Archives mensuelles : septembre 2012

Ce qui permet est permis. (De l’atelier d’écriture numérique comme atelier de publication)

(Intervention écrite pour Festimalles, vendredi 5 octobre à Liré, débat “Tous lecteurs, et comment” ? avec M.Hervouet, Y.Chenouf, G.Le Rest, L.Mathieu – animé par Hervé Moelo)

Il ne s’agit pas d’un entretien, même si ça semble en avoir la forme. Hervé Moelo et Catherine Tuchais (que je remercie de cette invitation) nous ont posé quelques questions préparatoires, lesquelles, longuement observées, ont produit chez moi, en amorce de réponse, ce texte – lequel ne sera pas lu vendredi prochain (on sait comme ça peut plomber, de lire son intervention ; de plus nous serons en dispositif « table ronde' », donc, on parlera de ça, autrement, et on l’espère, point trop maladroitement).

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Quelle est votre activité ? En quoi favorise-t-elle le développement de la lecture ?

Mon activité est multiple : j’anime depuis des années des ateliers d’écriture, en format « traditionnel » si j’ose dire, avec table-papiers-crayons, et depuis une (courte, mais si dense) année, « en ligne », c’est à dire avec un ordinateur, connecté au web – où sont publiés avec l’accord de leurs auteurs, et, surtout, par leurs auteurs, les textes des participants. J’anime (et organise) des débats littéraires, avec des écrivains, lors de festivals ou en bibliothèque. Je mets en place et anime des formations destinées aux « médiateurs du livre » (médiateurs dont je considère faire partie), pour aider à bien, à mieux travailler et inventer : formations à l’atelier d’écriture, au travail avec les outils numériques, au travail avec des auteurs. Le point commun de ces activités qui m’occupent est, toujours, de lier lire et écrire, de les favoriser voire les provoquer, d’agir toujours l’une en faveur de l’autre. De les faire interagir.
De provoquer une spirale : écrire pour lire, lire pour écrire encore et lire à nouveau, autrement, enrichi : je ne saurais envisager un atelier d’écriture qui ne soit pas orienté vers la littérature contemporaine, qui ne s’affaire à la lire, à la faire lire, qui ne soit fondé par elle, qui en soit dissocié.
En ce sens, mes activités militent et agissent, par nature, pour la lecture (elles ne s’envisagent pas sans : comme marcher dépend de mon souffle et l’entretient). Elles favorisent donc, à leur modeste échelle, son développement – mais à une échelle aussi réduite que la surface de mon champ d’intervention : séance après séance, grupetto après grupetto, au sein desquels je toucherai (ou pas) individu par individu. C’est un par un qu’on conquiert :  c’est aussi ce un par un qu’on conquiert. C’est de la relation qu’on élabore patiemment. Il est aussi une remise à niveau salutaire, un à un, cette déprise de la foule et du mouvement ordinaire. La relation permet, en même temps que la relation se fait. Ce qui permet est permis.
Quelque chose est passé, peut-être, chez un ou une ou autre – une éventualité tenace, récurrente, et ce qui est passé change la lecture.

Toutes les lectures se valent elles vraiment ?

La question s’entend double :

1/ tout ce qu’on lit  a-t-il la même valeur ? (quelle valeur, cette valeur est-elle absolue, et quel est l’instrument de mesure?) ;

2/ toute façon de lire est-elle égale ?

Toujours, tout dépend d’où l’on se place (pour lire) et ce qu’on l’en (de cette lecture, du regard que l’on pose sur cette lecture):
1/ Partir de soi, un : (partir c’est à dire aussi s’éloigner, tenter de se voir en contre plongée) : un texte non littéraire, sans recherche formelle, sans travail d’érosion de ce « réel » transparent, simulacre de catalogue qu’on nous vend via une langue medium, une production absolument hors-littéraire peut m’intéresser d’un point de vue documentaire et littéraire, en tant que manifestation même de cet appauvrissement des possibilités de la langue – dès lors je le scrute comme pour le combattre. Littérature, même joyeuse, est inquiète : et l’inquiétude, même joyeuse, d’où je regarde ce texte, place ma lecture dans le champ du littéraire.
Une forme « appauvrie » nous dit quelque chose du monde (au-delà de ce qu’elle nous dit, encore une fois : selon d’où et comment on la regarde). M’intéressent particulièrement, en atelier, les formes les plus élaborées de la poésie contemporaine, qui usent et retournent les outils de cette (nov)langue dominante contre elle-même. D’user de Eric Hazan (et de son observation de la LQR) pour poser Jean-Charles Massera, et du dynamitage langagier de Massera pour faire vivre, pour allumer Hazan, il y a là un principe actif ; il y a là une action, qu’on dira poétique.
1/ Partir de soi, deux : C’est ma lecture qui se fait joueuse, se déplace, qui, considérablement enrichie en perspective par une pratique des ateliers d’écriture, de l’écriture solitaire, puis de la conception d’ateliers, sait qu’elle gagne au change, rusant ainsi avec elle-même.

Mais encore la question s’entend, au moins, double : Toutes les lectures valent-elles ma lecture, suis-je mieux préparé, mieux entraîné que certain(e)s pour cet enrichissement de perspective: assurément oui, mais aussi moins que d’autres ; et nous ne ferons pas croire, démagogiquement, à une égalité des chances autre que potentielle – une réalité des puissances potentielles, oui ; des chances telles que d’autres cartes socio-économiques sont distribuées, non.

D’abord il faudrait définir ce valoir, et  d’où lui-même s’énonce ? Aucune lecture ne se vaut, aucune n’équivaut à sa voisine, toutes sont indivisibles.

Dans les actions construites avec ou vers les publics dits « faibles lecteurs », sur quoi pensez vous agir ?   N’y -a-t’il pas parfois la tentation de les amener vers une image un peu trop idéale de lecteur ?
Tout d’abord confesser une expérience de terrain sinon erratique, du moins hétérogène, tant hétérogène (et je m’en réjouis) que je ne pourrais établir de généralités (ce dont aussi je me réjouis). Néanmoins, nous ne plaiderons pas l’inconscience au moment des faits, et donc, lorsqu’on me convie en certains endroits et circonstances (comme en maison d’arrêt, mettons, ce qui ne m’est arrivé qu’une fois), je me dois de considérer d’où je m’adresse (le trajet et les obstacles physiques, le nombre de portes et sas à franchir y aident, déjà, physiquement), et à qui.
Avec ces groupes d’individus dits « faibles lecteurs », on agit autrement – mais, pour ma part, en usant, je le précise, des mêmes outils, des mêmes textes, des mêmes corpus de littérature contemporaine, qui sont juste autrement maniés. Je bouge un curseur qui est celui de l’adresse, tentant de le faire aussi sincèrement et simplement que possible, comme en un rapport quotidien (je ne dis pas bonjour pareillement à la boulangère qu’à mes amis sur facebook, par exemple). Je présente les choses (un peu) autrement, j’adapte – puis, évidemment j’adapte en cours de route : l’exercice, le temps d’écriture, la nature du retour, l’organisation même – répartition du temps entre lecture et écriture, etc. Mais l’adaptation en cours de route, c’est toujours : c’est une condition de l’animation d’ateliers d’écriture, zone de paramètres innombrables et changeants (dont le premier, c’est chaque individu, immensité touffue, dedans).
Dès lors j’agis, dans une mesure peut-être infime, peut-être (potentiellement) immense – et difficilement mesurable – sur leur rapport au livre, à l’écrit, et sur l’énonciation d’elles-mêmes (les prisonnières auxquelles je me réfère). Ruse, malice, jeux, et puis : Lire, écrire, c’est possible, puisque c’est fait. Refaire est donc possible, puisqu’on a su. Et allez hop, on refait, tout pareil (mais en fait, autre). Ce qui semble impossible est énoncé, ce qui est énoncé se questionne, puisque peut s’écrire autrement.

Je m’efforce de ne pas bâtir d’images (fausses, forcément), intentionnellement du moins. Ni lecteur idéal, ni auteur idéal, ni texte idéal : tout en mouvement, toujours. Michaux est un maître agréable, disait un auteur de mes amis, je l’entends en ce sens  : trop revêche et trop spongieux, trop solide et trop parti. Toujours s’affairer à faire et aussitôt défaire, refaire autre, ailleurs. Je ne cache pas les difficultés du travail, ni la difficulté des textes, propose d’y aller quand même (à moi de trouver des ruses idoines). Non, ils elles ne sortent pas d’un atelier en étant « recrutés », ne sont pas sitôt « passés » de Marc Levy à Pierre Senges. Non, je ne les ferai pas aimer, d’un claquement de doigt, l’absolument autre, l’envers de ce qui pour partie les définissait jusqu’ici comme « lecteur » (ou comme « non-lecteur »). Mais ils ont rencontré quelque chose qu’ils ne connaissaient pas, l’ont percuté, l’ont fouillé, en ont perçu des logiques et motifs, sans tout comprendre, sans adhérer – c’est un coup d’épée dans l’eau, certes, mais une fois le coup donné l’eau bouge et dessine des formes nouvelles, inconnues.
Je pars de ce principe que ce que je ne connais pas me manque, qui que je sois (et qui que je sois de moi-même et de mes représentations : ne sommes-nous pas toujours plusieurs?)

Quelles sont vos stratégies pour développer les pratiques de lecture ?
Je n’en ai pas d’aussi élaborées. J’use de stratégies, ruses et jeux, pour faire entrer en écriture et lecture, mais de là à avoir des stratégies effectives pour développer « les pratiques de lecture »…

Je me tiens aux aguets, en mouvement, par stratégie oui, sans doute, laissant ouverte mes boîte à outils,  répertoire,  moteur de recherche internes, paré à saisir au vol, toute matière exploitable, mais aussi, et en premier lieu, par intérêt. Ainsi, un atelier d’écriture numérique basé sur un portrait google, comme je le ferai en début de semaine prochaine avec des étudiantes en métiers du livre, voilà dont le résultat toujours m’étonne, m’excite, me questionne autant que, je l’espère, les personnes à qui je vais le proposer.

Néanmoins, un point me semble crucial, et sur lequel j’aimerais (et aime) agir : la formation des médiateurs. Car j’y vois une fracture inquiétante : On sait les réticences, paradoxales et souvent factices, de la « chaîne du livre » à l’égard des dits objets numériques (tablettes, ordinateurs) ; on constate que ces réserves sont reproduites, parfois même accentuées, de façon plus ou moins consciente, chez ces acteurs sincères, passionnés, de l’échange de texte et de pratiques d’écriture que sont les animateurs(trices) d’ateliers d’écriture et médiateurs du livre. À titre d’exemple : observons les outils de communication des associations porteuses de ces ateliers : la plume, l’encrier, objets fétichisés, y sont majoritairement valorisés – non que je veuille fétichiser quelque autre objet en lieu et place, le smartphone ne mérite pas plus que la plume Mont Blanc qu’on lui voue un culte, non, je ne veux pas fétichiser les objets, je veux en user, je veux les utiliser : papier, crayon, tablette, smartphone, selon mes préférences et usages propres.
Mais du fait de cette réticence (doublée, souvent, d’une réelle difficulté d’accès collectif aux ressources du web, aux ordis, à la connection, à interroger également), on constate qu’une majorité absolue d’ateliers d’écriture se pratique, toujours, en table-papiers-crayons.
Sauf que que nos usages, à tous, au quotidien, ont muté : l’écriture manuscrite n’est plus majoritaire dans nos correspondances, dans nos « journaux intimes », dans nos textes de création ou journalistiques. L’écriture manuscrite y a sa part, mais elle n’est plus seule, elle n’est plus reine, sa domination n’est plus absolue. La pratique de ces ateliers d’écriture, qui me passionne, qui me passionne aussi en ce qu’elle sait se renouveler, me semble en voie de se couper des usages de l’écrit les plus ordinaires – et c’est un vrai danger pour son efficacité : car une part de cette efficacité est liée à cette facilitation, à cette démystification du geste, via revalorisation au sein d’un corpus littéraire des relations du quotidien (listes, journaux, etc). En omettant toute une part de nos manières d’écrire (via l’ordinateur, au clavier, en sms, connecté), l’atelier d’écriture se prive de jouer pleinement sur nos manières singulières au cœur des manières partagées. Et court lui-même le risque d’une fétichisation, d’un repli, de devenir une activité récréative et ornementale (ce qu’il est parfois ; ce qu’il est même toujours, pour partie, pour certains, et qui ne nous soucie pas), de ne devenir QUE cela : une activité sympa, créative, quelque chose de : joli.

Il y a un enjeu à s’emparer de la connection web pour l’atelier d’écriture, il y en a plusieurs :
De jouer avec la notion de publication, d’identité publique, et de leur part fictionnelle : d’en jouer, de les agir, de les conscientiser, ce faisant.

D’utiliser des techniques de lecture, d’écriture, de modes d’accès à l’information, à la fois neuves et massivement présentes autour de nous : de copier, coller, recouper, recoller, de lier, d’ouvrir, de relier donc des éléments disparates du monde dehors, pour tenter d’en faire un texte (et renouveler au passage les pratiques d’atelier).

D’être en responsabilité, puisque autorisé, puisque publiant.

L’atelier d’écriture numérique est un atelier de publication (et donc, puisque nous incitons à une méta cognition, au réflexif, à porter un regard sur ses façons de faire, que vite les participants souhaiteront, à juste titre, publier ce qui les représente le mieux, ce qui les valorise : c’est aussi un atelier d’édition).
Revenir à soi : ma manière d’atelier, quinze ans d’âge, je l’ai apprise en mutualisation, en échangeant, soumettant mes idées et expériences à des pair(e)s : progressant ensemble, nous nous sommes assez bientôt résolus à n’envisager l’atelier d’écriture que comme atelier de lecture ET écriture, en spirale, donc : écrire pour lire, lire pour écrire encore et lire à nouveau, autrement, enrichi. C’est un nouveau pas qui se fait, avec le numérique, ou du moins, le numérique insiste et accélère une bascule qui ne venait qu’au bout d’un temps, auparavant : le groupe, incarné, ensemble, s’ouvre à un autre inconnu, potentiel. Tout texte est écrit non dans l’espoir ou le vertige d’une publication (avec sa part de fantasmes), mais dans la perspective pragmatique de celle-ci, qui se fera dans l’heure. La lecture à voix haute était déjà une publication, mais enclose, dans l’entre soi de notre atelier. Ici c’est entre soi, mais aussi d’accès libre. Quelque chose d’essentiel change là, qui est à prendre en compte, qui renouvelle les enjeux de nos jeux d’écriture ensemble.

Citons Olivier Ertszcheid, qui dans cet article essentiel, paru ce printemps 2012, me le confirme, à sa façon, depuis un autre point d’observation :

« Enseigner l’activité de publication et en faire le pivot de l’apprentissage de l’ensemble des savoirs et des connaissances. Avec la même importance et le même soin que l’on prend, dès le cours préparatoire, à enseigner la lecture et l’écriture. Apprendre à renseigner et à documenter l’activité de publication dans son contexte, dans différents environnements. Comprendre enfin que l’impossibilité de maîtriser un « savoir publier », sera demain un obstacle et une inégalité aussi clivante que l’est aujourd’hui celle de la non-maîtrise de la lecture et de l’écriture, un nouvel analphabétisme numérique hélas déjà observable. Cet enjeu est essentiel pour que chaque individu puisse trouver sa place dans le monde mouvant du numérique, mais il concerne également notre devenir collectif, car comme le rappelait Bernard Stiegler : « la démocratie est toujours liée à un processus de publication – c’est à dire de rendu public – qui rend possible un espace public : alphabet, imprimerie, audiovisuel, numérique. »

Cet apport, que je souhaite, et appelle, est une mutation nécessaire de l’atelier d’écriture : il doit devenir, envisagé avec les outils du numérique, un atelier d’écriture ET d’édition : pour ne rien perdre ainsi de sa qualité de libération d’une parole, tout en garantissant les moyens de la tenir, de la porter, de la mettre en voix, page, scène, ligne : pour n’en pas rougir. Pour ne pas l’envisager comme une finalité mais une progression, en continuité, un processus d’émancipation renouvelé.

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Tout m’est permis, épisode #2.1

(lire l’épisode 1.3)

Matin de mai, il est dix heures 35 en 2004

Temps clair ciel dégagé, nous roulons et roulons bien, en approche de périphérique, je suis aux commandes et m’y trouve à mon aise, à croire que conduire est possible, à en croire même que c’est parti,

on dit comme ça, c’est parti,

et c’est parti fini d’attendre réflexion pfuit, les choses (nerfs chairs et tissus contrits) s’ouvrent et font place nette à un silence aéré, loin l’astringence ça roule, je fluide, pour un peu passerais un coude (fluide) par la fenêtre ouverte, belle pénétration dans l’air fluide, enverrais de la pop en cristal fluide dans l’air clair du printemps éternel, dans l’éternité d’un printemps clair,

je vais m’insérer je m’insère, fluide, à nous deux vieux périph c’est parti,

de la pop cristalline et tonique, mancunienne, à tue-tête, prendrions la tangente le chemin des vacances, well done, il ferait grand ciel à jamais, un good fluide et harmonieux trip, qui m’aime me suive et clins d’œil chics anglais, pas beau la vie, lui rirais-je volontiers en complice ?

À lui l’assis, toujours, à droite.

Allez dirais-je, imaginerais-je, allez l’ami on se détend, ça roule, hein, ça file fluide, fluide. Fluides, à nos aises.

Conduire semble possible, conduire semble venir, à croire que conduire me vient, viens viens j’arrive, attend.

Attend l’émergence attendue, que voilà déjà le voilà, voilà, à peine esquissé déjà monument il s’impose, pointant légende à l’horizon, LE PONT, le fameux Pont de, fierté locale, une bosse immense si majestueusement élancée à travers brumes, une bosse immense mais fluide, si redouté par d’autres faibles de cette espèce mienne, les piètres, celles et ceux qui ne savent je les connais, n’y arrivent pas sans mal je connais jusqu’il y a peu j’en étais, le voilà qui s’annonce, il attend, j’arrive.

Control, commandes : passe la quatre, appuie, passe la cinquième mais, attention, prends garde ne pas trop en faire, stay fluide, et calme, s’il est bon de se mouvoir dans la confiance gardons-nous de tout emballement Halte-là, mollo, schéma mental dessine

un plan rapide crayonné jeté vif

deux trois quatre cinq, il faut, tu dois embrayer débrayer un des deux, tu dois je passe en quatre dans les premières pentes du pont, ça marche, j’ai bon. Ravi, je me cale derrière un camion, de livraisons, de pêches, ou, de quoi, c’est un mot espagnol non, le transporteur lui Hollandais comme me l’indiquent l’enchâssement de multiples u, o et H, mais peut-être affirmé-je Hollandais sans savoir, car après tout j’en sais si peu, encore, de mon compagnon camion. Je le suis. Je l’escorte. Ma présence rassurante. L’équipier-socle et silencieux (c’est moi), gage de confiance (re-moi), celui sur qui l’on peut compter : c’est moi.

J’accompagne le camion mon ami, le tranquillise ppeulà, fluide, confiant il semble et ralentit.

Il ralentit.

Il ralentit,

ralentit,

ralentit, jusqu’à me faire repasser en troisième étonné toussant, ahanant, schéma mental quatre cinq trois deux cinq trois mais que faire, il n’y a vraiment rien d’autre, aucun levier, rien hors la cinq-un-deux-quatre-troisième pour issue ? Poussant mentalement notre véhicule vers le sommet, sommet de ce pont fameux pont fierté locale, immense majestueux élancé, passer, j’y mets intérieurement du geste ppppeulà, pupilles serrées abdos rentrées, passer, passer j’y arriverai, passer ensemble, mon compagnon camion et moi unis, dans la même peine passer, passer le sommet de ce pont fameux pont fierté locale, un point

un point qui semble s’éloigner à mesure que l’aiguille du compteur verse, immanquablement, à gauche, sous cinquante,

Rallez,

Encorallez,

trois cinq deux quatre six non trois quatre (un schéma en volumes en 3D, bientôt, toutes ces boucles, ces spirales)

à force d’acharnement d’écrasement inédit d’une pédale (mais laquelle) sous l’effet insistant d’un schéma persistant rétinien (ce drôle d’effet optique),

le sommet nous soulage.

Et,

bascule non immédiate ,

très légèrement différée même,

pédale pied vitesses chiffres et schéma tous soudain glissent hors de moi, s’estompent,

tout s’estompe, fluide en somme.

Voir l’air frais.

(–>à suivre)

J’habite zinedinezidane

(texte initialement paru dans la revue Geste n° 5, automne 2008)

J’habite zinedinezidane

1. Moi n’est qu’une position d’équilibre (Henri Michaux, in postface de Plume, collection Poésie- Gallimard).

2. Pendant la même semaine d’avril 2008, je suis resté suspendu face à l’image animée du footballeur Zidane, filmée par Gordon et Parreno dans le judicieusement nommé Zidane. Et suis resté également suspendu face à l’image inanimée de l’idole Zidane, photographié avec et par le tenancier d’un couscous de centre-ville.

3. La revue Geste propose un dossier consacré au verbe Habiter, où vous êtes de passage, lecteur, ce dont je me réjouis, 6000 signes ont-ils dit, 6000 signes c’est une-deux pages, à occuper, où résider infiniment. Où habiter ?

Habiter.

Habiter transitif, habiter intransitif – mais moins.
Transitivement j’habite, quoi j’habite ?

Un lieu j’habite.

J’habite : un appartement sis au quatrième étage à droite, dans un immeuble en bon état, sans particularité ni charme ni exception notables, bâti dans la seconde moitié des années 60, propre et entretenu par un syndic de copropriétaires auquel je ne suis pas affilié. L’appartement je le partage, en ce sens l’habite à deux, si je puis dire, partage de répartition non stricte, variable – son espace de 80m2 au sol est occupé simultanément et alternativement avec qui l’habite avec moi, la répartition bouge – je l’habite entier mais discontinu, en somme. Etant de surcroît locataire du lieu, cela confère à son habitation un statut temporaire.

J’habite : un quartier, l’alentour où je me véhicule à pied, où me sont adressés des signes de menue reconnaissance – où la dame du pressing, souriante, me rend une couette C’est pour M. Comment, déjà ? Ces signes sont des signes de familiarité, sont-ils indices d’habitation ? Comment affirmer que j’habite ce qui constitue la proximité de cet appartement qu’incomplètement j’habite ? Non pas, quartier n’y habite pas.

Si quartier pas, alors : une ville, non non : je ne puis l’habiter – car je ne l’habite pas entière (quelle présomption) ; car le statut également temporaire de cette habitation la pondère d’autant

J’habite : un pays, mêmes causes mêmes effets, ne vaut, ni d’habiter un continent, une planète ou portion d’univers infini.

Géographiquement, je n’habite pas un espace proprement défini.

Habiter c’est j’y suis, j’y reste, donc : j’habite un corps ? Lequel se situe à l’intersection des positions d’équilibre dont parle Michaux (qui parle net), corps-enveloppe de ce moi en mouvement. Ce corps assurément je l’occupe, pour ou contre mon gré j’occupe cette enveloppe – mais c’est tout aussi temporairement qu’une armée occupe un pays. Le fantôme, drapé ou non, des histoires à faire peur, occupe, lui, la maison hantée dès lors qu’il s’est défait de son emballage : je ne saurais, on le comprendra, convoquer mon fantôme pour asseoir mon analyse, du moins tant que je n’aurai débarrassé le plancher le squelette les tissus les plafonds, et qu’alors serai hors d’état d’argumenter, d’étayer, de conclure. Non, en ce corps je réside et l’occupe, mais réellement ne l’habite pas.

Mais qu’est-ce alors que j’habite, intransitif  ou transitif ?

Quoi j’habite je le sais depuis peu, j’en fus il faut l’avouer fort étonné, mais dus vite me ranger à raison et admettre.

J’habite : zinedinezidane.

J’habite zinedinezidane voilà, j’habite le complément d’objet zinedinezidane, l’entité zinedinezidane, je le sais depuis peu, quelle surprise,
je ne pensais pas habiter point,
quant à Zidane, je le regardais, l’admirais par instants, éventuellement, partiellement.
Et puis me voilà au couscous, rien de spécial, bonheur ordinaire d’un poulet merguez pois chiches semoule standard, rien de Zidane là-dedans, rien d’habité, du transitif, certes, un dîner c’est passager, mais habiter quoi ici même, mon assiette – non non.
Et puis, l’apparition standard. C’était : stationnant près du comptoir avant paiement, paiement standard couscous standard – pas de tajine au menu, nous sommes on l’a dit en plein coeur du parfait standard – comptoir derrière lequel la photo du bistrotier enzidané trônait.
Sur l’image, le susdit patron plastronnait, enlaçant familifièrement son complément d’objet, son extra ordinaire, l’ami–à-lui-à-nous-à-nous-tous-un-seul-homme, le seul, l’unique, Le zinedinezidane. Notre absolu standard. Le zinedine souriait, de ce sourire ordinairement fluet, indécis, qui est le sien hors du gazon (quand il est aussi rare que franc et immense, sur le gazon), le zidane trônait, immatériel ami, dans sa solide inconsistance.
Persistance rétinienne : zinedinezidane en nous s’imprime, à force de passages ajoutés, d’images rediffusées, de roulettes ralenties en boucle, de milliers de litres d’eau minérale bus pour et face à nous, zidane certes s’imprime, mais nullement son détail, ni le détail de ses proportions exactes : comme la lettre volée, plus il nous est montré moins nous le voyons net (contrairement à Michaux qui plus s’efface, moins se montre et s’anime, plus parle net). zidane est nettement flou de contours. Ses contours nous les partageons, à défaut de nous les approprier (pour nous venger de leur flou persistant, à l’instar du patron standard qui s’en empare un temps, qui le tente du moins, et tente d’en tirer une preuve en photographie). Nous habitons tous zinedinezidane, à contrecoeur ou fort ravis comme un tenancier de standard, toutes et tous, notre complément d’objet commun c’est zidane. Zidane, grand et fort zidane mais d’allure on ne peut plus standard, quasi chétif, sur le champ de patates devenu champ de foire, aérodrome pour sprinters haltérophiles.
On pourrait comparer des années : d’aussi déifié que Zidane il y a Maradona, icône absolue mais icône nantie d’un corps, énorme et monstrueux, et pote aussi du diable. De plus malingre et immigré de l’intérieur il y a Platini mais, trop décideur et calculateur sur le terrain, trop ambitieux et donneur de leçons en dehors.
On chercherait longtemps encore et jamais rien n’y ferait, notre couverture universelle, notre habitat sans loyer c’est ça, c’est lui, c’est là, c’est ce lieu cet endroit dessiné par les lignes de sa silhouette mouvante, mouvante et infinie en creux, infiniment accueillant, lignes de notre partage, pas de Moi dans zidane, pas de position d’équilibre, puisqu’en permanente tangence, en permanent déséquilibre. Pas de moi dans zidane pas gêné du coup par ce poids, pas de chair pas d’âme pas d’eau même pas d’air, dans zidane c’est gazeux c’est la Lune, où nous bondissons mou et lent, tels des ballons (de plage). Lent mouvement perpétuel qui offre à chacun toute place, qui offre à chacun expansion. L’entrée est gratuite et les places disponibles, innombrables. Pas de mur, de frontière, de conflit, de tensions, de surcharges, d’atmosphère, d’électrique : une quiddité sans substance.

Nous habitons, nous vous ils elles et autres, j’habite.

En cette page qui m’accueille que j’occupe où j’habite, je l’affirme, le tambourine :
J’habite zinedinezidane.
J’habite zinedinezidane. Et vous aussi.

(texte initialement paru dans la revue Geste n° 5, automne 2008)

Trente-Six | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Habiter

Rassemblé enfin constater, sur soi, les effets de ce dont on préjuge, ou qu’on observe, attentivement, chez d’autres, qu’on écoute avec attention & parfois même analyse, les éprouver fort et doux. Rassemblé donc me voici ici,
& la métaphore figurée lieu commun s’avère soudain hyper opérante : un site à soi c’est a minima une chambre, c’est aussi une tanière, une niche, une manière de maison neuve ;
& une maison nouvelle, une fois bâtie, on est heureux fier & grisé d’en avoir fini, il reste oui l’électricité à revoir, puis toujours quelques zones d’ombre à finir de carreler de paver de vernir, reste à finir d’aménager mais on y est, mais déjà on peut commencer de la vivre.
L’étrange aventure d’habiter, d’habiter une maison d’octets plus extensible encore qu’une maison des feuilles : un arte povera sans limite, ramifications & boutures, pièces ajoutées, voire étages ou escaliers (comme à Sarajevo, ce souvenir, les travaux perpétuels partout, les maisons mille-feuilles rechappées comme les pneus). L’étrange aventure d’un en-soi, d’un chez-soi, porté hors soi.
& elle perdure, la griserie elle s’installe, elle m’habite, me tient, me redresse, c’est une maison non seulement extensible mais mobile : un mobile-home, en somme, une machine ambulante &
vivante.
L’étrange aventure de s’inscrire
(& dans les lettres gravées se nicher)
heureux fier &, pour un temps perdurant, grisé.

Aller à Montelimar

Les  Cafés littéraires de Montélimar, c’est du 4 au 7 octobre 2012

La programmation est dense et variée. J’y poserai, pour ma part, des questions à Oliver Rohe, Arthur Loustalot, Jean-Luc Seigle, John Burnside, Brünhilde Jouannic (voir programme en pdf).

Et j’écouterai, si les horaires me le permettent, Christophe Manon, Maylis de Kerangal, Christian Prigent, Jean-Pascal Dubost…

Et deviserai, que les horaires le permettent ou pas et advienne que pourra, avec les tueurs-nés, rois du folk, notables du coin, j’ai nommé : Benoît Vincent et Julien d’Abrigeon.

Je tacherai d’arpenter toutes les rues du plan ci-dessus, sans me perdre jamais, dans cette mégalopole qui m’est encore inconnue.

Tout m’est permis épisode 1.3

(lire l’épisode 1.2)

Je passe mon permis de conduire, j’apprends – je n’apprends pas tant à conduire, qu’à passer mon permis de conduire. Mais je ne sais pas apprendre, qui saurait ? Apprendre ne s’apprend pas, me dis-je, mais ce n’est pas le moment. Le moment est à continuer de se taire, attendre. Une chose acquise est que : je m’exerce, fais et refais les mêmes actions non, action n’est pas le mot, fais et refais les mêmes gestes, indécis, qui provoquent les mêmes résultats, les mêmes manœuvres, les mêmes itinéraires, les mêmes démarrages hoquetant puis brutaux puis freinés puis, à horaires plus ou moins fixes je fais et je refais,

traçant une géométrie bien mystérieuse vue d’en haut,

cercles de culture tracés main gauche,

un dessin, fœtus en vrac, ballons crevés,

un signe, adapté certainement mais à quoi.

Je fais et refais

interminable

fais et refais

immensément fatigable

je re

fais et refais avant tout les mêmes conneries les mêmes, mêmes conneries grosses comme moi me dis-je, c’est énorme comment puis-je, souvent me dis-je, moi qui suis long maigre nervuré métallique, métal immense dans habitacle immense et mou, comme mes conneries sont grosses me dis-je, grosses comme moi qui ne le suis pas me dis-je, ça fait comme un manque quelque part d’accord me dis-je – les mêmes conneries plus grosses que moi font masse, je ne vois qu’elles elles font un peuple muet, une masse amorphe qui fait écran, je ne sens qu’elle, ma connerie mienne gonfle quand moi rougi et souffle entravé constate,

peux pas mieux, réfléchis, peux pas mieux,

constate,

ma connerie fait airbag, réfléchie,

constate,

vue d’en haut elle déborde de la (petite) clio rouge, ça pourrait s’avérer utile, mais il se pourrait aussi qu’elle nous étouffe à gonfler tant et tant, je souhaite fort qu’elle cesse son expansion lourde et pleine mais constate,

ma satanée connerie furieuse,

constate,

mon incontrôlable connerie,

constate,

ma connerie qu’il contemple l’assis à ma droite (et je ne le regarde pas), qu’ils contemplent les assis, contemplent et contempleront (et je ne les regarde pas), le défilé d’assis interchangeables à ma droite, qu’en fait ils ne contemplent pas c’est inexact, puisque perdant d’emblée, comme immensément fatigables, la patience qu’il conviendrait, pourtant, de m’enseigner. Ils constatent agacés, je contemple sidéré. Leur incomberait pourtant, je pense (crois penser), de m’enseigner l’infinie patience.

Je fatiguerai l’infatigable.

J’apprends.

J’attends. Ne les regarde pas.

J’apprends une chose seule, en l’instant, seul, j’apprends la honte, l’infatigable honte.

Attendre,

finie fatigue,

d’attendre. J’attends d’avoir fini d’attendre.

(–>à suivre)

« Ôter les masques » par Eric Pessan (éditions Cécile Defaut – collection lelivrelavie)

(Reprise d’une chronique publiée dans Encres de Loire n°61, septembre 2012)

La collection lelivrelavie, dirigée par Isabelle Grell aux éditions Cécile Défaut, prend au mot Roland Barthes  :

« L’enjeu de cette collection est de relever le défi que Roland Barthes nous jeta dans son livre le plus autobiographique : Roland Barthes par Roland Barthes. Ce dernier regrettait ne jamais avoir réalisé un projet de livres qui lui tenait à cœur : « Le livre/la vie (prendre un livre classique et tout y rapporter de la vie pendant un an) ». Une fois le contrat renvoyé, un auteur contemporain voulant jouer le je, le tu, le nous, aura 365 jours pour transformer en mots, en texte sa relation unique avec une œuvre, un écrivain, un philosophe, un artiste..».

Après, notamment, Philippe Forest qui s’empara de Joyce, c’est au tour de Eric Pessan de répondre à ce contrat : passer 365 jours avec une œuvre chérie, et en faire un livre.
Son choix est fort, fort en symboles autant qu’en aveux : il ne s’agit pas d’une référence littéraire distinguée, mais d’un best-seller de littérature fantastique : Shining, de Stephen King – on précise : Shining, le livre, pas le film qu’en a très librement tiré Kubrick, plus « culturellement correct », qu’il n’aime pas. De ce choix il s’explique :

«  Je me disais que ce serait une faute de goût de parler de Stephen King, d’un texte que certains ne considèrent pas comme littéraire. Mais non, si je veux être sincère, si je veux être à ma place, c’est Shining qu’il me faut. C’est le livre qui m’a donné envie d’écrire des livres. Il contient toutes les strates de mon apprentissage littéraire. »

Pessan jette donc un masque, aussi inutile que collant :  c’est la distinction qu’il envoie valser. C’est signe de maturité littéraire, pour un auteur qui a maintenant (bien) plus de dix livres derrière lui. Avec Shining, lecture d’adolescence, fondatrice, ce sont toutes les origines qu’il balaye : l’origine de la vocation, la naissance des peurs, les ancêtres, les absences. Absence des livres et des références culturelles, manque d’argent et de confort.

« 205. Il aurait peut-être fallu que je fasse également honneur à ces générations de régisseurs, de précepteurs, de cuisinières, de valets de ferme, de jardiniers, de bonnes, de garçons d’écurie dont les noms restent encore dans les registres.
Ce Château est aussi le leur, ils y ont souvent passé plus de temps que leurs maîtres toujours en voyage, ils me seraient familiers avec leurs airs humbles, leurs sourires débordant de componction et les Oui-Monsieur affables et mielleux dont ils devaient user pour répondre aux ordres, ces Oui-Monsieur Oui-Madame compassés que mes grands-parents minaudaient face à leurs employeurs, au maire du village ou à n’importe quels hommes ou femmes riches, j’en ai souvent été le témoin, et j’ai toujours du mal à ne pas me faire obséquieux lorsque les hasards d’une cérémonie littéraire me livrent en pâture à un député ou un ministre. »

Questionnées, également, les figures problématiques : d’homme, d’écrivain, de père. Les impuissances – comme ce souvenir d’un château où il fut en résidence pour écrire un livre de fantômes, que d’autres spectres parasitèrent tant qu’il ne se fit jamais. Omniprésence des fantômes, dans toutes les acceptions du terme.

C’est un livre dense et habité, c’est un aveu aussi. Un aveu qui vaut bien plu,s par ce qu’il fouille, et par ce risque-là (de ficher à terre les poses et mythologies des Granzauteurs), que les démonstrations de trash en historiettes « vécues » dont toutes les rentrées littéraires font leur miel. Il y a aussi une forme, pour rendre les idées, traces, et fantômes actifs, elle est fragmentaire et intelligente, en une arborescence qui permet la distance – et ce faisant permet au lecteur, d’y mettre (de soi), et d’y prendre (pour soi).

« Je n’écrirai probablement jamais d’histoire de maison hantée parce que j’ai écrit ce livre, et qu’il est – en quelque sorte – ma propre maison hantée de rêves d’écriture, de lectures et de récits. »

PESSAN, Eric. Ôter les masques, Nouvelles Editions Cécile Defaut, collection « Le Livre / La Vie, dirigée par Isabelle Grell », 2012.

Tout m’est permis, épisode #1.2

(lire l’épisode 1.1)

Notre attente en partage, fait : quelque chose entre nous de commun.

Je dois comme lui, je dois tout comme lui. Comme lui. Comme lui, corps et postures et virilité à mon rôle adaptés, attend. Comme lui attend, j’attends. Comme lui comme eux comme tous. Ils sont chaussés de baskets, toujours, baskets ou tennis, chaussures légères, chaussures dites de sport ou leur équivalent urbain, des chaussures sans manière, des chaussures impensées. Ils sont légion ils attendent, toutes ces heures passées côté passager, en chaussures dites de sport. Équipement oxymorique, à quoi bon des chaussures dites de sport pour attendre, il doit bien exister quelque chaussure idoine, disposée à, une chaussure dite d’attente, rembourrée autant que fraîche, anti-sudation et semelle tout-confort, cadrant l’assise du talon la tenue du mollet – sans raideur .

Lui, à côté. Dans mon angle mort à droite – l’angle qu’on dit mort l’est, ou quasi, l’angle cliniquement mort, inexistant l’angle car je n’ose car je ne peux pas me tourner, une règle non écrite je la sens m’en empêche. Lui. Ne me regarde pas, s’affaire à ses bricoles, en bon professionnel, fait son boulot, un métier, incarné c’est cela : des gestes accomplis dans leur bon ordre, en professionnel il procède, manipule, dextre, précis, un parapheur pour préfecture, un carnet de correspondance, un guide technique, pratique, livret de famille, journal intime, me concernant ou pas je ne sais. Je ne sais pas je me demande. Et puis j’admire cette dextérité investie en broutilles, vraiment, je pfff je, bah ça dis donc c’est quelque chose, vos dix doigts vous dites donc, rien n’y manque, coordination discipline, les gestes leur vont à ravir, leur vont si j’ose dire, comme : un gant. Lui en bon légionnaire broutille, broutilles, ses trucs à faire son boulot-quoi. Quel boulot-quoi je m’interroge, m’interroge à demi seulement car je n’ose, soucieux de ne pas réduire ma concentration. Cette concentration de dans à. Concentration à mon attente.

Me soustraire, m’abstenir, rester coi. Je me tais. Commutation signal bruit blanc, on ferme, vlam.
En moi les mots s’agencent, s’organisent (organiser l’organique), modèle les faits et les gestes à produire adéquats, réfléchis. Je réfléchis. Il nous faut un programme, un plan. Bâtir un plan. Au travail (gestes accomplis dans leur bon ordre), réfléchis, remémore (l’ordre des gestes, le bon) puis : agis, fais légionnaire, à la une à la deux en avant, gauche droite non pas gauche droite l’angle arrière droit est de mort, unedeuxtrois ; unedeuxtrois, unedeux trois. Les opérations échelon deux douze ou quinze doivent, en bon ordre et logique implacable, se succéder. Cette suite n’est pas un arbre, pas une étoile, le plan file droit pas heuristique, il y a à faire, il y a tant à faire, tant,
Heuristique, heuristique, heuristique, quel mot quel drôle, drôle de mot, n’y pensons pas, tant à faire, un mot d’origine grecque, non, tant à faire,
à faire, oui, il doit bien y avoir à faire, des choses, successives, des tas de choses et des directives à suivre selon le plan dans cet habitacle, mais où. Où sont-elles dans l’habitacle, les choses à faire, où se sont-elles cachées, où sont-ils engoncés les gestes à produire adéquats, où : sous ton siège reculé où tu ne peux aller fouiller, car aller fouiller ne fait pas, ne fait décidément pas, partie des choses qui sont à faire, ni fouiller dans la boîte à gants rageur, tu es bien là pour quelque chose, tu n’es pas juste venu t’asseoir, nan nan nan il ne s’agissait pas juste d’y parvenir, d’arriver vlam pff jusque là, non, oui, il y a quelque chose, autre chose, à faire. Programme, déroule. Pense. Tu penses : Quel petit quel, tout petit, espace.

Un bien petit espace où attendre.

Attendant qu’un plan se dessine continue, réfléchis, pas un geste, pense à comment mettre mieux là-dedans tes deux jambes, réfléchis : deux prothèses, pas ta taille. Réfléchis. Une chaussure confortable Et intégrale, une sorte de scaphandre soyeux, ça, ça serait. Ah si seulement, mes deux jambes. Mes deux jambes adaptées. J’en rêve, il faudrait. Adapter mes deux jambes. Sans rabot, sans serre-joint – remodeler fluide, en douceur, il faudrait.

Un bien petit espace pour un si vaste silence.

Ce silence est immense, immensité accrue depuis vlam, c’est peuplé de vlam par ici, c’est un peu comme avec Mozart ou, Beethoven ou, je ne sais qui annexant le silence avant après son fait, mon fracas fait pareil. Mon fracas s’impose, en impose à toutes les parties de moi-même. Imprimé dans le silence. Le silence est si étonnant, le silence est un étonnement, me dis-je,
pensant,
pensant à,
Mon plan. Dérouler mon plan. Le bâtir puis dérouler. La voiture, oui, la conduire. Fait partie de mon plan. C’est, peut-être, l’objectif.

Conduire pour aller vers.
Aller vers conduire.
Un plan déroulé en ruban de Möbius, un peu, ici.

Un bien grand étonnement pour un si petit espace.

Dans la boîte, j’attends. Il a fini bientôt j’attends, respirant à peine car immense est ma politesse. Adaptée. Se tourne sur sa gauche, vers moi. Parlons, enfin :
Va ? //  Oui mais // Ouimaiquoi ? // Serré, euh. // Serré quoi ? // C’est euh un peu serré je // LéAllé, ho, nyva. ON Y VA.

On y va.
Fini d’attendre. L’espace agrandi d’un coup, quel habitacle immense, quant à mon corps mes pieds si loin, n’en parlons pas. LéAllez, On, y, va.

Adapter mais oui mais : comment, comment les adapter, mes deux jambes, à leur fonction, oui, et au milieu, oui – oui, mais : contraires.
Oui, mais : avant d’adapter mes deux jambes, tenter d’adapter mes oui mais.

Je passe mon permis de conduire, j’apprends – je n’apprends pas tant à conduire, qu’à passer mon permis de conduire.

(–>à suivre)

Tout m’est permis, épisode #1.1

Un matin de mars, il est neuf heures, en 2001

Les politesses de rigueur sitôt expédiées, sans manières ni équité (il fait Jour je fais Lu, ou l’inverse – plutôt l’inverse, timide en mes petits grands souliers flasques), le style c’est faisons fi du protocole, un rapport sans façons ajoutées, nous nous tenons tous deux à côté du véhicule : petit, rouge.
Une petite, voiture, rouge, c’est.
Petite clio rouge, là voilà, c’est ça.
Renault. Renault c’est cela, Renault clio, oui, c’est ça.
Action (dit-il, peut-être) : il balance, d’un geste de désinvolture, de virilité, de virile désinvolture, désinvolte virilité, trancher il faut trancher, du choix de l’adjectif tout peut dépendre et tout changer, balance l’applique de plastique lourd, sur le toit de la petite, clio, rouge. C’est à lui c’est chez lui.
Devant chez lui je suis, j’attends.
Je ne suis pas chez moi, j’attends.
Dedans mes souliers grand minus moi j’attends.
J’attends : un signe.
(Et flasques. Mes souliers minus et flasques).
J’attends un signe, n’en reçois pas, ni même interférence ni rien,
Ou juste, si : il ouvre la portière, s’immisce côté droit – passager. Le signe que ça fait me dit : Entre.
Joie – presque. Le signe je l’ai reçu, l’ai comme j’ai pu, interprété, ce signe doit être le signal, il entre dit :Entre, toi aussi, dans PetiteClio Rouge. Je fais comme lui, j’entre, côté gauche – conducteur. Gauche droite gauche droite, go, j’entre. M’introduis dans PetiteClioRouge. Dedans, c’est plus petit encore, c’est petit chez vous, enfin, petit mais charmant enfin, le charme d’un intérieur modeste, pauvre ça peut être aussi un compliment, enfin pas pauvre mais coquet, vous voyez, on dit coquet ça complimente, mais en fait ça veut dire pauvre, m’abstiens-je de lui dire. Il s’est assis, je, vite, fais comme : m’assois. S’asseoir ordinairement n’est rien, ici s’asseoir ne se fait pas tout seul. S’aménager un territoire : je pousse et repousse la manette là-dessous entre mes jambes, qu’il m’a fallu trop de secondes pour trouver, ce foutu berlingot, bourtichon, bégonia, pour parvenir enfin, à, mais c’est d’un Gn, d’un Blblblbl, c’est d’un coup sec d’un seul, Bllblm, à repousser au mMMmXxMmm, mon siège, vers l’arrière, vlam.
Vlam, pff.
Pff (ne m’abstiens-je pas d’expirer, soupir harassé soulagé).
Pff soufflé, cherchant connivence, fait signe, dit : Pas simple. S’asseoir non n’est pas rien. S’asseoir c’est quelque chose, s’asseoir advient, s’asseoir constitue quelque chose (voilà s’asseoir, c’est lui, au loin), quelque chose qui jusqu’alors, jusqu’à ce jour en cet instant, n’existait pas.

Assis. S’asseoir existe et comme je suis sujet je conjugue, m’assois m’assoirai aurai été assis m’assied. M’assois. M’assied, m’assois ? Comme lui, assis, me voilà conjuguant mon assise, j’existe. C’est brutal mais c’est fait, enfin fait, enfin mais, c’est brutal et c’est court, c’est encore un peu court, ou peut-être faudrait-il, des jambes un peu moins longues, des jambes perdre un morceau (mais lequel), des jambes plus adaptées, voilà : adapté. C’est un corps adapté qu’il faudrait. Comme lui siège passager, là-bas. Comme lui si formidablement assis, qui était il y a peu aussi formidablement debout, cher ami votre corps c’est simple, c’est un costume il tombe parfaitement, comme tout vous va, c’est formidable. Votre adaptation au monde, votre assise au cœur des choses est, j’ose le dire, formidable, les bras j’ose également le dire, m’en tombent (peut-être sont-ils aussi trop longs).

Un signe. J’attends. Un signe adapté. Prendre parole, y être invité – à quelque chose, quelque part, être invité. Vous désirez, vous prendrez ? Je m’abstiens, d’habitude déjà prise, attendons. Rien ne vient. Rien ne vient percer mon attente, j’attends. J’attends que rien ne vienne (que déjà s’asseoir advienne, je suis assis mais c’est trop vague, mon assise peut mieux faire.)
J’attends et lui, à côté ? Pareil, attend. Attend mais enfin non, pas pareil. (D’attendre ainsi sans regard n’a rien d’un duel, puisque nous sommes côte à côte, parfait parallélisme, yeux rivés à l’horizon essuie-glaces, frontalité zéro pas de duel pas de joute (ferait parodie de parodie, ce western : il serait Eastwood, Wayne, Cavalerie et Peaux rouges tous unis contre quand moi quoi : carne vieux cheval mort malade, gnognoté par les mouches).
Non, notre attente n’a rien d’un cérémonial, cette attente est : inadaptée). Tu m’attends je t’attends on attend.
(Vlam, pff).
(…)
Ainsi chacun son tour, ce serait une danse ça pourrait, notre danse d’attente immobile, le Grand qui-vive on l’appellerait, j’attends à toi attends, succession d’esquives immobiles, un sport – un sport absolument immobile, tourbillonner sans un geste, j’attends. J’attends je ne sais pas moi, que son assise mute que la mienne advienne, vienne, devienne, que mon assise se décide, prenne route, me rejoigne, qu’enfin nous ne fassions qu’un.

Notre attente en partage, fait : quelque chose entre nous de commun.

(–>à suivre)

MidiMinuit #12 | Du 11 au 14 octobre 2012, à Nantes

Début octobre, on y sera encore, avec quelle joie, nous midiminuiterons comme le dit l’affiche (qui conjugue comme une évidence la locution midiminuit, et qu’on doit aux excellents  David Poullard et Guillaume Rannou, auteurs de nombreuses locutions ordinaires, depuis leur inaugural  Précis de conjugaisons ordinaires (co-édition La Ferme du Buisson/EXB)).

J’y présenterai des auteurs, et tenterai de ne rien rater des autres -car de Suzanne Doppelt à Camille de Toledo, de Sylvie Durbec à Frédéric Werst (auteur lui de cet incroyable « Werst », sorti chez Fictions et Cie, invention d’un monde, d’une histoire et d’une langue), le programme est fastueux.

LE PROGRAMME

JEUDI 11 OCTOBRE
19h30 Lecture chez l’habitant par Rémi Checchetto (sur inscription)

VENDREDI 12 OCTOBRE / Galerie de l’École des beaux-arts de Nantes
19h00 : Projection du film « La Poésie s’appelle reviens » de Gilles Weinzaepflen suivie d’un débat avec Gilles Amalvi, Françoise Clédat, Jean-Michel Espitallier, Jean-Claude Pinson et Gilles Weinzaepflen, aminé par Alain Nicolas (critique littéraire et journaliste à L’Humanité).

SAMEDI 13 OCTOBRE DE MIDI À MINUIT
12h30 Lecture-concert avec Stéphanie Chaillou et Ryan Kernoa / Place Sainte-Croix

14h00 Lecture de Sebastian Dicenaire / Le Cercle rouge

14h45 Conférence-projection de David Poullard et Guillaume Rannou / Galerie de l’École de beaux-arts de Nantes

15h30 Lecture de Sylvie Durbec / École Molière

16h15 Lecture-concert avec Rémi Checchetto et Franck Vigroux / Place Saint-Croix

17h00 Lecture-projection de Suzanne Doppelt / Galerie de l’École de beaux-arts de Nantes

17h45 Le Camion orange (Frédéric Forte) /Place des Petits Murs

18h30 Lecture de Thierry Rat / Passage Sainte-Croix

19h15 Lecture-concert de Gilles Weinzaepflen et David Fenech / Place Saint-Croix

20h15 Lecture de Frédéric Werst/Cité des Voyageurs

21h00 Lecture de Camille de Toledo / École Molière

21h45 Lecture-concert de Pierre Alféri et Rodolphe Burger / Place Saint-Croix

22h30 Lecture de Christoph Bruneel et Thierry Ra t /Le Cercle rouge

23h15 Lecture de Arne Rautenberg / Cité des Voyageurs

00h00 Performance de Benoît Travers et Damien Marchal / Galerie de l’École supérieure des beaux-arts de Nantes

Et aussi : 13h00 – 21h00 Carte blanche à Histoire d’ondes / Cité des Voyageurs 13h00 – 19h00 Already made / Place du Change Vendredi et samedi Performance plastique de Laurence Gatti / Vitrines des Galeries Lafayette 15h-15h30 et 17h-17h30 Visites commentées de l’exposition L’Âne qui butine / Passage Sainte-Croix 14h00 – 18h00 Livres à l’envi(e) / Maison du Change (Maison de la Poésie) Dès mercredi 10 dans les rues du quartier Decré : Parcours d’affiches des locutions ordinaire de David Poullard et Guillaume Rannou

cogitation #12 | jeudi 6 décembre 2012, Rouen, avec Yann Dissez

Cogitation #12 / Accueillir et rémunérer un auteur

Inscriptions et présentation du programme en pdf ici.

C’est encore avec Yann Dissez que nous prendrons parole jointe et distincte, cette matinée du 6 décembre en Haute-Normandie. Ce sera encore la question de l’accueil de l’auteur sur laquelle nous nous attarderons (comme durant ces cycles de formation pour le CRL Pays de la Loire), question sur laquelle Yann a fait plus que se pencher, par son travail de fond au Triangle (Rennes) pendant des années, qui fit plus que m’intéresser, mais qui prit pour nous (avec Cathie Barreau), dans ce qui était alors l’atelier d’écriture du Manège, une valeur d’exemple – et de confraternité. (Lire par exemple cette chronique d’une affiche, trace d’un travail qu’y effectua Jérôme Mauche).Yann a creusé la question des résidences, des points de vue conceptuel, organisationnel, technique, jusqu’à faire référence en la matière – voir cet entretien que nous en avons tiré sur livreaucentre.fr, où vous pourrez également vous procurer son vademecum (dont il sera amplement question lors de cette intervention).

Je n’ai cessé, de mon côté, d’accueillir et d’accompagner, pendant ma période travail à l’atelier d’écriture du Manège (devenu la Maison Gueffier, au Grand R), mais aussi depuis, de façons renouvelées : à la Maison de la poésie de Nantes, à la Médiathèque de Saint Jean de Monts, lors des soirées organisées avec remue.net ; mais aussi, et ça n’est pas le moindre de ces accompagnements, sur Internet : en accueillant et épaulant les résidents Ile-de-France sur remue.net (c’est un accueil, oui, un aménagement de territoire au sens non figuré, un accompagnement essentiel, une présence, c’est aussi une rencontre, un mode et un rythme d’intervention à adapter, voire inventer, à chaque fois). Ou en montant et supervisant ce blog pour Arno Bertina, en résidence à Chambord à l’été 2012 (Sebecoro Chambord, une mine de textes aussi engagés que dynamiques, une merveille de pensée à l’ouvrage). Dans tous les cas, si différents, est mise en œuvre quelque chose de l’ordre de l’expérience, rejouée ; quelque chose de l’ordre du désir, relancé ; quelque chose de l’ordre de l’écoute (la plus attentive possible). C’est inséparable dans le temps du travail, de l’action ; c’est à considérer attentivement en chacun de ses points, avant, et après. Nous parlerons de cela peut-être – sans doute – et aussi de l’élaboration du projet, de sa mise en place concrète, des traces (Ah, Internet, encore, répèterai-je alors, assurément).

Les contenus on les sait (on les porte, on les écrit sans cesse), mais on ne sait pas encore tout de l’organisation des contenus présentés, qui s’inventeront, aussi, dans les semaines à venir, mais on le fera avec autant de sérieux que de joie. On sera performants, promis. Et même performatifs, peut-être, qui sait. Play.

Ci-dessous, les présentation « officielles » de cette affaire (tout est par ailleurs disponible sur le site de l’ARL Haute-Normandie)

Les Cogitations sont des rencontres professionnelles, organisées par l’ARL, permettant d’approfondir un thème et d’ouvrir la réflexion à l’ensemble des acteurs de l’écosystème du livre.

Jeudi 6 décembre 2012 de 9h30 à 12h30 à la médiathèque départementale de Seine-Maritime (35, rue de la Fontaine à Notre-Dame-de-Bondeville). Présentation La présence d’auteurs dans les manifestations littéraires, les librairies, médiathèques ou lieux culturels, pour différents types d’interventions (lectures, rencontres publiques, ateliers d’écriture, résidences…), peut être riche et féconde pour les publics, les structures organisatrices et pour les auteurs eux-mêmes. L’étude menée par Yann Dissez pour l’ARL Haute-Normandie a révélé que les porteurs de projets ou de structures désireuses d’inviter des auteurs font face à de multiples questions méthodologiques, techniques ou pratiques, dont les réponses sont parfois complexes à trouver.

À partir de la brochure Comment accueillir un auteur ? récemment éditée par la Fill et 11 structures régionales pour le livre, seront abordées lors de cette matinée les principales questions concernant l’accueil d’un auteur : les différents dispositifs d’accueil possibles, l’élaboration du projet artistique et culturel, le choix, l’accompagnement et la rémunération, les traces et l’après-projet, etc.

Cette rencontre s’adresse aux auteurs, libraires, bibliothécaires, organisateurs de manifestations littéraires, enseignants, élus et responsables de services des collectivités territoriales.