Patrick Bouvet

Texte publié dans Gare maritime 2011, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes)
Patrick Bouvet, depuis son premier livre, « In Situ », début 2000, a publié de nombreux courts (mais non petits) livres, aux éditions de L’Olivier, aux défuntes éditions Inventaire-Invention (quatre textes récemment repris en version numérique par e®e), chez Extraction/Joca Seria, et en un livre-disque en collaboration avec Eddie Ladoire, aux éditions Le Bleu du ciel.

Avant « In situ », Patrick Bouvet a longtemps cherché sa langue, avant de la rencontrer par des chemins détournés. Nourri de musique, d’art plastique, de vidéo, intéressé par les mutations des formes (toutes les formes : artistiques, corporelles, architecturales) sous l’influx de la technologie, en même temps que fasciné par les manifestations de terreur et de contrôle de l’individu par la dite technologie, il se tourne, au milieu des années 90, vers une façon de sampling textuel. S’inspirant des cut-up de William Burroughs, il échantillonne les journaux, en extrait les formules toutes faites – telle « Le risque zéro ça n’existe pas » qui ouvre « In situ » et les triture, mélange, répète, jusqu’à les perdre… et en retrouver, parfois, soudainement, des significations comme oubliées, effacées sous le sédiment informatif amassé.

Cette façon de sortir un idiome de son contexte, de le brutaliser pour en extraire et éclairer la brutalité mal visible, est partagée par certains de ses contemporains (de Jean-Charles Massera à Jérôme Mauche, entre autres). Mais Bouvet, obstinément musicien, poète a-théorique, fouille et répète, répète et scande, semblant ainsi (re)prendre le contrôle de la machine (renverser Hal), la pervertissant pour lui faire rendre l’âme dérobée. Court-circuits dans le tout-communication pour en faire exploser les possibles.

Et ce qui soudain apparaît, ce qui se lit dans les schrapnels et mots épars, c’est un récit, c’est une image. Une persistence rétinienne procède, qui fait récit. En 2010, dans « Open Space », le flux est violent et fluide, du cut-up on ne sait presque plus les tenants – en fait, il n’y a plus de tenants, ce n’est plus du « pur » cut-up, du mix a émergé une langue neuve, composite mais unifiée.

Patrick Bouvet est composite, Patrick Bouvet est mixte, Patrick Bouvet est solide.

D’écrire « Patrick Bouvet » ici, plutôt que « Le travail de Patrick Bouvet », sciemment, car : la forme frappe oui, et comment : agrégative, elle assemble des copeaux, des bris bien tranchants du réel de l’époque mais oui, cette forme frappe – éclate – tranche. Le dispositif initial résonne, encore, mais cela qui frappe c’est ce qui sourd, au fond : ce fond qui « contamine la forme » comme il aima à me répondre dans notre premier entretien, vers 2000. Choses dites à cette façon, via cette langue renversée qu’il agence, qui agit.

Une manière, répond-il souvent, de se tenir, un peu, debout.

Cut… Up !

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