« C’était » de Joachim Séné (publie.net, 2011)

(note préalablement parue le 15 octobre  2011 sur livre au centre)

“C’était préparer l’en-cours, écrire a posteriori les conceptions, les études, puis documenter ce qui n’était pas fait mais devait l’être, tout ça venu de la hiérarchie directe qui avait comptes à rendre en très haut lieu d’un jour à l’autre, présidents et fonds de pension, actionnaires et clients – tout ou partie de ces engeances, comment savoir réellement ? – réunion en anglais et millions à la clé, alors devoir modifier ce qui, dans un proche jadis nous avait été familier avant de changer complètement ces ébauches, tout en imaginant ce que cela serait dans un futur de seulement quelques jours ou semaines, terre non fouillée d’un projet hors du temps.

C’était, façon dessin au téléphone, entre deux lignes de code, ne plus regarder par la fenêtre, simplement baisser la tête sur la table et au feutre, au stylo, au crayon, gâcher du post-it, crayonner ces espaces carrés et vides, silencieux, vivement colorés, bien remplis et finalement froissés.”

C’était. Dès le titre, et dès l’entame, donc, cette contrainte formelle a minima qui porte et nous entraîne dans la lecture sans que tout de suite l’on se rende compte de quoi ça parle. Chaque paragraphe a la même amorce, forme verbale neutre et à l’imparfait, ”C’était”. Sans trop dire mais nous plongeant dans un “pur” passé, passé lointain et oublié ou presque, celui des histoires anciennes, le “il était une fois” des contes.  Il fait cet effet de projection dans la fiction, habile subterfuge pour contourner l’objet d’étude, à savoir : le monde du travail, et la précarité jeune, fun, limite luxueuse (par rapport à d’autres endroits, d’autres sphères sociales, s’entend) des industries de l’informatique et du web.
Et la mélancolie portée comme une ombre se fait jour, sans qu’il ne soit besoin de trop en dire ou dénoncer. Ça parle et fait plus que parler.

C’est au final un mode extrêmement habile de construction d’un récit documentaire, et cette construction doit au contexte qui l’a porté : le blog collectif le Convoi des glossolales, animé par Anthony Poiraudeau, où la contrainte que s’est imposée Joachim Séné (c’est le jeu, sur ce blog) suivait ce  principe : un paragraphe par jour, et l’amorce par “C’était”. Les textes se sont accumulés au gré de la contrainte et leur reformulation, leur éditorialisation a constitué un livre, celui-ci : triste témoin d’une époque aussi absolument actuelle que nous semblant révolue.

Où comment une fois encore publie.net nous documente en deux endroits au moins : quant au monde de l’entreprise aujourd’hui, maintenant ; quant au texte tel qu’il se pense, s’invente, en modes diversement collectifs, dans certains endroits de la blogosphère littéraire.

Joachim Séné est webmaster & auteur, auteur et webmaster. Plusieurs autres titres de lui chez publie.net :
Sans ;
La Crise ;
Roman ;
Hapax.
En tant que webmaster, on lui doit notamment le nouvelle mouture 2011 de remue.net, mais aussi Traque traces, œuvre-site de Cécile Portier. Et, alliance de l’auteur et du webmaster, à découvrir, ces poèmes visuels, dans la revue de création de remue.net :
tu te caches ;
tu rates ;
tu recommences ;
tu changes .

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C’était de  Joachim Séné, Publie.net, 2011. – 100 p. – ISBN : 978-2-81450-516-2. – Collection Temps réel. – prix : 2,99 €. Télécharger en multi-formats

 

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