Trente-huit | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Accueillir

blog-2012-12-15

Ces derniers mois & ceux à venir, récurrence d’interventions en binôme avec Yann Dissez, modules de formation (comme cette série avec le CRL Pays de La Loire) ou format conférence (improvisation sur un synopsis co-écrit, distribution ouverte des rôles) à destination des médiateurs ; laissant la main à Yann, bien plus expert en cette partie, sur la question cruciale (oui, il faut, oui oui, payer l’écrivain il le faut, répétons et répéterons-nous à l’envi) & complexe des principes & modes de rémunération des auteurs. Ces prises de parole et mises en situation nous sont essentielles (ce que nous nouons de confiance, ce qui se confirme des affinités pressenties des années avant, Yann alors au Triangle, moi à la Maison Gueffier, avec Cathie Barreau, ne fait qu’en amplifier la nécessité) : c’est une reprise de ce que nous avons chacun élaboré, au fil des ans, de façon non pas concertée mais participative, empirique ; reprise dotée d’une part d’élucidation, via ce retour sur expérience, mis en partage. Affirmation de l’Éducation populaire : notre posture (debout, assis, variable) n’est pas celle de l’expert pérorant d’un jargon lointain, elle n’est pas de surplomb, elle se veut horizontale, s’organisant pour tendre au mieux à cette horizontalité. Nous écoutons, aussi, beaucoup, ce qu’ont à nous dire ces gens venus nous écouter. Notre parole, nos récits, répondent (pour partie) aux leurs, se construisent en écho. Leurs représentations, plus ou moins justes ou erronées, de ce que c’est, ce travail, de l’auteur, et de ce que peut être ce travail de travailler avec l’auteur, nous les accueillons. Nous les accueillons comme j’accueille, en atelier d’écriture, les formes et manières et représentations les plus absolument opposées aux miennes, car de leur mise en dialogue dépend la possibilité que quelque chose advienne. Quelque chose comme un mouvement, réitéré, réinventé.

Accueillir, donc.
& partant, accueillir un auteur : accueil qui n’est rien d’exotique, rien d’adopter un orignal ni déclamer un hommage en klingon. Accueillir comme on accueille quelqu’un, homme femme, jeune vieux, riche pauvre, une personne rien que ça, n’importe qui en somme, mais – sans tapis rouge, sans mille courbettes, mais – poliment. Accueillir comme on accueillerait toute autre personne mais – une personne dont on sait, pour en avoir lus (oui, lus, en entier oui), qu’elle écrit, a écrit, écrira des textes, livres, formes mixtes.
& l’accueillir pour quelque chose (une rencontre, une lecture, un échange) dont on sera l’auteur (voire le co-auteur).

Dont on sera l’auteur(e) ? Oui. Ceci n’est pas une confusion, une fumerie démagogique. Vous serez auteur, affirmons-nous.
Auteur est transitif, quand écrivain ne l’est pas. Nous reprécisons bien, à ce moment : vous n’êtes pas l’écrivain. Vous êtes un lecteur des livres de l’auteur par vous invité, mais : vous serez, l’invitant, vous-même auteur(e) de quelque chose : auteur d’un moment (de parole, de lecture, de sens, d’échange, de vie) à inventer, moment auquel l’auteur invité sera convié, duquel il sera un point de convergence, une ou la source.
Répétons : Auteur, lui, est transitif, quand écrivain ne l’est pas : L’auteur est avant tout auteur de quelque chose (qu’il faudra, répétons-nous, avoir lu : que vaudrait sinon d’inviter cet auteur-là et pas mille autres, ainsi qu’ils font dans les festiveaux maximalistes : 300 auteurs, du vin, des attractions et dégustation de productions locales).

D’où l’importance, dans ces moments de formation coopérative, de l’écriture, du faire-écrire. Car sans elle, nulle énonciation de soi (dans un espace, un temps, un environnement) n’émerge vraiment. Or l’énonciation susdite est un socle : pour inviter, puis accueillir. (impliquant : reconnaître, saluer, présenter, accompagner, héberger, payer, remercier, toutes actions accompagnées de signes, dont nombre seront écrits).
Vous : écrirez : pour. Répétons-nous.
Vous serez l’auteur de ce moment-là, de cette rencontre souhaitée entre le texte & ses lecteurs, entre l’auteur du texte & ses lecteurs, voire, favorisant ce passage-là, entre l’auteur & des parts immergées de son travail. Il n’y a pas de confusion, il n’y a qu’une nécessaire énonciation (comment sinon, rester à sa « bonne place », si on ne l’a jaugée), il n’y a qu’à inventer.

Pour accueillir,

il y a à inventer.

Il y a à écrire.

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2 réponses à “Trente-huit | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Accueillir

  1. T intéressant sur l’autorité. Signer un acte, signer une rencontre, on comprend ce que ça implique: la concevoir et la porter, donner de soi, inventer sa façon.

  2. Pingback: Le réel est mon ennemi, mais je vis avec lui tous les jours | (Martin Page, Manuel d’écriture et de survie, éditions du Seuil, 2014) | Matériau composite

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