Tout m’est permis épisode 1.3

(lire l’épisode 1.2)

Je passe mon permis de conduire, j’apprends – je n’apprends pas tant à conduire, qu’à passer mon permis de conduire. Mais je ne sais pas apprendre, qui saurait ? Apprendre ne s’apprend pas, me dis-je, mais ce n’est pas le moment. Le moment est à continuer de se taire, attendre. Une chose acquise est que : je m’exerce, fais et refais les mêmes actions non, action n’est pas le mot, fais et refais les mêmes gestes, indécis, qui provoquent les mêmes résultats, les mêmes manœuvres, les mêmes itinéraires, les mêmes démarrages hoquetant puis brutaux puis freinés puis, à horaires plus ou moins fixes je fais et je refais,

traçant une géométrie bien mystérieuse vue d’en haut,

cercles de culture tracés main gauche,

un dessin, fœtus en vrac, ballons crevés,

un signe, adapté certainement mais à quoi.

Je fais et refais

interminable

fais et refais

immensément fatigable

je re

fais et refais avant tout les mêmes conneries les mêmes, mêmes conneries grosses comme moi me dis-je, c’est énorme comment puis-je, souvent me dis-je, moi qui suis long maigre nervuré métallique, métal immense dans habitacle immense et mou, comme mes conneries sont grosses me dis-je, grosses comme moi qui ne le suis pas me dis-je, ça fait comme un manque quelque part d’accord me dis-je – les mêmes conneries plus grosses que moi font masse, je ne vois qu’elles elles font un peuple muet, une masse amorphe qui fait écran, je ne sens qu’elle, ma connerie mienne gonfle quand moi rougi et souffle entravé constate,

peux pas mieux, réfléchis, peux pas mieux,

constate,

ma connerie fait airbag, réfléchie,

constate,

vue d’en haut elle déborde de la (petite) clio rouge, ça pourrait s’avérer utile, mais il se pourrait aussi qu’elle nous étouffe à gonfler tant et tant, je souhaite fort qu’elle cesse son expansion lourde et pleine mais constate,

ma satanée connerie furieuse,

constate,

mon incontrôlable connerie,

constate,

ma connerie qu’il contemple l’assis à ma droite (et je ne le regarde pas), qu’ils contemplent les assis, contemplent et contempleront (et je ne les regarde pas), le défilé d’assis interchangeables à ma droite, qu’en fait ils ne contemplent pas c’est inexact, puisque perdant d’emblée, comme immensément fatigables, la patience qu’il conviendrait, pourtant, de m’enseigner. Ils constatent agacés, je contemple sidéré. Leur incomberait pourtant, je pense (crois penser), de m’enseigner l’infinie patience.

Je fatiguerai l’infatigable.

J’apprends.

J’attends. Ne les regarde pas.

J’apprends une chose seule, en l’instant, seul, j’apprends la honte, l’infatigable honte.

Attendre,

finie fatigue,

d’attendre. J’attends d’avoir fini d’attendre.

(–>à suivre)

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