Pascale Bouhénic

Texte lu lors du festival Midi-Minuit, édition d’octobre 2011 ; publié dans Gare maritime 2012, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes).

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De Pascale Bouhénic, on sait qu’elle filme, et qu’elle écrit.
Pascale Bouhénic, écrirait-on pour résumer, si l’on voulait résumer, aller au
plus vite et simple, PB, donc, fait deux trajets symétriques, voire inverses :
elle filme des écrivains, caractères de l’immobile (d’une action immobile), et
à d’autres moments, écrit des boxeurs et danseurs – caractères de la mobilité
(d’une action mobile). Ce constat premier, en fait de simplification, vaut
question, question qui en contient tant d’autres, qui sous-tendent et agissent
ses créations artistiques. La question est posée autrement, en entrée
du Versant de la joie, livre-hommage drôlement tourné, à Fred Astaire :

« Il me semble que la station assise, la seule qui soit vraiment incontournable à un moment ou un autre pour écrire, développe des symptômes étonnants. Quelque chose comme un grand désir de mouvement, d’air libre et d’action finit par envahir l’esprit de celui qui est assis, si souvent assis ; et ce désir s’engouffre dans le livre (le cas inverse est vrai aussi : on rencontre des personnages immobiles, alités, ou assis dans des espaces clos, mais j’ai l’impression qu’ils moins nombreux). »

Le mouvement (en tant que motif, thème, et moteur), est un centre, autour
duquel tournent ses trois livres. Boxing Parade, le plus récent, tresse louange
en vers libres à dix boxeurs, hommes qu’on se figure souvent comme des brutes.
Comme en écho aux Vies des Saints, Césars ou autres illustres – ce qu’ils
sont assurément, par ailleurs, rendus tels par des voies neuves au passé (par
des voies neuves au siècle passé) : la diffusion, prolifération, de leur image via
mass media a joué. Le procédé est ironique, appliquant un mode d’évocation
de la sainteté à des hommes d’action purement physique, physique et non
méta. Mais il n’est pas que d’ironie, ou du moins, cette ironie avérée ne se
dépare pas d’un éloge sincère : lequel offre une prise, et permet de prendre
cet aspect légendaire comme au pied de la lettre :

« Il est beau de constater que les héros
Ne sont pas toujours des champions
Qu’ils sont connus comme tout le monde, accusant des revers
Des échecs et des coups
Mais au cœur de la tempête
Ils tiennent debout
Accros à leur croyance
Plus qu’à tout. » (extrait « Vie de l’Homme à l’orchidée » in Boxing Parade)

On l’entend, il y a par cette façon de faire, un décalage effectif dans la transcription d’une, des réalités (sociale, raciale, historique, sportive) : ainsi,
l’entame de ce portrait :

« Vie du boxeur Max
(…) un boxeur allemand / Qu’on appellera Max / Et dont la vie atteint un magnifique climax / Au moment de la Seconde Guerre mondiale / En cette période affreusement dure / On aurait pu tomber sur boxeur pire

Écoutez :
2
Max nait dans le Brandebourg / Cœur de la Prusse rurale / De solides protestants, son milieu familial / Baptisent l’enfant de quatre noms allemands : / Maximilien, Adolf, Otto, Siegfried—Adolf est à l’époque un prénom très courant. »

Réalités multiples, niveaux d’appréhension de ces réalités pareillement
multiples, y compris dans l’ironie, dans la mélancolie – les textes de
Pascale Bouhénic « brassent » et drainent du frontal et du complexe,
grand en spectacle jusque dans l’infime détail, tant et tant qu’il sont de
ceux que l’on conseille à toutes et tous – alliance finalement assez rare,
forte en joie, stimulante.
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BIBLIOGRAPHIE
Boxing Parade, L’Arbalète/Gallimard, 2011.
Le Versant de la joie, Fred Astaire, jambes, action, Champ Vallon, 2008.
L’Alliance, Melville, 2004.
Fait partie du comité de rédaction de la revue Vacarme.
FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE
Jean Echenoz, les après-midi, 2009.
How Far Is the Sky ?, sur Samuel Beckett, 2007.
Olivier Cadiot, l’Atelier 2, 2007.
Le Cas Max Beckmann, peintre allemand, documentaire, 2002.
Scénographie du paysage, 2002.
Scénographie de la ville, 2002.
Dédoublement, 2001.
Éclairer la nuit, 2001.
L’Atelier d’écriture de Michelle Grangaud, 1999.
L’Atelier d’écriture de Jacques Roubaud, 1998.
L’Atelier d’écriture de Christian Prigent, 1997.
L’Atelier d’écriture de Valère Novarina, 1996.
L’Atelier d’écriture de Bernard Heidsieck, 1995.
L’Atelier d’écriture de Jude Stéfan, 1995.
L’Atelier d’écriture d’Olivier Cadiot, 1994.

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