Archives mensuelles : janvier 2012

Emmanuel Rabu, anthropie entropie

(Texte lu  lors d’une soirée “Poèmes en cavale”, Emmanuel Rabu en duo avec Basile Ferriot, en janvier 2012 ; publié dans Gare maritime 2013, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes))

 

 

Emmanuel Rabu a publié quelques étranges, rares et beaux livres, associant des figures de champs culturels fort distants : Hergé et Isidore Isou ; Gainsbourg, Vélasquez et l’Histoire de l’automobile. Habile à créer des ponts impossibles (préjugés tels), entre genres (dits) nobles et culture populaire, il est allé jusqu’à imaginer et diriger l’anthologie Écrivains en Séries (deux volumes chez Laureli-Leo Scheer), qui organise un questionnement décentré des séries télévisées par des artistes, écrivains, théoriciens… Il collabore également, de longue date, avec Sylvain Courtoux, dans des duos textes sons, pop, punk, hybrides.

Je cite Georges Perec : « Il y a dans toute énumération deux tentations contradictoires ; la première est de TOUT recenser, la seconde d’oublier tout de même quelque chose ; la première voudrait clôturer définitivement la question, la seconde la laisser ouverte ; entre l’exhaustif et l’inachevé, l’énumération me semble être, avant toute pensée (et avant tout classement), la marque même de ce besoin de nommer et de réunir sans lequel le monde (« la vie ») resterait pour nous sans repères (…) » (Penser/Classer, éd. du Seuil)

Listes. De Perec, si l’on listait, pour organiser, liste fermée , viendraient les mots oulipo, contraintes, disparition du e, cruciverbiste, or : Emmanuel Rabu n’est pas un oulipien (et je n’ai pas connaissance d’une passion chez lui pour les mots croisés). Mais, Perec liste. Et, Rabu liste, sans cesse – et il liste ouvert. C’est explicite et n’aurait à être souligné, compliqué ainsi de gloses et commentaires, c’est explicitement signifié, marqué en grand sur les panneaux d’annonce : ce qui va suivre se nomme : index, une liste. C’est clair c’est net, c’est même écrit deux fois sur le flyer de la soirée qui lui est consacrée au Pannonica : index, liste.

Index, liste. Précisons. Mon dictionnaire, au mot index, énonce: « table alphabétique (de sujets traités, de noms cités dans un livre, par mots-clés, par rubriques) ». De liste, la définition est: « suite de mots, de noms, de signes, généralement inscrits les uns au dessous des autres. »

Mais, au programme, est ajouté anthropique (avec un a, pas un e, anthropique, pas entropique – homophonie à questionner), anthropique, c’est-à-dire « fait par l’homme, dû à l’existence de l’homme », voire relatif à une « théorie stipulant que l’univers a été créé pour que l’homme puisse l’observer ». Pour le dire mieux, je triche, j’ai des dossiers, et cite Rabu, pour qui anthropique signifie : « des éléments conçus par l’homme, déplacés, modifiés par lui – ce qu’on appelle également la civilisation ».

Ce qui va suivre est donc une énumération, rangée anté-alphabétiquement (de Z à A, de « des zoos » à …). On y croise des chiens, par exemples, de nombreuses espèces de chiens. Des animaux d’autres espèces. Des lieux et liaisons entre ces lieux. Des véhicules. Des appareils. Des techniques. Des systèmes. Des liens signifiants se font en nous face à ce défilement mais les significations palpitent, disparaissent en clignotements, elles sont passées déjà quand déjà reparaissent d’autres espèces de chiens et d’animaux, puis d’objets, de fonctions, d’objets fonctionnels, mais non : de nouveaux animaux.& d’autres chiens encore. L’organisation de l’index, la remontée de l’alphabet nous fait trompe- l’œil et nous perd. Elle n’ordonne pas, elle semble le faire, mais : ruse.

Les signes amassés sont des traces et collectant ces traces nous est offerte la possibilité de fictions neuves, d’enchantement enfantin presque, face aux étonnantes, sidérantes, manifestations du réel.

Et l’alphabet irrémédiablement remonte sa propre pente, pendant que bruissent les rythmes et matières produits par Basile Ferriot, double hélice, double hypnotisme, réversible. Et resonger à cette homophonie, anthropie a mais aussi entropie e, pour : « fonction définissant l’état de désordre d’un système, croissante lorsque celui-ci évolue vers un état de désordre accru ».

Repenser à son récent roman, futur fleuve, texte ouvert, suggérant son incomplétude, défilement là encore d’images fugitives – une rêverie fiévreuse, atypique, manière de roman-fleuve en charpie.

Relire cette note, à propos d’autres choses & moments, d’Emmanuel Rabu, mais grand rapport :

« Parce que dans une société qui tend à l’uniformisation de tout, les événements VIVANTS à hauteur d’homme, de son intimité, appréhendables directement, disant -partout=en tous lieux ; en de nombreux endroits : sa singularité et sa diversité sont un des remparts de la barbarie, & l’une des manières de ce qu’on a appelé l’humanisme.

La liste non pas comme un élément de hiérarchie, mais comme un outil de dé-classification, c’est-à-dire de non segmentation et d’ouverture. La liste, non pas dans la logique verticale qu’elle semble induire Mais dans son horizontalité : REUNIR ET EXCENTRER. »

 

Washing machine | une collection dirigée par Hubert Guillaud (publie.net)

washmach4bis

(reprise d’un article initialement paru sur livre au centre le 11 janvier 2012 )

Nouvelle collection chez publie.net

La lecture des quatre premiers titres de Washing Machine nous permet de confirmer cette assertion positive : cette collection va compter. Ces ouvrages sont d’ores et déjà des ressources (autant que des re-lances, de curiosité, de recherche) et la dite collection s’annonce comme étant de chevet (c’est la tablette de lecture qui est de chevet, mais il faudrait ajouter une table de chevet jouxtant les étagères faux bois conforama de la boutique iTunes), pour les curieux de lecture, de numérique, de technologie – et plus simplement, d’analyses et de décryptages des usages de notre monde contemporain.

Washing Machine, c’est avant tout une carte blanche offerte à Hubert Guillaud, dont on sait le travail d’investigation et d’analyse sur son blog la feuille ou sur le site internetactu. Washing Machine – sous ce titre presque inquiétant, de quoi s’agit-il, d’une machine à laver quoi où qui ? À nous délester de nos préjugés, pour l’essentiel – et considérer les mutations sociétales actuelles, et leur lien à la technologie, de façon ouverte, éclairée, militante de l’émancipation humaine et non capitaliste, pourrions-nous ajouter. Militance pragmatique et non sectaire.

Il s’agit pour Hubert Guillaud, dans cette collection, de rééditorialiser des contenus déjà produits par lui-même et d’autres, et de ce fait, accessibles en ligne – ainsi l’explique-t-il sur internetactu :

« Washing Machine” souhaite donner à lire le meilleur du web en les agençant dans un autre format, pour un autre rythme de lecture. Elle se propose d’inverser et ralentir le flux de la publication continue des blogs, pour donner le temps de la réflexion, en rassemblant la quintessence des meilleurs contenus du web sur les sujets des usages et des enjeux des technologies. Elle ne cherche pas à publier des contenus inédits, mais à rendre accessibles autrement nos propos. Les porter au-delà des publics que nous sommes capables d’atteindre. Les propulser au-delà de la logique des flux. Donner à lire nos contenus autrement.»

Ces propos d’intention font métaphore de ce que peut constituer le livre numérique, prolongement d’écrits web plutôt que copier-coller (ou version écran) du livre papier. (En même temps que ces trois livres conservent leur nature web de texte ouvert et lié, emplis qu’ils sont de liens hypertexte). Au-delà de l’intention, qu’en est-il des contenus ? Lecture attentive et compte-rendu des quatre premières parutions :

Est-ce que la technologie sauvera le monde ?, Hubert Guillaud, Rémi Sussan (avec Xavier Delaporte) / Publie.net, 2011. – 169 p. – ISBN : 978-2-81450-504-9.
Le titre aux allures de défi positiviste ou transhumaniste est à prendre, « tout simplement », au pied de la lettre – comme une question posée, pragmatiquement posée, qui ainsi affirme qu’un constat doit être tenu pour acquis : que ce monde, qui nous précède et que nous modifions par nos actes, est en danger. Il y a une terre à entreprendre de sauver, c’est dit ; le risque écologique majeur n’est pas un mythe.
Et, ceci entériné, Hubert Guillaud passe en revue des travaux entrepris dans les domaines des sciences dites “dures” (la physique, la chimie), qui ont en commun de chercher à résoudre par la technologie des problèmes souvent générés par elle (et ce, à l’échelle planétaire). Lisant ce livre, nous voilà d’abord comme nous étions enfant face à Jules Verne : c’est une découverte fascinée, intriguée, pour le lecteur béotien, que celle de ces projets futuristes (par définition) de géo-ingénierie, comme celui de « blanchir » la terre afin de réfléchir les rayons du soleil pour atténuée le réchauffement, ou celui dit « d’aérosols stratosphériques » (projeter du soufre en haute altitude à la façon d’un volcan) : il ne s’agit pas de délires d’apprentis sorciers ou d’illuminés mais d’entreprises de vaste ampleur, estimées, comparées, chiffrées. Ce livre lève le voile sur ces spéculations de technologues, dont il importe que les citoyens s’emparent (et déjà, s’informent). Le point de vue demeure ouvert et analytique : des mythes sont ébréchés, ou sérieusement modérés, comme celui du portable et de son influence positive dans les pays en voie de développement. Guillaud n’est pas dogmatique, et prône un usage raisonné de la technologie, ainsi, citant Kevin Kelly :

« Pour lui, ce que nous apporte avant tout la technologie ne repose pas sur des solutions toutes faites, mais au contraire, sur le fait que la technologie nous pousse toujours à apprendre. La leçon de la technologie ne repose pas dans ce qu’elle permet de faire, mais dans le processus. Dit autrement, il ne faut pas attendre de la technologie qu’elle sauve le monde, mais qu’elle nous apprenne le processus qui nous permettra peut-être de le faire : apprendre à apprendre, remettre en cause nos certitudes… c’est le processus de production et d’appropriation de la technologie qui est certainement plus important que le résultat. »

Et la question provocatrice du titre vaut donc d’être posée – ne serait-ce que pour prendre conscience que certains, à tort ou à raison, y croient mordicus et agissent en conséquence, déifiant une technologie salvatrice et omnipotente – et qu’il importe d’autant plus de la penser et discuter collectivement – sans la fétichiser ni la diaboliser, évidemment.

Comprendre l’innovation sociale / Hubert Guillaud, Publie.net, 2011. – 148 p. – ISBN : 978-2-81450-503-2.
Ce titre porte la collection dans le champ des sciences sociales, incluant usages numériques ou non – mais en connexion avec des modes d’agir et de penser qui sont ceux du 2.0 (dans sa version partageuse) : on s’y attarde sur des questions de vivre-ensemble et de son amélioration, des questions d’usage partagée de la Cité… de Politique donc, au sens premier et efficace du terme. Ce que Hubert Guillaud englobe sous le vocable d’innovation sociale sont des initiatives, locales le plus souvent mais parfois extensives, expérimentales, de résolution de carences ou dysfonctionnements sociaux, par une action en intelligence, à l’écoute des citoyens : résoudre des problèmes pour les gens, mais avec eux et PAR eux, partant de leur constat et les aidant à formuler des solutions puis à les mettre en pratique.

« Le périmètre de l’innovation sociale est à la fois plus vaste et plus précis que celui de la « démocratie participative » à la française, cette dernière concernant surtout le moment de la prise de décision politique : « L’innovation sociale est un mode de pensée qui met l’accent sur la personnalisation et la co-création » (Catherine Fieschi)

Encore une fois, la technologie est envisagée sous un angle non exclusif, elle est questionnée en tant qu’aiguillon, source d’inspiration, générateur et non en tant que solution aux problèmes sociaux. Les expérimentations présentées ici, celles du Nesta ou de la 27ème région, construisent du participatif, ne cherchent pas, comme trop souvent, à l’imposer verticalement : le travail collectif, la communauté ne se décrètent, ne s’imposent évidemment pas en verticalité. L’apport de la technologie dans cette démarche est surtout d’inspiration, de souci d’ergonomie : scruter les usages quotidiens, et les désigner à leurs usagers, qui sont les mieux à même de les comprendre et de les apprendre aux concepteurs et ingénieurs. Pour travailler ensuite ensemble à l’amélioration de leur condition de vie quotidienne. Citons, dans les pas de Guillaud, Charles Leadbeater :

« L’innovation, c’est comment partager de nouvelles idées. C’est de la collaboration que nait l’innovation. L’innovation, ce n’est pas apporter des solutions aux gens, mais plutôt de les aider à créer leurs propres solutions, en en créant le cadre. » Et de reconnaître que « l’innovation est un mot trop compliqué, car il se rapproche trop de la technologie, alors que nous parlons là des gens, de leur vie. »

Un constat qui, même mesuré, vaut par sa force combattive et son optimisme : une démarche citoyenne.

Comprendre Facebook / Hubert Guillaud, Publie.net, 2011. – 79 p. – ISBN : 978-2-81450-505-6. / Un monde de données / Hubert Guillaud publie.net, 2011. – 148 p. – ISBN : 978-2-81450-506-3.
Les deux ouvrages parus ensuite, fin 2011, sont en rapport plus net, plus immédiatement identifiable, avec les travaux “habituels” de Hubert Guillaud et de l’équipe d’Internetactu (ou de l’idée qu’on s’en fait, de la représentation qu’on en a). Comprendre facebook se lira, tiens, en écoutant par exemple Dominique Cardon (qui en a écrit la préface) sur notre blog arteradio, et en écho de ce récent guide signé Olivier Ertzscheid : il s’agit ici d’éclairer sur ce que le phénoménal réseau social (fort de bientôt un milliard d’inscrits) révèle, de nos usages sociaux et de leur mutation; mais aussi de ce qu’il prédit de l’évolution et de ces usages et de l’Internet tel qu’on l’a connu.
Ce petit guide est donc, tout d’abord, déculpabilisant : il dédramatise le flux étourdissant de babillages que semble être ce réseau social, en relégitimant la fonction phatique de ce bavardage ; mais il souligne aussi l’intérêt qu’a ce flux de paroles et d’images, qui font signe, lorsqu’envisagés depuis la sphère des sciences sociales :  et ce, même s’il faut en relativiser l’impact (car, comme le souligne Dominique Cardon : « Il faut savoir raison garder : Sur Facebook, on peut toujours trouver quelque chose pour confirmer qu’on a raison.(…) Le risque est de passer de la sociologie à la « tendançologie », de faire des sites sociaux les boucs-émissaires de nos relations tourmentées et difficiles, parce que les incidents y prennent une inscription qui leur donne une importance qu’ils n’avaient pas nécessairement. « Reste que les réseaux sociaux constituent un corpus d’archives (en temps réel) assez passionnant pour comprendre les mentalités et les pratiques », explique le chercheur. Les sites sociaux permettent d’observer beaucoup de choses, pour autant qu’on se donne les outils et méthodes nécessaires».)
Par ailleurs, facebook, en bouleversant une manière d’ordre dans la circulation des informations, est, de fait, un média social, de la plus exemplaire des façons :

« Pour comprendre ce qu’est un média social, il faut en revenir à ce qu’est un média  « un support de diffusion massive de l’information ». Par essence, le média social est toujours un canal de diffusion massive de l’information qui emprunte exactement tous les supports et formes existants (texte, image, vidéo, audio…). La différence vient peut-être de la nature de l’intermédiaire, comme l’exprime très bien Frédéric Cavazza. Alors que dans les médias traditionnels il y a un émetteur qui diffuse un message unique à destination de cibles, dans les médias sociaux chacun est à la fois diffuseur et cible. »

Stimulante révolution (au sens propre) que cette inversion : mais opérer une révolution, c’est aussi faire un tour complet sur soi : et cette mutation libératoire a son revers, qui est profondément liée aux questions économiques : puisque facebook, comme google, constitue un accès majeur au web, il s’invente au jour le jour de nouvelles monétarisations de cet accès. Et comme Olivier Ertzscheid, plusieurs fois cité ici, le souligne :

« Comme le dit encore Olivier Ertzscheid, c’est peut-être dans nos représentations que le web, vu via Facebook, est porteur d’une rupture radicale. Avec Facebook, le web n’est plus synonyme d’altérité et de décalage. Il n’est plus un lieu d’exploration inépuisable, comme nous avons bien souvent tendance à le croire. Au contraire. Il borne le web que nous fréquentons, qui est toujours plus étroit que nous ne le pensons  nous revenons très souvent sur les mêmes sites. Cela participe certainement de son mûrissement et de son installation comme « média » à part entière. L’internet – et l’internet vu depuis Facebook – échappe de moins en moins à la logique de média social qui le caractérise. »

La dernière partie du livre, consacrée aux API (ou applications, ou “applis”), et à leur règne croissant sur facebook – et ailleurs – semble ouvrir la voir au quatrième opus de cette collection : Un monde de données.
Un Monde de données est un ouvrage essentiel, semblant déjà capitaliser les pistes ouvertes dans les trois précédents pour les faire fructifier. Partant de l’avènement, depuis 2004, par le web 2.0, d’un immense champ de données renseignées par nous, citoyens, sur nos blogs, nos comptes d’images, nos profils, nos informations déversées sur les réseaux sociaux ; il commence par poser et définir aussi clairement que possible plusieurs concepts majeurs, discutés, et liés : web au carré (ou web 3.0) internet des objets, web sémantique, web implicite… et big data. Et s’inspirant d’un exemple d’avancée fameux dans l’histoire des sciences, celui de la découverte des « animalcules » par  Leewenhoek en regardant dans son microscope un peu plus précis que le modèle précédent, affirme ceci :

« Les avancées dans l’innovation reposent souvent sur des avancées dans la mesure ».

L’Internet, si l’on le considère comme le fait Tim O’Reilly, tel un nouveau-né, va gagner en performance analytique, dans le temps à venir, en apprenant à coordonner les informations dont il dispose (recueillies par les sens dans le cas du bébé ; documentées par nous tous, acteurs du web 2.0, dans le cas du web). Le web, mieux coordonné, deviendrait source de données réellement intelligentes. Quelques exemples de réalité enrichie, via des utilitaires d’image et géolocalisation pour smartphone, sont effectivement saisissants : la porosité entre web et monde physique n’a jamais été aussi grande, au point de modifier les deux et de susciter des inquiétudes aussi grandes du côté des théoriciens du web (sur le point de disparaître sous le règne des applications ?) que de celles des technophobes.

Les questions politiques abondent dans ce livre – et notamment celles de la privatisation et de la libération des données : intéressant de constater à quel point facebook et sa politique de capitalisation de nos données personnelles, certes inquiétante, a été montrée du doigt ; et l’a été en même temps que wikileaks et sa campagne d’ouverture des données cachées au public ont été ou fustigées, ou louées (avec un égal manque de mesure). Mais il nous inquiète  aussi de la possibilité donnée (ou non) à la recherche d’exploiter efficacement des données, hors du champ privé (et donc du profit financier). Donnant longuement la parole à l’ethnologue, spécialiste des réseaux sociaux, Danah Boyd, il nous éclaire encore sur la relativité de la  confiance à accorder aux données brutes. Citant également Johanna Drucker et encore Dominique Cardon, il souligne que  :

« La mise à disposition des données ne résout en rien la question de la nature des données qui vont être exploitées, et finalement de la focale qui va être privilégiée par l’analyse : l’individu ou l’agrégat ? (…) « La notion de donnée est dépendante du regard qui la constitue, l’agrège, et la représente. »

Ce livre, tellement dense et ramifié qu’impossible à résumer, est aussi une porte ouverte en grand vers de nombreuses ressources web, par presque 1000 liens hypertexte, entame une réflexion que cette collection-observatoire va nous aider à creuser. Il constitue de ce fait un pivot, prolongement des précédents ouvrages autant qu’appel à de nombreux enrichissements à venir.

Trente-deux | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Collectif


(Ceci n’est pas un billet promotionnel), ai-je été à deux doigts d’intituler ce billet, après avoir été à deux doigts d’en faire un (billet promotionnel), d’annonce de nouvelle année, parce qu’il en assumera certaines des fonctions (de billet promotionnel, d’annonce de nouvelle année), à savoir :  claironner la parution simultanée de deux revues magnifiques auxquelles j’ai joyeuse fierté d’avoir contribué. Mais il le fera de biais et en multiples de 99 signes. & surtout s’attardera sur le fabuleux hasard, la coïncidence de ces deux parutions ce même jour, & ce qu’elle me dit de quelque chose sur quoi j’ai souvent à bredouiller pour m’expliquer – mal.
Mardi dernier, par exemple, commençant cet atelier d’écriture à Châteaubriant, atelier initial, en papier, séance « classique », mon standard de démarrage de cycle : énonciation des quatre principes après présentation brève de mon trajet & de ma pratique. Mardi dernier il y avait tempête, & pluies denses, & trafic à l’avenant, & poids lourds en nombre – j’ai donc entamé ma causerie en retard, essoufflé – ai buté sur un point, dont je ne crois pas s’il soit faible mais, assurément, problématique : mon statut d’auteur. Le disant vite & mal : j’anime des ateliers d’écriture parce que : j’écris. Je publie peu mais : j’écris. Publie surtout collectif mais : j’écris. & ce que je ne peux articuler clair car ce n’est ni l’heure ni l’endroit, c’est que je n’en rougis pas, au contraire, de n’être pas un écrivain, au sens propre ou académique du terme, d’écrire surtout avec les autres, dans des mouvements entrainants – & que j’y apprends de l’autre et y affirme & confirme mon lir&crire – tout comme, en somme, en atelier.
Merveilles pour moi ce matin, avant d’aller causer, cette après-midi même, avec Catherine Lenoble, de tout cela, des rapports d’entrainement, de lir&crire en numérique, de lir&crire en atelier, de participer, d’inviter, de répondre, d’éditer :
-De pouvoir annoncer qu’elle existe, & sera diffusée ce soir, la concrétion matérielle de ce qui secret, deuxième édition, relecture collective de ce qui fut écrit par élans & concaténations collectives, sur le blog de la revue (devenu le site cequisecret.net, pour amplifier encore ces stratégies de capillarité, & l’assumer à plusieurs), où j’ai écrit AVEC les autres.
-De pouvoir donner le lien vers le très beau huitième volume de d’ici là, revue animée par Pierre Ménard sur publie.net, La forme d’une ville, hélas ! change plus vite que le cœur d’un mortel, un livre numérique collectif, aux textes sons images entrelacés par hypertexte, en si large et forte compagnie (60 auteurs, non des moindres : de Jeanney à Pennequin en passant par Vincent, Berlottier, Suel, Grossi ou Portier – auteurs, hommes femmes dont travaux et personne m’importent).
& merveille de la coïncidence, d’un début d’année qui sera placée sous le sceau de cet autre collectif, Instin, dont est à lire le calendrier, ici même.
& merveille d’affirmer que ce hasard n’en est pas un, que les signes s’organisent intelligent, que cela signifie fort, qu’il y a de quoi poursuivre, qu’il faut : collectif, i.e : ensemble, i.e comme un ensemble, ouvert, mouvant – vivant.