Tout m’est permis, épisode #1.1

Un matin de mars, il est neuf heures, en 2001

Les politesses de rigueur sitôt expédiées, sans manières ni équité (il fait Jour je fais Lu, ou l’inverse – plutôt l’inverse, timide en mes petits grands souliers flasques), le style c’est faisons fi du protocole, un rapport sans façons ajoutées, nous nous tenons tous deux à côté du véhicule : petit, rouge.
Une petite, voiture, rouge, c’est.
Petite clio rouge, là voilà, c’est ça.
Renault. Renault c’est cela, Renault clio, oui, c’est ça.
Action (dit-il, peut-être) : il balance, d’un geste de désinvolture, de virilité, de virile désinvolture, désinvolte virilité, trancher il faut trancher, du choix de l’adjectif tout peut dépendre et tout changer, balance l’applique de plastique lourd, sur le toit de la petite, clio, rouge. C’est à lui c’est chez lui.
Devant chez lui je suis, j’attends.
Je ne suis pas chez moi, j’attends.
Dedans mes souliers grand minus moi j’attends.
J’attends : un signe.
(Et flasques. Mes souliers minus et flasques).
J’attends un signe, n’en reçois pas, ni même interférence ni rien,
Ou juste, si : il ouvre la portière, s’immisce côté droit – passager. Le signe que ça fait me dit : Entre.
Joie – presque. Le signe je l’ai reçu, l’ai comme j’ai pu, interprété, ce signe doit être le signal, il entre dit :Entre, toi aussi, dans PetiteClio Rouge. Je fais comme lui, j’entre, côté gauche – conducteur. Gauche droite gauche droite, go, j’entre. M’introduis dans PetiteClioRouge. Dedans, c’est plus petit encore, c’est petit chez vous, enfin, petit mais charmant enfin, le charme d’un intérieur modeste, pauvre ça peut être aussi un compliment, enfin pas pauvre mais coquet, vous voyez, on dit coquet ça complimente, mais en fait ça veut dire pauvre, m’abstiens-je de lui dire. Il s’est assis, je, vite, fais comme : m’assois. S’asseoir ordinairement n’est rien, ici s’asseoir ne se fait pas tout seul. S’aménager un territoire : je pousse et repousse la manette là-dessous entre mes jambes, qu’il m’a fallu trop de secondes pour trouver, ce foutu berlingot, bourtichon, bégonia, pour parvenir enfin, à, mais c’est d’un Gn, d’un Blblblbl, c’est d’un coup sec d’un seul, Bllblm, à repousser au mMMmXxMmm, mon siège, vers l’arrière, vlam.
Vlam, pff.
Pff (ne m’abstiens-je pas d’expirer, soupir harassé soulagé).
Pff soufflé, cherchant connivence, fait signe, dit : Pas simple. S’asseoir non n’est pas rien. S’asseoir c’est quelque chose, s’asseoir advient, s’asseoir constitue quelque chose (voilà s’asseoir, c’est lui, au loin), quelque chose qui jusqu’alors, jusqu’à ce jour en cet instant, n’existait pas.

Assis. S’asseoir existe et comme je suis sujet je conjugue, m’assois m’assoirai aurai été assis m’assied. M’assois. M’assied, m’assois ? Comme lui, assis, me voilà conjuguant mon assise, j’existe. C’est brutal mais c’est fait, enfin fait, enfin mais, c’est brutal et c’est court, c’est encore un peu court, ou peut-être faudrait-il, des jambes un peu moins longues, des jambes perdre un morceau (mais lequel), des jambes plus adaptées, voilà : adapté. C’est un corps adapté qu’il faudrait. Comme lui siège passager, là-bas. Comme lui si formidablement assis, qui était il y a peu aussi formidablement debout, cher ami votre corps c’est simple, c’est un costume il tombe parfaitement, comme tout vous va, c’est formidable. Votre adaptation au monde, votre assise au cœur des choses est, j’ose le dire, formidable, les bras j’ose également le dire, m’en tombent (peut-être sont-ils aussi trop longs).

Un signe. J’attends. Un signe adapté. Prendre parole, y être invité – à quelque chose, quelque part, être invité. Vous désirez, vous prendrez ? Je m’abstiens, d’habitude déjà prise, attendons. Rien ne vient. Rien ne vient percer mon attente, j’attends. J’attends que rien ne vienne (que déjà s’asseoir advienne, je suis assis mais c’est trop vague, mon assise peut mieux faire.)
J’attends et lui, à côté ? Pareil, attend. Attend mais enfin non, pas pareil. (D’attendre ainsi sans regard n’a rien d’un duel, puisque nous sommes côte à côte, parfait parallélisme, yeux rivés à l’horizon essuie-glaces, frontalité zéro pas de duel pas de joute (ferait parodie de parodie, ce western : il serait Eastwood, Wayne, Cavalerie et Peaux rouges tous unis contre quand moi quoi : carne vieux cheval mort malade, gnognoté par les mouches).
Non, notre attente n’a rien d’un cérémonial, cette attente est : inadaptée). Tu m’attends je t’attends on attend.
(Vlam, pff).
(…)
Ainsi chacun son tour, ce serait une danse ça pourrait, notre danse d’attente immobile, le Grand qui-vive on l’appellerait, j’attends à toi attends, succession d’esquives immobiles, un sport – un sport absolument immobile, tourbillonner sans un geste, j’attends. J’attends je ne sais pas moi, que son assise mute que la mienne advienne, vienne, devienne, que mon assise se décide, prenne route, me rejoigne, qu’enfin nous ne fassions qu’un.

Notre attente en partage, fait : quelque chose entre nous de commun.

(–>à suivre)

Publicités

3 réponses à “Tout m’est permis, épisode #1.1

  1. Pingback: Tout m’est permis, épisode #2.2 | Matériau composite

  2. Pingback: Tout m’est permis, épisode #3 | Matériau composite

  3. Pingback: Tout m’est permis, épisode #4 | Matériau composite

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s