiques de lecture, d’écriture, de diffusion, dans cette chaîne du livre dont aucun des termes ne semble plus tout à fait valide, ni chaîne, ni livre. Mais ce changement même requiert écriture, écriture du changement en train de se faire : de penser ce mouvement requiert de l’écrit. Qu’est-ce que ça change d’écrire avec – avec l’idée de lien, avec l’apport du code, avec un écran, avec des réseaux sociaux ? Ce n’est le livre qui est enrichi par le numérique, c’est tout, autour, avec, avant, dedans. Et la pensée active (écrite, questionnée, écrite encore) de ce passage que nous vivons, est profondément nécessaire : un essai tel que celui-ci en rend compte, et nous y aide.

“Nous avons à assurer la continuité et la transmission de valeurs de civilisation, dont le livre avait principalement la charge, dans un contexte devenu brutal et erratique, structuré non pas depuis ces valeurs mais celles de luttes économiques à taille mondiale.” (François Bon)

Publie.net, 2011. – 119 p. – ISBN : 978-2-81450-478-3. – Collection Écrire. – prix : 3,49 €. Télécharger en multi-formats