Gilles Weinzaepflen

(Texte lu lors de la lecture de Gilles Weinzaepflen avec David Fenech à Midi Minuit poésie 12ème édition, samedi 13 octobre 2012, 14h30, à Nantes.)

(à paraître dans Gare maritime 2013, en juin 2013)

mon déséquilibre

est une victoire

du voyage debout

Gilles Weinzaepflen filme, écrit, fait de la musique sous le patronyme de Toog. Il est aujourd’hui associé à David Fenech, guitariste, compositeur, électronicien, pour une lecture enrichie.

De lui vous avez pu apprécier le beau film documentaire intitulé « La poésie s’appelle reviens » et diffusé hier dans le cadre du festival, lequel, laissant entendre des voix et voir des êtres en mouvement (Ivar Ch’Vavar en maraude entre des bunkers de plage, Nathalie Quintane en son jardin) ne dresse pas un état des lieux, ne pose aucun enclos, non : ouvre un espace où quelques traces choisies sont laissées à vue. Route à prendre, ou ne pas.

Prudence. La poésie de Gilles Weinzaepflen, ainsi qu’on la découvre en livre, principalement dans le recueil « de dix années d’écriture » intitulé Noël Jivaro et paru au Clou dans le fer, est définie par Michaël Batalla (éditeur du dit clou)comme « à distance prudente des enjeux formels et critiques de la poésie contemporaine ».

Prudence, disait Batalla . nous serons prudents, et éviterons les égalités paresseuses, les musique=poésie, ou poésie=chanson, ou poésie=sonore, ce serait ici brutal, ce serait réduire. Car sa poésie, à bien l’observer, n’est pas plus sonore qu’elle n’est visuelle, n’est ni pop ni froide, elle sinue à sa façon, s’entête, furieux lépidoptère, ne se laisse pas aussi aisément prendre).

Il y a dans cette prudence, cette réserve, ce (relatif) isolement, une précaution d’emploi ; il y aussi un paradoxe, croirait-on – si l’homme connaît son monde, s’il lit ses pairs, s’il les écoute (va jusqu’à en choisir, pour les filmer), il saura forcément se dire. Se situer. Se positionner.

Sans doute. Sans doute oui saurait-il. Mais il ne le fera pas. Prudence, et :

je est l’objet

qui se déplace

à ta rencontre

sans mouvement

d’appartenance

Variable.

Je semble variable. La poésie chez lui est variable, agrégation de formes et de principes, modulation dans un ensemble de variables, attrape-tout à l’origine, peut-être, mais immensément condensé par la suite.

On trouve aussi des traces dans Noël Jivaro d’un vœu de bâtisseur, d’un rapport fort, récurrent, aux architectures, aux lieux en lesquels se tenir (instable) – un désir de structures en même temps que de les bouger. Un désir de structures variables.

Où sont les pierres où est le plan

il faut que cela soit mais comment

Je vois les portes mais les murs

Qui les fera

 ou

L’invisible et le silence assemblent, brique après brique, les cloisons du réel.

 Une des séquences de ce livre est intitulée low frequency oscillator : le low frequency oscillator ou LFO est, je cite, est un oscillateur très basse fréquence, qui permet de faire des modulations de signal sans que la fréquence modulante soit audible. Musique active sous la musique, travail des ondes, en filigrane.

Il est touchant (pas pour tous, mais pour moi, vivement, et peut-être ne suis-pas absolument seul en ce cas) de voir nommer des poèmes ainsi (c’est signe aussi des temps et d’une bascule discrète, d’une intégration de nouveaux rapports, d’apports d’éléments culturels jusque là extérieurs au poétique : cette référence à la conception électronique de la musique signe un passage). C’est touchant et ça dit quelque chose du rapport entretenu entre les disciplines artistiques qu’il pratique, que peut-être pour appréhender il faut observer en action, c’est à dire : les machines électroniques usitées pour produire ces vibrations encore neuves, audibles ou inaudibles, sont agrégats de variateurs et potentiomètres : ce sur quoi agit le musicien de machines sont des : variables. Et ainsi considéré, affairés aux machines, Gilles comme David font varier des patterns ou structures. Structures variables.

Quelque chose émerge, il y a un rapport, une association papillon, fugitive, vite enfuie, un signal : ce qui vous sera donné ainsi à entendre lu, avec sons ajoutés, modulés, est, résolument : variable.

 

 

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