Archives mensuelles : février 2012

« Clint fucking Eastwood  » de Stéphane Bouquet (Capricci)

(Reprise d’une chronique publiée dans Encres de Loire n°59, 14 décembre 2011)

Quel titre, se dit-on d’abord – fucking résonne, frappe, sidère presque (un instant). Ce qui choque, dans ce titre, n’est pas sa brutalité (l’acteur et réalisateur américain Eastwood n’est pas en reste question violence, qui fut tant abonné aux rôles de justicier solitaire, jusqu’à devenir une incarnation de la masculinité, comme l’auteur le rappelle : « Clint peut encore figurer fièrement, arme fumante à la main, en couverture du troisième tome (le versant contemporain) d’une gigantesque Histoire de la Virilité, sortie récemment en France. ») Ce qui se fait bousculer ici, c’est l’image mythique, le fétiche.

Stéphane Bouquet s’attaque au mythe Eastwood, auto-érigé par l’artiste et entretenu avec dévotion par la critique française : celui de « dernier cinéaste classique », de survivant de l’âge d’or d’une Amérique aujourd’hui disparue :

« Eastwood réconcilie les Français avec leur sentiment si ambivalent pour l’Amérique : ils peuvent à travers lui, aimer l’Amérique, mais l’aimer comme un regret ou comme une ruine. »

Mais il attaque avec souplesse, douceur, sensualité – la voilà, la seule provocation du livre, cette ondulation, cette ductilité, de phrase et de pensée, quand tout ici devrait être, selon l’imagerie, net et armé. En réponse au monolithique, Bouquet ne livre pas une thèse mais des approches, comme saisies au vol : pensée et pratique ouvertes, en poète :

« Il est bien possible, et en fait totalement probable, que le Walt de Gran Torino porte pas hasard le prénom de Walt Whitman, le poète qui se prenait pour le pilier et le soutien du monde, mais c’est un hasard qui fait bien les choses. »

« Clint fucking Eastwood  » de Stéphane Bouquet (Capricci), Format : 120 x 170 mm, 88 pages, 2012,Diffusion : CED, Daudin / ISBN : 9782918040385
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