On n’aurait pas imaginé

(photo : Non, il ne s’y  fait pas que du nougat;-)

Que ce serait bien, les cafés littéraires de Montélimar, un bon moment de travail et de retrouvailles (voir Benoît Vincent en ses terres, ça vaut large le déplacement), on s’en doutait et on l’attendait sereinement, on l’attendait sans y penser trop au-delà de ce qu’il y avait à faire (préparer) avant de faire ce qu’il y aurait à faire sur place (quatre débats publics avec des auteurs, ici également remerciés pour leur écoute et disponibilité : Oliver Rohe, Jean-Luc Seigle, Arthur Loustalot, John Burnside).

Mais que ce petit centre-ville, façades colorées vives (pour nous passer l’information que les aisselles humides n’auraient pas su, seules, certifier : on est au Sud, ici : méditerranéens le climat comme la chromie), que ces  quelques rues enchâssées circulaires soient aussi densément garnies de terrasses et restaurants accueillants ;

que les bistrots où l’on causerait avec les auteurs soient garnis à plein, voire bondés (cent personnes facile face à Maylis de Kerangal et Thierry Guichard ; pour le taiseux intarissable Jean-Luc Seigle même tarif, au même moment),

et que ce qui aurait pu être une gageure infaisable, en ces conditions-là, à savoir faire passer la parole, l’aider à se faire la plus audible, roule comme de soi, facilité par : une écoute (active, pas juste polie, cette affection palpable, empathique, face au jeune Arthur Loustalot) et un accueil (des cafetiers, hôtes joyeux, toniques, serviables).

On n’aurait pas imaginé, à ce point.

Christophe Manon devait croiser le vers avec Christian Prigent (malheureusement absent, et excusé), lequel fut remplacé par Jean-Pascal Dubost (et son livre de dettes au titre de plusieurs dizaines de mots, bel hommage à son panthéon personnel de fouilleurs, mâchonneurs, renverseurs de langue – de Tristan Corbière à Arno Schmidt), et Julien d’Abrigeon (pour un fulgurant travelling, manière de roman avec torrent d’images, le tout performé furieux, comme Le Zaroff seul sait scander : on ne gueule pas des histoires à voir, aurait-on cru, eh bien : si, sourit-on, estourbi et ravi). Christophe Manon, dont j’ai écrit ici un peu de l’estime que je porte à l’homme et à son art, lut son Testament (repris de Villon, drôle, gouailleur, et tellement mélodique), puis des futurs antérieurs, ses bribes lumineuses, fragmentaires et si denses, si noires et si lumineuses : et quelque chose est arrivé alors que je vis déjà un jour se produire (c’était à Paris, c’était pour remue.net, c’était ma première vraie rencontre avec les deux, Manon (son tremblement puis cette assise, cette netteté) et ses chants silencieux)) : ce qui vient alors c’est une certaine qualité de silence, un silence hors toute pompe, si surpris lui-même de cet alliage douceur & fracas, de ces images, en nombre, et si belles. De cette distance, de cette douceur, et de ce silence en nous tous, ce silence si ému.

Manon en point d’orgue de mes deux jours, et ce moment ou celle et celui qui ne connaissaient pas encore, se tournèrent vers moi comme ébahis, yeux réellement écarquillés : deux personnes, deux qui savent lire, qui prouvent encore s’il le fallait, que cet écrivain-là existe, oui, ô combien. (On parlait ci-dessus de passer, et de savoir et voir cette lumière-là passer, ça compte).

Ça compte, et ça porte, et ça aide, à questionner John Burnside, dont même l’infinie rondeur, l’extrême gentillesse, ne suffiraient à me mettre totalement à l’aise, tant son roman, ou long poème, Scintillation, m’a ébahi (j’en reparlerai sur ce site) , mais le truc tenace, force vive en dessous, porte, et tout va.

Et se souvenir alors que puisque tout avait commencé, vendredi soir, par cuisiner Oliver Rohe quant aux armes à feu (Ma dernière création est un piège à taupes, fiction biographique consacrée à Mikhail Kalachnikov, père du fusil éponyme dont je reparlerai, aussi, bientôt, sur ce site), devant la porte d’une pizzeria, on était, par ailleurs : bien armé.

Merci à toutes et tous, pour tout ça – et évidemment cette organisation impec’ (merci Odile, Guillemette, Armelle…)

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2 réponses à “On n’aurait pas imaginé

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