Vingt-quatre | sur | Quatre-ving-dix-neuf : Traduire

Traduire est impossible mais nous y assistons quand André Markowicz nous parle, me redis-je au moins une fois par semaine depuis que j’ai entamé la mise en ligne hebdomadaire de ses textes inédits – une série qui s’intitule Un entretien aléatoire, qu’il m’est heureux de tenir entre mes clics, d’indenter au pixel (à la main ou quasi), puis mettre en ligne dans leur bonne forme (merci ici à Joachim Séné pour le code utile).

C’est impossible, mais alors : pourquoi, pourquoi donner tant de temps & d’énergie à cet impossibilité-là ? Plutôt écouter mieux & entendre (en écoutant mieux, on entend) : traduire est un impossible. Un nécessaire impossible.
Comme, en somme, cette autre quête, autre impossible : écrire.
Traduire alors, c’est : écrire.
& tout serait dit, une bien éloquente égalité posée là, déclamée. Traduire c’est écrire, voilà, voix fermement convaincue, puis : voilà. Mais bon.

Mais bon, traduire, c’est laborieux dans son effort, ce demande de : s’arrêter sans cesse, en même temps que se de laisser aller sans cesse, dans le mouvement de la lecture, ta-ta ta. C’est un mouvement d’empêchement permanent, sous la menace de ses propres scrupules. Traduire serait lire et écrire mêlés comme jamais, ou comme toujours ils devraient l’être mais ici : indissociables, ici, attachés, siamois, donnant naissance à ce phénomène-créature curieux : un lirécrire obligé. Je lis ce que j’ai déjà lu, dix fois lu, mille fois lu, & en même temps : je l’écris, je l’invente.

C’est un insoutenable équilibre. & si André Markowicz est unanimement reconnu comme le plus grand traducteur de la littérature russe, donc : le plus insoutenable équilibriste, c’est qu’autant passionnément il lit – posons qu’un peu la lecture est mémoire – qu’autant passionnément il écrit – posons qu’un peu l’écriture est devenir –.

Cette chronique d’inédits, il m’en dit entre deux portes que: «installer une conversation avec je ne sais qui — mais quelqu’un… ». Parler, toujours. Déclamer, chuchoter, hêler, chanter. Parler, plus que seulement dire.

André Markowicz parle, hoche la tête en ta-tatata, reprend non, tata-ta, nous regarde, s’insurge, rit, nous passe de cet impossible, la poésie romantique russe, c’est-à-dire Pouchkine, mais pas que, mais aussi plein d’autres, mais déjà Pouchkine pour un Russe c’est plus que tout, alors ça fait beaucoup. Nous passe de l’impossible car simplement nous sommes là. Nous écoutons, écouterons, comme mis en soif. Car cet impossible, cet insoutenable équilibre, on y bizarrement flotte à l’écoute d’André Markowicz &, tendant l’oreille, c’est comme notre œil qui s’ouvre & s’éveille. C’est un impossible, c’est assurément nécessaire. Écoutez, lisez.

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