Va poussé par

(texte lu lors d’une soirée earworms, à Nantes, en juin 2012)

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Formes.
Bruits,
informes.
On ferme on stase on bloque l’expiration.
On pressent tout ce bruit qui, en nous, informe.
Imagine : voir le bruit du dedans, le saisir.
On s’explorerait, dedans, muni d’un casque haute fidelité étanche, d’un
spéléo- attirail adéquat on irait dedans, on entrerait on,
verrait tout
Ce qui bruit
non
on entendrait
tout
c’est à dire : quoi.
Raffût. Ruche. Bourdonnement. Mille fracas.
Une vraie ruche une ville un brouhaha un grondement un roulis permanent
chaufferie lointaine – l’écho d’une ville.
On entendrait une ville au dedans de soi. Qu’on s’entende : on n’est pas
une ville, on ne contient pas la ville,
Elle s’impose, on Écoute, on l’évoque.
On pense une ville, on dit une ville, on ne la nomme pas on dit juste ville.
Une ville.
On ne pense pas ma ville, on ne nomme pas, on ne se remémore rien, rien
au-delà de  : quelques teintes, de l’eau sur des pavés, un réverbère, deux
abribus, rien qui soit rattaché à rien, rien qui ne se change, prête, s’inverse.
On y est on s’approche, prévisualisation crisse clique gauche non droit  :
ville.

Une ville c’est : du lieu. Des lieux qui ensemble font du lieu. C’est un tas de
lieux,
un tas de lieux mis ensemble – une ville est
a minima
un tas, d’endroits, matériaux et nuances de gris-vert, pierres et métaux,
mouvements et reverbs,
une accumulation plus ou moins organisée, plus ou moins harmonieuse,
plus ou moins designée, plus ou moins ergonomique : toute ville est plus ou
moins ville, toujours encore en cours, affairée à sa formation, en voie
d’achèvement. Une ville, continûment, se forme. Ni origine, ni point de départ.
Les formes visibles d’une ville changent, changent si vite, basculent, toutes
et l’ensemble — trop pour en capter l’orbe entière, reclique elle a déjà bougé,
renomme, quoi, numérote, version.point.n, changé,
avant qu’on l’ait vue, flashée, qu’on en ait une impression,
elle file.
On ne s’égare ni ne s’y perd,
on
n’y est pas, dans
la ville elle
bouge , la ville. On la regarde passer (sans voir).
Une ville, ça s’entend.
Nous bougeons la regardant, la ville, et plus la regardons moins la voyons,
on écoute
ce qu’il y a dans, sous la ville.
Rien à voir.
La forme d’une ville m’attend derrière mon épaule droite, je ne sais pas
laquelle je ne veux pas le savoir, mais comme j’accélère elle engrange,
s’agrège de nouveaux trous, génère : le devenir-ville nous est inverse ; elle se
forme et
en nous,
tout son bruit
informe.

Un Bruit
c’est une sensation auditive produite par des vibrations irrégulières.

Un son
c’est une sensation auditive causée par les perturbations d’un milieu
matériel élastique fluide ou solide (spécialement l’air).

Dans les deux cas on nous annonce un choc, un accident. Une Rupture.
Un événement, une : A-normalité.
Le bruit serait du même tenant, un son en plus irrégulier encore.
Mais le bruit subsume, puisque le bruit est mesuré en niveau sonore.
Ailleurs,on nous dit qu’un bruit est un son complexe.
le bruit donc oui subsume.
Il est accident au carré. (d’accidenter l’accident ne nous ramène nulle
norme, non, les mathématiques sont ailleurs, un produit de négatifs ne donne
pas du positif).
On creuse (puisqu’après tout on a l’équipement spéléo idoine), on enquête.
Ailleurs on nous dit,aussi, du bruit, qu’il est un son indésirable.
Indésirable.
L’indésirable dépasse.
Prend même toute la place.
Tous les mots disponibles.
Et, le reste. Tous les mots à saisir, et les autres, qu’on bricole, qu’on usine ;
exprès pour. On entasse, on empile, on agrège, pour faire masse (grand bruit).

On dit.
On dit acouphène,
on dit aboiement,
on dit aussi ahanement,
on dit amphigouri,
on dit assonance,
on dit allitération,
on dit aussi barnum,
on dit barouf,
on dit bastringue,
on dit battement,
on dit bazar,
on dit bordel,
on dit borborygme,
on dit boucan,
on dit bourdonnement,
on dit bousin,
on dit brouhaha,
on dit bruissement,
on dit cacophonie,
on dit chant,
on dit chambard,
on dit chuchotis chuchotement, chuintement,
on dit clameur,
on dit claquement,
on dit clapotis, cliquetis,
on dit contrepoint,
on dit craquement,
on dit craquètement,
on dit crépitation, crépitement,
on dit cri,
on dit crissement,
on dit cut,
on dit déclic,
on dit déflagration,
on dit détonation, dissonance,
on dit écho,
on dit éructation,
on dit euphonie,
on dit flatuosité,
on dit foin,
on dit fracas,
on dit frémissement, froissement, frôlement, frou-frou,
on dit gargouillis, gazouillis,
on dit gémissement,
on dit grattement,
on dit grésillement,
on dit grincement,
on dit grondement,
on dit gueulante,
on dit harmonie,
on dit hénissement,
on dit huées,
on dit hourvari,
on dit hurlement,
on dit klaxon,
on dit larsen,
on dit logorrhée,
on dit masse,
on dit murmure,
on dit note,
on dit rot,
on dit parasites,
on dit parole,
on dit pépiement,
on dit pet,
on dit pétard, pétarade, pétillement,
on dit phonème,
on dit polyphonie,
on dit raffut,
on dit râle,
on dit ramage,
on dit ramdam,
on dit respiration, ronflement,
on dit ronron,
on dit ronronnement,
on dit roulement,
on dit rumeur,
on dit rythmique,
on dit sifflement,
on dit sonnerie,
on dit souffle,
on dit soupir,
on dit tintement,
on dit scratch,
on dit stridulation,
on dit tapement,
on dit tintamarre,
on dit tapage,
on dit tintamarre,
on dit tintement,
on dit tintouin,
on dit tohu-bohu,
on dit tumulte,
on dit vacarme,
on dit vagissement,
on dit vocalise,
on dit vocifération,
on dit vrombissement,
on dit voix,
on dit silence on le crie.
on dit
Russolo, l’art des bruits,
on dit, Russolo dit :
Grondements, éclat, bruit d’eau tombante, bruits de plongeon,
mugissements ; Sifflements, ronflements, renâclements ;
Murmures, marmonnements, bruissements, grommellements,
grognements, glouglous ;
Stridences, craquements, bourdonnements, cliquetis, piétinements ;
Bruits de percussions (obtenus en frappant diverses matières: métal, bois,
peaux, pierres etc.) ;
Voix d’hommes et d’animaux (cris, gémissements, rires, sanglots etc.).

Ailleurs encore on nous dit que :!
« Le son est une onde produite par la vibration mécanique d’un support
fluide ou solide et propagée grâce à l’élasticité du milieu environnant sous
forme d’ondes longitudinales. Par extension physiologique, le son désigne la
sensation auditive à laquelle cette vibration est susceptible de donner
naissance. »
(…)
« Il existe même des relations très étroites entre l’espace et le temps, vu
que le son est une onde qui se propage dans l’espace au cours du temps. »

Maigres trouvailles, prémisses de, la première petite pierre, arrangent
(compliquent). Procurent.
On trouve. Des trucs.
Le son serait, bien, ce qui lie l’espace au temps, il serait la possibilité
donnée à nous d’être, d’être en espace et d’être en temps.
Si le son est possible, alors le son est source de possibles. Sss’il est
possible, si-et-seulement-si, alors.

n’aurait ni début ni fin. Dès que posée, enchaînée à l’entrée plus haut
énoncée, cette hypothèse d’un nidébutnifin va, elle convient. Je prends.
L’hypothèse va avec ce qui va, sans début ni fin, l’hypothèse va.
Un temps nidébutnifin, un espace nidébutnifin.

va, poussé par le glissement de ta forme.

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