Archives mensuelles : décembre 2012

Ce jour-là (par les élèves du lycée Nobel, Clichy-sous-Bois, avec Tanguy Viel (éditions Joca Seria)).

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(Reprise d’une chronique publiée dans Encres de Loire n°62, 15 décembre 2012)

« On a pris le RER D jusqu’à Saint-Michel puis le E qui mène tout droit à la gare du Raincy. On a vu le bus 603 arriver alors on a couru pour le prendre. On s’est assis tous les deux vers les places du fond, on papotait et on riait. C’est à l’arrêt Gambetta que j’ai aperçu une silhouette qui ressemblait à celle de mon frère. Il avait l’air de courir pour essayer de rattraper le bus. Mais Ryan m’a dit qu’il fallait que j’arrête de m’inquiéter pour rien. »

Du rythme, des images, des détails : l’art du roman tel que Tanguy Viel le pratique suppose d’embrasser, en une globalité, des éléments si hétérogènes qu’ils donnent à voir une copie du monde extérieur, une mimesis qui sache, dans le même mouvement s’absenter : tension entre une pratique de la représentation assez poussée pour nous faire voir (entendre, sentir) en même temps que de se faire oublier pour nous emporter, bouleverser, renverser littéralement (équilibre dans la tension dont Paris-Brestétait un magnifique exemple).

Ce jour-là est, littéralement, le cadre temporel de ce roman collectif, impulsé puis monté et orchestré par Tanguy Viel, écrit par les lycéens de Clichy-sous-Bois  : une journée passe, narrée par de multiples voix. Ce chœur est celui d’habitants de cette ville de banlieue dont le nom, seul, depuis 2005 et les événements tragiques qui s’y déroulèrent, charrie en nous son lot d’images forcément incomplètes, réductrices. Immense défi que de se prêter à ce jeu-là en collectif, celui de la conception d’une intrigue via les matériaux texte produits par les lycéens : Tanguy Viel, écrivain, est ici, de par ses exigences littéraires & romanesques, nécessairement posé à une place qui s’apparente à celle du cinéaste : à la fois monteur, directeur de la photographie (ainsi, le merveilleux apport au récit que constituent ces inserts contemplatifs, descriptions du jeu des marées, de la mer, des ciels normands) et producteur.

De ce jour-là, ce qui nous présenté, global, hétérogène, c’est la vie, c’est la ville – les deux observées au plus près  : s’y jouent des drames et de ces faits qu’on dit divers, cruels éclats dans la masse inerte du quotidien partagé. Les récits efficacement articulés produisent un machine narrative qui marche. Et les multiples points de vue du récit, subtilement tressés, jouent collectif, se mêlent, pour rendre une sorte de conscience globale, un point de vue circulant.

«  Donner forme à la ville ne participe pas tant d’une logique d’enracinement que d’une logique d’entrelacement, comme s’il s’agissait de rétablir un équilibre, en ouvrant un horizon, là où la verticalité des grands ensembles, semble obstruer durablement la perspective, pour donner à voir l’identité d’un lieu et des personnes qui le traversent, s’y croisent et l’habitent.  »,

écrit Viviane Vicente sur remue.net à propos de ce travail de longue haleine, pour lequel Viel s’est rendu hebdomadairement, une année durant, dans cette ville à lui inconnue. Il a fallu user de tout son art romanesque pour permettre à l’ensemble d’émerger, puis lui donner une forme tenue – tension entre les deux places, d’éveilleur et de producteur, comme en écho à cette tension entre récit et poiesis évoquée ci-dessus)

«  Fort de ce cadre narratif, il devenait soudain possible d’ausculter la ville ou d’en prendre un peu le pouls, en tout cas la perception par sa jeunesse, d’où elle vient, ce dont elle rêve.  »

Au résultat, au bout de l’exigence si composite et spécifique qui présida à ce travail de longue haleine, un livre à mettre entre toutes les mains, qui dépasse les objectifs assignés et rencontre un bel écho médiatique, dont on se réjouit.

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Ce jour-là (éditions joca seria, 2012), ISBN 978-2-84809-209-6 / Voir aussi la rubrique consacrée à cette résidence sur remue.net

Trente-huit | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Accueillir

blog-2012-12-15

Ces derniers mois & ceux à venir, récurrence d’interventions en binôme avec Yann Dissez, modules de formation (comme cette série avec le CRL Pays de La Loire) ou format conférence (improvisation sur un synopsis co-écrit, distribution ouverte des rôles) à destination des médiateurs ; laissant la main à Yann, bien plus expert en cette partie, sur la question cruciale (oui, il faut, oui oui, payer l’écrivain il le faut, répétons et répéterons-nous à l’envi) & complexe des principes & modes de rémunération des auteurs. Ces prises de parole et mises en situation nous sont essentielles (ce que nous nouons de confiance, ce qui se confirme des affinités pressenties des années avant, Yann alors au Triangle, moi à la Maison Gueffier, avec Cathie Barreau, ne fait qu’en amplifier la nécessité) : c’est une reprise de ce que nous avons chacun élaboré, au fil des ans, de façon non pas concertée mais participative, empirique ; reprise dotée d’une part d’élucidation, via ce retour sur expérience, mis en partage. Affirmation de l’Éducation populaire : notre posture (debout, assis, variable) n’est pas celle de l’expert pérorant d’un jargon lointain, elle n’est pas de surplomb, elle se veut horizontale, s’organisant pour tendre au mieux à cette horizontalité. Nous écoutons, aussi, beaucoup, ce qu’ont à nous dire ces gens venus nous écouter. Notre parole, nos récits, répondent (pour partie) aux leurs, se construisent en écho. Leurs représentations, plus ou moins justes ou erronées, de ce que c’est, ce travail, de l’auteur, et de ce que peut être ce travail de travailler avec l’auteur, nous les accueillons. Nous les accueillons comme j’accueille, en atelier d’écriture, les formes et manières et représentations les plus absolument opposées aux miennes, car de leur mise en dialogue dépend la possibilité que quelque chose advienne. Quelque chose comme un mouvement, réitéré, réinventé.

Accueillir, donc.
& partant, accueillir un auteur : accueil qui n’est rien d’exotique, rien d’adopter un orignal ni déclamer un hommage en klingon. Accueillir comme on accueille quelqu’un, homme femme, jeune vieux, riche pauvre, une personne rien que ça, n’importe qui en somme, mais – sans tapis rouge, sans mille courbettes, mais – poliment. Accueillir comme on accueillerait toute autre personne mais – une personne dont on sait, pour en avoir lus (oui, lus, en entier oui), qu’elle écrit, a écrit, écrira des textes, livres, formes mixtes.
& l’accueillir pour quelque chose (une rencontre, une lecture, un échange) dont on sera l’auteur (voire le co-auteur).

Dont on sera l’auteur(e) ? Oui. Ceci n’est pas une confusion, une fumerie démagogique. Vous serez auteur, affirmons-nous.
Auteur est transitif, quand écrivain ne l’est pas. Nous reprécisons bien, à ce moment : vous n’êtes pas l’écrivain. Vous êtes un lecteur des livres de l’auteur par vous invité, mais : vous serez, l’invitant, vous-même auteur(e) de quelque chose : auteur d’un moment (de parole, de lecture, de sens, d’échange, de vie) à inventer, moment auquel l’auteur invité sera convié, duquel il sera un point de convergence, une ou la source.
Répétons : Auteur, lui, est transitif, quand écrivain ne l’est pas : L’auteur est avant tout auteur de quelque chose (qu’il faudra, répétons-nous, avoir lu : que vaudrait sinon d’inviter cet auteur-là et pas mille autres, ainsi qu’ils font dans les festiveaux maximalistes : 300 auteurs, du vin, des attractions et dégustation de productions locales).

D’où l’importance, dans ces moments de formation coopérative, de l’écriture, du faire-écrire. Car sans elle, nulle énonciation de soi (dans un espace, un temps, un environnement) n’émerge vraiment. Or l’énonciation susdite est un socle : pour inviter, puis accueillir. (impliquant : reconnaître, saluer, présenter, accompagner, héberger, payer, remercier, toutes actions accompagnées de signes, dont nombre seront écrits).
Vous : écrirez : pour. Répétons-nous.
Vous serez l’auteur de ce moment-là, de cette rencontre souhaitée entre le texte & ses lecteurs, entre l’auteur du texte & ses lecteurs, voire, favorisant ce passage-là, entre l’auteur & des parts immergées de son travail. Il n’y a pas de confusion, il n’y a qu’une nécessaire énonciation (comment sinon, rester à sa « bonne place », si on ne l’a jaugée), il n’y a qu’à inventer.

Pour accueillir,

il y a à inventer.

Il y a à écrire.

Du mouvement dans une ligne de mots (à propos d’Arno Calleja)

(Texte lu lors de la lecture de Arno Calleja au Pannonica, jeudi 12 décembre 2012, à Nantes.)

(à paraître dans Gare maritime 2013, en juin 2013)

Du mouvement dans une ligne de mots

Arno Calleja

est de Marseille est né en 1975 est auteur de nombreux textes en revue et en livres et en blog est en résidence cet automne à La Maison Gueffier à La Roche-sur-Yon est accueilli par Christophe François qui en dit que :

« le lire c’est comme plonger la tête dans son propre corps pour l’entendre.»

Arno Calleja

donnera lecture ici même ce soir d’extraits de son livre intitulé La Performance

Arno Calleja,

de lui ont paru trois livres courts, en six années, Criture chez Inventaire-Invention, à la bétonnière au Quartanier, La Performance chez Joca Seria, collection extraction. Et puis son site, intitulé Jectile.

Arno Calleja, par lui passe et sort et se jette, aussi, beaucoup d’écriture incarnée, de parole portée, sur scène ou ailleurs, il se livre à la langue agitée à haute voix, secoue son texte dans l’air et laisse venir, chimiste amusé, puis s’emporte :

« je ne m’arrête pas sur ce que je dis et l’enfant dit les choses et il glisse à la salive et le sens roule le sens est ce qui ne s’arrête jamais et le sens de ce qui est dit roule aux glaviots dans la bétonnière et c’est maintenant qu’on commence dans le sens où on dit les choses on dit les choses pour que légen se rendent compte du sens boulé on est boulé aux roulis réguliers dans la bétonnière et on dit les choses cul par dessus soi (…) » (à la bétonnière)

Arno Calleja son premier livre est intitulé Criture, Criture comme ça sans é à l’initiale, le é disparu mangé par quelque chose qu’on ne sait pas bien nommer, mais qui tient de l’appétit. Le livre Criture je l’ai longtemps eu acheté, simplement acheté parce qu’il me fallait l’avoir à vue au cas où en cas de, enfin, sait-on jamais pourquoi certains livres on se les procure sans attendre pour sitôt eus, se les garder et : attendre.

Longtemps je l’ai eu à vue avant que d’enfin le lire, le titre déjà disait coupait, lui-même littéralement coupé : Criture et son é absent me faisait penser, en miroir, à la Lang de Fred Griot, langue privée de son e final. Sans doute n’y avait-il pas de rapport, dans cette symétrique assignation d’un territoire textuel, par élision d’un signe majoritaire et classé (en début, en fin), de concertation il n’y avait certainement pas mais, de rapport en fait, j’en vois – plutôt j’entends un rapport se faire : quelque chose de l’ordre de l’appétit oui, une manière pour le texte de faire corps oui. Peut-être la même quête d’un arrière-pays intérieur, d’un parcours au-dedans d’un soi encombré, entravé, d’un soi si encombré d’un vrac d’organes et de mots et de souvenirs; peut-être une manière en taillant coupant tranchant, de dégager la voie, de tailler la route vers une incarnation désirée quand même on la sait impossible : on ne fera pas vraiment corps avec son texte non, mais tentera d’aller vers et en route de produire ce complexe alliage son & sens, ce tournoiement qui énonce, qui parle (qui Paparle, pour le citer), qui se perd croit-on mais pas du tout, en fait, qui parvient s’énonçant à déplacer quelque chose. De nous, en nous.

« la phrase n’attend pas le sens elle se fait et c’est le commencement dit l’enfant et le commencement se donne mais ensuite le commencement il faut le faire et je sais quoi faire dit l’enfant je sais très bien quoi faire c’est les phrases je sais que c’est les phrases que je dois faire et je sais pas comment les faire ni je ne sais pour qui faire les phrases ni ne sais pourquoi les faire ni ne sais dans quel état les faire les phrases mais bon je sais que c’est les phrases qu’il me faut faire et c’est une ligne de mots dit l’enfant c’est du mouvement dans une ligne de mots voilà » (à la bétonnière)

Arno Calleja c’est drôle autant des fois, c’est drôle ça fait l’enfant c’est drôle puisque ça joue des mots en posture périlleuse, il est question par exemple de bras cassés et de couilles brassées, bref, c’est drôle au sens où ça ne joue pas les tragiques, ça ne prend pas de pose, ça voudrait que ça ne pourrait pas : ça va trop vite, la photo serait floue. Et puis ça fait l’enfant oui, c’est à dire : que la peur, l’angoisse sont ici aussi à l’échelle enfant, peur & angoisse immenses, vives.

Arno Calleja a fait trois livres, ils ont trois titres, un chacun : Criture / à la bétonnière / La Performance, énoncés à la file ils pourraient constituer programme, et s’ils étaient un programme, bétonnière alors pourrait étonner, en lieu et en place duquel on aurait imaginé un Paparle qui programmerait clair, cohérent, sauf que non : bétonnière, quoi. Mais la bétonnière fait un nœud, on croit la retrouver plus tard dans La performance, muée en centrifugeuse :

« Moi aussi j’ai peut-être parfois une centrifugeuse dans les couilles mais c’est quand même souvent dans le discours que tourne une centrifugeuse, une centrifugeuse folle au point de ne pouvoir faire tenir aucun mot dans la phrase, non. »

Bétonnière fait un nœud, entre les mots et la mort, entre bruit et silence, entre désir et absence, et Calleja en produit nombre, des nœuds, c’est son affaire, nœuds et boucles, spirales & cuts, livrés en bloc (la lecture par le site sera ici vivement conseillée, tant le bloc de texte déroulé vertical sied à cet enroulement, ce flux de crépitements innombrables).

Arno Calleja sa Criture tronque et troue et bourre d’un kapok taché de fluides, elle crépite, oui, elle ne tient pas en place. C’est vivant là-dedans, ça grouille, vivant ces mots comme le sont on le sait tous les épouvantails des contes, et comme certains d’entre eux, ça danse. Je danse, n’importe quoi mais vite et vif, je danse de traviole pour voir, voir de travers, voir à travers :

« Il y a toujours un revers à toute chose parce que la représentation que l’on a de toute chose a toujours un revers. La représentation d’une chose, en tant qu’elle est la représentation de la majorité des personnes, a toujours un revers, et elle est toujours fausse, c’est le revers qui est toujours vrai en définitive.

C’est le côté biaisé de la représentation, que personne ne perçoit, qui est toujours vrai. Et c’est sur ce côté biaisé, que personne ne perçoit, que se passe vraiment la chose en fait, que se passe l’évènement de la chose. » (La performance)

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Arno Calleja a notamment publié : Criture, éditions Inventaire/Invention, 2006 / À la bétonnière, éditions Le Quartanier, 2007, ISBN 978-2-923400-18-1 / La Performance, Joca Seria, 2012 (112 pages, ISBN 9782848091921).

Arno Calleja à La Maison de la Poésie de Nantes, Jeudi 13 décembre / 19h30

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Arno Calleja
Lecture-rencontre présentée par Guénaël Boutouillet, matériau composite de son état.

suivie d’un entretien entre Arno Calleja & Christophe François (Le Grand R, La Roche-sur-Yon, où Arno Calleja était en résidence cet automne).

En pleine lecture préalable à l’écriture de ce texte de présentation, je ne puis ajouter grand chose à cet instant – mais publierai ce dit texte ici même dès sa publication sur scène au Pannonica, jeudi 13.

Ci-dessous la présentation sur le site de la Maison de la Poésie.

Arno Calleja est né en 1975 et vit à Marseille. Après des études de philosophie, il collabore à de nombreuses revues dont Action Poétique, CCP, Hypercourt, If, ou Poésie Critique. Il participe régulièrement à des lectures publiques et performances. Il a notamment publié La Performance aux éditions Joca Seria dans la collection Extraction en 2012. « Dans La Performance, il y a des quantités et des qualités sans commune mesure, en vérité rien de commun avec le vulgaire mais rien non plus qui soit au-dessus ni même à côté ou un peu plus loin. Il n’y a vraiment rien de fumeux ni de fumant, ni calorifique ni calorifère, il y a du carcinogène et de l’oncologique, oncques il n’y a de petit enfant différent de l’adulte. » Noémie Lefebvre, Mediapart.
Pour cette lecture à Nantes, il présente des extraits de ses différents livres ainsi que ceux écrits lors de sa toute récente résidence à la Maison Gueffier (La Roche-sur-Yon). Lors d’un entretien avec Christophe François, responsable du centre de ressources Littérature & Écriture (Maison Gueffier) au Grand R à La Roche-sur-Yon, il évoque son expérience d’écriture en résidence.
Arno Calleja publie ses textes sur son blog depuis 2008 : http://jectile.blogspot.fr

Littérature(s) en ligne : le web comme bibliothèque, salon littéraire et atelier d’artiste (conférences en région Centre), mardi 11/12, Issoudun

Conférence le matin et atelier d’écriture numérique l’après-midi

Troisième et dernière conférence-atelier

Mardi 11 décembre 2012  de 10h à 17h au Centre des Congrès “Champs Élysées” – ISSOUDUN (36) – Inscription en ligne

Sessions précédentes :

Jeudi 25 octobre 2012 de 10h à 16h30 à la médiathèque de Saint-Jean-de-la-Ruelle (45)

Jeudi 22 novembre 2012 à la médiathèque d’Amboise

Médiathèque Aimé-Césaire – 17 rue du Clos des Gardes – 37400 Amboise

Une conférence le matin :

Littérature(s) en ligne : le web comme bibliothèque, salon littéraire et atelier d’artiste

 Panorama de ressources littéraires en ligne, visite attentive de grands sites ressource, de création et de critique.

Étude des réseaux de sociabilité littéraire et de leur fonctionnement, à travers des exemples de création littéraire en ligne et de sites d’auteurs de référence.

Ce sera une promenade à laquelle nous nous livrerons le matin, une promenade en réticularité, c’est-à-dire que nous déplierons le paysage arpenté comme une carte, et que cette carte sera en trois dimensions.

Le web comme bibliothèque – Poezibao, remue.net, L’anagnoste… : Nous partirons de sites ressources, collectifs ou individuels, constituant des repères essentiels : revues littéraires, de création et de critique, alternatives sérieuses et de grande qualité éditoriale, au conformisme des médias généralistes et culturels.

Le web comme salon littéraire – Promenade en réalité augmentée : cliquant des liens, nous étudierons des cas précis, pour constater : que ce travail, de critique, de ressource, de création, s’organise collectivement ; que les collectifs considérés (qu’ils soient plus ou moins larges, plus ou moins ouverts) constituent des constellations d’auteurs. Et que, dans un mouvement pendulaire, les identités littéraires et numériques de ces auteurs se renforcent, se solidifient, dans et par ces entreprises en partenariat.

Le web comme atelier d’artiste – Des écrivains, donc : en un dernier mouvement nous ouvrirons des sites d’auteur, comme on ouvre un volume d’intégrale, incluant correspondances, journal de bord, œuvre critique, brouillons, et verrons en quoi Internet, en ses formes variées, constitue un endroit adaptable à chaque œuvre, et, au sein de chaque œuvre, à chaque projet, embryonnaire, naissant, en jachère…

Nous découvrirons comme, parfois, le chemin vers des formes neuves s’invente là : entre sites et réseaux sociaux : dans la solitude des ateliers de bricoleurs que sont nos interfaces d’administration, et dans la prolixité, bruyante, de la société de conversation qu’est le réseau.

Après-midi : atelier d’écriture numérique

Que Lire d’un livre, qu’écrire de ce Lire ?

Se documenter, et documenter en retour. Venez avec un livre. Nous tenterons, ensemble, d’en écrire quelque chose qui soit : documenté, tissé du Monde, du réseau, et des autres ; et qui soit en même temps : de vous, pleinement personnel (et verrons comme c’est, sans doute, indissociable).

Cette journée se déroule dans le cadre des rencontres mensuelles livreaucentre.fr . La conférence sera ensuite suivie de 13h30 à 16h30, d’un atelier d’écriture numérique animé également par moi. Ces journées sont gratuites et ouvertes à tous.

(image GB d’après Mappemonde à l’usage du Roy. 1720. Bibliothèque Nationale libre de droits)

Oliver Rohe, Châteaubriant, mardi 4 décembre, 20h30

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C’est écrit dans le journal, le Ouest-France, oui :

« L’écrivain Oliver Rohe sera présent à la médiathèque intercommunale de Châteaubriant mardi 4 décembre. Né en 1972, Olivier Rohe vit entre Berlin et Paris. Membre fondateur de la revue Inculte, il est l’auteur de quatre romans : Défaut d’origine, Terrain vague (Allia), Un peuple en petit (Gallimard) et Ma dernière création est un piège à taupes (Ed. Inculte) sur l’inventeur de la « kalachnikov ».« 

Et pour une fois, faisons confiance aux PQR – tout indique qu’il sera bien là, Oliver Rohe, à qui je poserai questions, demain soir, à l’invitation de Marie Chartres, à la Médiathèque de Châteaubriant. L’occasion de creuser encore (comme j’avais eu la chance de le faire aux cafés littéraires de Montelimar, en octobre) cette biographie en trompe l’œil, Ma dernière création est un piège à taupes (Ed. Inculte), un livre qui donne bien plus que son pitch (déjà alléchant) pourrait laisser imaginer.

L’occasion, à l’aune de ces surprises et contours-là, formels et diégétiques (qui offrent, par exemple, aux chapitres géopolitiques du livre une phrase des plus amples, romanesques), de questionner le geste et sa nécessité, cette nécessité-là d’écriture, qui fait que le rapport au monde (au monde en ses brisures, monde brutal, violent, guerrier, souvent) tel que nous le monte Rohe, ne se conçoit pas sans un renouvellement formel. Incessant, déroutant, aiguillonnant.

L’occasion de relire une nouvelle fois ce si troublant Peuple en petit, et quand même certainement, pour la route, de dire ne serait-ce que quelques mots d’hommage aux abeilles, parce que.

En résumé : venez.