Archives mensuelles : septembre 2011

« Après le livre » de François Bon (Publie.net ; Seuil, 2011)

(note préalablement parue 10 mai 2011 sur livre au centre)

« Cette publication numérique est un rendez-vous important pour moi. Depuis 2 ans, de nombreuses conférences, des cours et des ateliers, où aborder la mutation numérique du livre (…)

La première version de chacun de ces textes a été mise en ligne à mesure sur Tiers Livre, et ils continueront d’y accueillir débats, précisions, contributions. En voici la version stable et développée – ce qui est pour moi, peut-être, avant tout, le territoire de notre invention, si grisante en même temps que si risquée. (François Bon) »

En video : une interview par Bernard Strainchamps de Bibliosurf à l’occasion de la sortie de ce livre

Publie.net, 2011. – 337 p. – ISBN : 978-2-81450-410-3. – Collection Essais. – prix : 3,49 €. Télécharger en multi-formats
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Ce livre est deux livres à la fois : chantier ouvert sur publie.net (et auparavant, pour partie, sur Tiers Livre, site personnel de François Bon, ou des billets évolutifs ont constitué des trames, des esquisses de ce qui ici constitue des chapitres), plusieurs fois déjà remis à jour depuis janvier 2011 ; et livre imprimé, à paraître au Seuil, à la rentrée 2011.
Ce paradoxe apparent n’en est en fait pas un, exemplaire des plusieurs strates de complexité : la complexité de la pratique d’écriture, en elle-même ; et la complexité toute particulière de l’écriture de l’essai, d’autant plus lorsque l’essai est consacré à un thème de telle actualité que celle du livre et de sa mutation numérique.
Le livre, donc, est découpé en courts chapitres, classés selon ces six catégories : écrire, traverses, pratiques, historique, biographique, technique. Prétexte à dresser des inventaires ouverts, d’objets et de pratiques, toutes époques en écho et en liens (du principe de fil RSS à l’histoire intime des ordinateurs personnels, passant par les plumes de Flaubert et des détours merveilleux, comme cette évocation du … papier carbone : « Je n’avais jamais pensé avant ces jours-ci à cette phase intermédiaire : le moment où, la photocopie devenant bien plus accessible, nous avons renoncé au papier carbone. Je ne sais même pas s’il s’en vend encore. Qui fut le dernier à l’utiliser ? ») ; à raconter des histoires merveilleuses ; à questionner sa propre pratique en direct ; et ce rapport passionné mais non fasciné à la technique (technique de l’écriture, de l’ordinateur, technique de l’œil même qui lit) qui est celui de François Bon.
L’objet est hybride, il s’enchaîne, coule, avec naturel mais sans linéarité, et son avenir en plusieurs versions, livre et e-pub, devient logique, se dit-on à sa lecture. Car « La littérature, c’est ce qu’il y a dedans, et pas comment elle se vend. »

Vingt-et-un | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Papier

Le fait : d’inscrire les textes écrits en atelier sur un autre papier que l’originel, la feuille qui s’en allait où elle voulait sans qu’on ait à juger ni aucune envie de, nourrir un tiroir faire verso de liste de courses ou marque-pages, demi-cocotte, oublié ou censément sans vraiment y parvenir puis enfin perdu de lui-même, qu’on regrettait alors (puisque perdre les choses sert à ça, regret nous fiévrant plus que possession) à savoir : cette pelure valait relique, signait que ce qui s’était écrit ne valait pas tant en soi que pour l’avoir été, écrit. Le fait : de publier, d’aller prétendait-on, plus loin, de passer au livre. Mais passer au livre mentait, prétendant augmenter ce qui ne valait que potentiel – me disais-je, me redis-je avec force & conviction accrues par ma perte, avérée, d’usage du dit papier, lequel ne me sert plus autre qu’à listes & listes de listes. De mettre en un livre des textes d’atelier mentait, défaisant les textes & l’atelier.
Quand il a fallu y retourner, hors délai, hors usage, faire le recueil, parce que (ce parce que je l’entends mais obstinément refuse de le comprendre, la tête hochant de droite à gauche pour NON en serinant Oui, oui). Frappe des textes et corrections et sélection, toutes opérations dispensables mais obligées. J’ai martelé : tout expliquer, donner le contexte et ses bords, ses limites et ses creux, juste : préciser quels gestes ont mené à quels endroits, & quoi présida à ces gestes. L’écrire, en des pages & des pages, trop – bien trop peu. Mais qui réduites à quelques lignes, ne rendirent plus que rien ou presque. Un bris de geste. Une boulette pour une cocotte. Un post-it encadré. Un sourire un peu désolé.