Tout m’est permis, épisode #2.1

(lire l’épisode 1.3)

Matin de mai, il est dix heures 35 en 2004

Temps clair ciel dégagé, nous roulons et roulons bien, en approche de périphérique, je suis aux commandes et m’y trouve à mon aise, à croire que conduire est possible, à en croire même que c’est parti,

on dit comme ça, c’est parti,

et c’est parti fini d’attendre réflexion pfuit, les choses (nerfs chairs et tissus contrits) s’ouvrent et font place nette à un silence aéré, loin l’astringence ça roule, je fluide, pour un peu passerais un coude (fluide) par la fenêtre ouverte, belle pénétration dans l’air fluide, enverrais de la pop en cristal fluide dans l’air clair du printemps éternel, dans l’éternité d’un printemps clair,

je vais m’insérer je m’insère, fluide, à nous deux vieux périph c’est parti,

de la pop cristalline et tonique, mancunienne, à tue-tête, prendrions la tangente le chemin des vacances, well done, il ferait grand ciel à jamais, un good fluide et harmonieux trip, qui m’aime me suive et clins d’œil chics anglais, pas beau la vie, lui rirais-je volontiers en complice ?

À lui l’assis, toujours, à droite.

Allez dirais-je, imaginerais-je, allez l’ami on se détend, ça roule, hein, ça file fluide, fluide. Fluides, à nos aises.

Conduire semble possible, conduire semble venir, à croire que conduire me vient, viens viens j’arrive, attend.

Attend l’émergence attendue, que voilà déjà le voilà, voilà, à peine esquissé déjà monument il s’impose, pointant légende à l’horizon, LE PONT, le fameux Pont de, fierté locale, une bosse immense si majestueusement élancée à travers brumes, une bosse immense mais fluide, si redouté par d’autres faibles de cette espèce mienne, les piètres, celles et ceux qui ne savent je les connais, n’y arrivent pas sans mal je connais jusqu’il y a peu j’en étais, le voilà qui s’annonce, il attend, j’arrive.

Control, commandes : passe la quatre, appuie, passe la cinquième mais, attention, prends garde ne pas trop en faire, stay fluide, et calme, s’il est bon de se mouvoir dans la confiance gardons-nous de tout emballement Halte-là, mollo, schéma mental dessine

un plan rapide crayonné jeté vif

deux trois quatre cinq, il faut, tu dois embrayer débrayer un des deux, tu dois je passe en quatre dans les premières pentes du pont, ça marche, j’ai bon. Ravi, je me cale derrière un camion, de livraisons, de pêches, ou, de quoi, c’est un mot espagnol non, le transporteur lui Hollandais comme me l’indiquent l’enchâssement de multiples u, o et H, mais peut-être affirmé-je Hollandais sans savoir, car après tout j’en sais si peu, encore, de mon compagnon camion. Je le suis. Je l’escorte. Ma présence rassurante. L’équipier-socle et silencieux (c’est moi), gage de confiance (re-moi), celui sur qui l’on peut compter : c’est moi.

J’accompagne le camion mon ami, le tranquillise ppeulà, fluide, confiant il semble et ralentit.

Il ralentit.

Il ralentit,

ralentit,

ralentit, jusqu’à me faire repasser en troisième étonné toussant, ahanant, schéma mental quatre cinq trois deux cinq trois mais que faire, il n’y a vraiment rien d’autre, aucun levier, rien hors la cinq-un-deux-quatre-troisième pour issue ? Poussant mentalement notre véhicule vers le sommet, sommet de ce pont fameux pont fierté locale, immense majestueux élancé, passer, j’y mets intérieurement du geste ppppeulà, pupilles serrées abdos rentrées, passer, passer j’y arriverai, passer ensemble, mon compagnon camion et moi unis, dans la même peine passer, passer le sommet de ce pont fameux pont fierté locale, un point

un point qui semble s’éloigner à mesure que l’aiguille du compteur verse, immanquablement, à gauche, sous cinquante,

Rallez,

Encorallez,

trois cinq deux quatre six non trois quatre (un schéma en volumes en 3D, bientôt, toutes ces boucles, ces spirales)

à force d’acharnement d’écrasement inédit d’une pédale (mais laquelle) sous l’effet insistant d’un schéma persistant rétinien (ce drôle d’effet optique),

le sommet nous soulage.

Et,

bascule non immédiate ,

très légèrement différée même,

pédale pied vitesses chiffres et schéma tous soudain glissent hors de moi, s’estompent,

tout s’estompe, fluide en somme.

Voir l’air frais.

(–>à suivre)

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2 réponses à “Tout m’est permis, épisode #2.1

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