Archives mensuelles : janvier 2013

Tout m’est permis, épisode #3

(Lire l’épisode 2.2)   (Reprendre au début)

drive3

6 heures et suite, par froide matinée d’hiver.

C’est lundi je me lève je ne travaille pas. Ce lundi je ne travaille pas je me lève. Ce lundi dès 6 heures je me lève je ne travaille pas, je me lève car je dois. J’attends depuis longtemps je dois. Je me lève je ne me recouche pas, le lundi c’est comme ça, j’attends longtemps puis me lève (mon attente se lève), puis me déplace (mon attente, déplace), de quelques mètres. Puis me pose – glisser déposer mon attente, quelques mètres, eux pièces, plus loin. J’attends comme j’attendais – de me lever j’attendais, je l’attendais comme on attend le sommeil lointain. Levé assis je continue, j’attends.

Levé assis, six heures et cinq minutes un jour chômé je me demande. Je me lève d’attente, depuis de longs moments j’attends. Levé dès l’aube ce lundi j’attends que sais-je, que lundi soit, j’attends qu’il vienne. Il fallait aller aux toilettes, où il fait froid – l’hiver dans cet appartement domine, et les toilettes lui sont royaume. Je devais venir  j’en avais envie, ce mot si souvent pour un autre, comme un doigt d’enfant timidement levé dit j’ai envie, il le fallait. Il est six heures et huit minutes, ma montre est belle c’est vrai me dis-je, le cadran tourne l’aiguille est fixe, je la regarde encore, je me lève – non. Mon assise me regagne. Et sous la lumière du néon ça reprend, ce qui s’appelle envie, à tort, ce qui s’appelle besoin, à tort, reprend. Et sous le néon je me vide, laborieusement, je me vide mais plus ou moins, je me vide approximativement.  Mon corps et mon transit hésitent, l’information les concernant fluctue, je récapitule sans effet, mangé quoi qui hier au soir, des légumes de la viande des liquides, trop ou pas assez de fibres, toute hypothèse valable, l’information s’en va venant.

Et je sais bien que rien n’y change, que c’est souvent, les lundis, ces levers si matinaux, c’est si souvent l’ennui gastrique, l’affaire dure pour laquelle j’ai déjà accusé les légumes, les lipides, les liquides, la fiesta, les tapas, le café, les alcools forts ou faibles, la fatigue, fatigue passagère ou bien de fond ou bien virale ou microbienne, nos week-ends pauvres en sommeil, cette écume de vie étudiante qui sied mal aux corps vieillissants – mais non ma montre belle c’est vrai me le dit j’ai trente ans, pas même encore vieillissant, tout au plus attendant – de vieillir, de grossir, s’amollir, s’alourdir, se détendre se plisser – notre corps levé pour feindre, pour feindre l’encore jeunesse, feindre de n’être pas assis d’attente.

Mon affaire affligeante, son information fluctuante. Rien ne vient vraiment, rien ne cesse pour autant. En aurai-je enfin, quand, fini, de mon affaire accaparante, qui n’est nulle besoin nulle envie, qui n’est qu’une charge, irai-je aller me recoucher alors, aurai-je le temps de dormir encore alors, envie serait impropre, de besoin il y a, oui, retrouver le sommeil laissé, le retrouver avant d’à nouveau le quitter, quand il est quoi six heures quatorze ma montre est nette, d’où appert qu’il sera bientôt sept, ce qui ne laisse le temps de rien, d’aucun sommeil authentifié, de l’artefact, du trois fois rien.

Autant demeurer dans l’étreinte de l’attente, dans l’information flottante et puis,

Et puis je ne suis pas certain même d’en avoir fini, mon embarras gastrique m’attend je le sais, qui sitôt remis dans la tiédeur des draps se réveillera. Affalé dans ma confusion j’attends.

Six-heure vingt-six, la route est longue jusqu’à sept heures, lundi alors naîtra, me dis-je. Lundi naîtra long dans l’attente. Trouverai-je un calme, vivrai-je un repos rien n’est moins sûr, quant à mon indéfinie purge en vient-elle à son terme, je ne sais, en cette heure assise, problématique, en cet endroit-là, une chose seule me semble sûre : ma leçon de conduite est à neuf heures.

publie.net & publiepapier, une histoire de complémentarité

publiepapiercarre

(Reprise d’un article initialement paru sur livre au centre en août 2012) |

Rappel – remue.net organise ce vendredi 24 janvier, au Centre Cerise, à Paris, cette rencontre : Rencontre remue vendredi 25 janvier 2013 | « L’édition numérique comment ça marche » avec publie.net

Depuis la fin du mois d’août 2012, vous pouvez acquérir certains titres du catalogue publie.net en version imprimée, par le biais de votre libraire ou des boutiques de vente en ligne. Une cinquantaine de titres sont ainsi d’ores et déjà disponibles, en version différenciée, rééditorialisés puisque réédités (c’est ainsi le cas pour Daniel Bourrion, dont plusieurs des courts récits de mémoire (Langue, Litanie, La petite fille à la robe claire et 19 francs) sont compilés en un volume de Légendes.) La liste des premiers parus est éloquente : Didier Daeninckx, André Markowicz, Laurent Grisel, Claude Ponti, Cathie Barreau, Dominique Dussidour, Jean-Michel Maulpoix, Antoine Emaz, Marie Cosnay, Regine Detambel…) Vous pouvez en consulter le catalogue ici, c’est sur publiepapier.fr.

Cette nouvelle possibilité d’accès ne signe nullement un arrêt de l’édition en numérique, mais sa continuité, voire sa revitalisation. Quelques explications :

Publie.net, un laboratoire éditorial coopératif

La maison d’édition publie.net s’est formée en 2007 autour de François Bon, en parfaite continuité de son travail de défrichage des écritures contemporaines sur le web (fondateur de remue.net dès 1997, de Tierslivre.net depuis 2005). Elle est animée, avec et autour de lui, par un collectif d’auteurs (dont Fred Griot, Daniel Bourrion, Christine Jeanney, Pierre Ménard). Publie.net a toujours proposé des services évolutifs, dans ce secteur en friche et évolution rapide qu’est celui du livre numérique. Un long chemin, déjà, semble séparer les premiers pdf (émanant d’auteurs illustres autant que de parfaits inconnus, dans une alliance de collégialité et qualité rare), aux fichiers epubs multimedia comme la revue expérimentale et poétique D’ici là ou l’objet plastique que constitue Le Jeu continue après ta mort, de Jean-Daniel Magnin) – mais l’esprit n’a pas changé : publie.net publie des classiques, de grands contemporains reconnus, et beaucoup de voix neuves, inédites. La petite maison d’esprits curieux a toujours opéré sans calculs de rentabilité immédiate mais dans l’espoir de permettre & découvrir (et de permettre de découvrir) une constellation de textes et d’auteurs contemporains, littéraires, sans concessions.

Le projet numérique publie.net s’est doté au fil du temps de collections spécifiques : classiques, polar, SF, sciences sociales, Humanités numériques (la très recommandée Washing Machine de Hubert Guillaud), s’est donc lancé en 2012 dans ce qui sembla être une nouvelle folie : celle de l’impression à la demande (print on demand, ou POD, en anglais dans le texte).

De ce qui est tout sauf un retour en arrière, une mise en conformité aux canons du commerce du livre, François Bon s’est expliqué à plusieurs reprises, et encore pour ce lancement dans un article passionnant : la formule papier+epub et pourquoi on y croit.

L’édition pensée en bibliothécaire

Si les ventes en numérique, de fichiers, ont peu à peu progressé, doublant chaque année en volume depuis 2010, grâce aux petits prix pratiqués, mais aussi quand une masse critique de titres (notamment de classiques : de Kafka retraduit par Laurent Margantin à Baudelaire ou Rimbaud ) s’est trouvée disponible ; sa simple survie, puis son développement régulier, publie.net les doit aussi aux abonnements de bibliothèques. En effet, Publie.net offre l’accès à un catalogue ; la logique de service, d’abonnement est un de ses fondements, laquelle est, par nature « bibliothéco-compatible » : cette façon d’accéder au texte, à la littérature, qu’a bouleversé le web, c’est une pensée en ressources, en catalogue, plutôt qu’en titres isolés. Citons François Bon dans l’article sus-évoqué :

« Tout est parti des bibliothèques. Nous sommes redevables aux quelques dizaines d’établissements qui nous font l’honneur d’un abonnement, on ne se serait jamais développé sans cette confiance. Mais le taux de consultation de nos textes reste bas, au regard de leur investissement – la médiation pour les ressources numériques est aussi indispensable qu’elle l’est pour le livre papier. Mais pour le papier ils savent drôlement bien faire : expos, tables… Le déclic est venu pour moi de constater qu’à Rennes ou Poitiers ils avaient fabriqué de faux livres (un bout de polystyrène, et notre couv imprimée collée dessus) pour faire le lien entre les tables thématiques et les ressources numériques. »

Cette nécessité de matérialité, pour la médiation, la transmission, le passage, fait partie du travail de bibliothécaire (mais c’est aussi une des raisons pour lesquelles on va chez le libraire, un passage de main en main, voir et recevoir). Les bibliothèques, lieux de vie, ne peuvent faire l’impasse de cette pensée de la transmission, de l’alliage nécessaire des services, physiques et numériques, c’est aussi ce qu’expliquait Lionel Dujol, responsable des services numériques et de la médiation numérique des collections pour le réseau des Médiathèques du Pays de Romans, dans cet entretien (audio + texte) qu’il nous avait accordé à Livre au Centre début 2012 :

« Rester “dans les nuages”c’est forcément empêcher des usagers de profiter de ce travail de médiation. La médiation des collections est globale et doit se décliner sur des supports tangibles. La médiation est donc organisée en un écosystème informationnel dans lequel chaque contenu se ré-impacte sur tous les supports. La médiation dans le lieu physique doit exister dans l’espace numérique de la bibliothèque et vice et versa. »

Cette complémentarité-là, entre les supports et dans la façon de les donner à découvrir, c’est aussi elle qui fonde la différence et la nouveauté fondamentale de publie.papier : pour l’achat d’un livre imprimé, vous aurez accès à son fichier numérique :

« On réfléchissait donc à tout ça un peu à la fois quand cela nous est apparu d’évidence : ce que nous proposons, dans la vente d’un livre imprimé, c’est aussi ce que le numérique nous a appris de la notion de service. Nos livres imprimés incluront systématiquement un code d’accès à la version numérique (epub, mobi pour Kindle, streaming pour consultation en ligne). »

« (…) c’est bien d’un déplacement de concept qu’il s’agit : la mise à disposition du texte par l’objet ne vous prive pas du service que la technologie apporte au vieux verbe lire – recherche plein texte, bibliothèque numérique, liberté de prolonger la lecture sur l’ensemble de vos supports, téléphone compris. Et les usages changent : on partage les livres papier, faisons pareil avec le numérique, offrez un publie.papier à quelqu’un, mais dites-lui de vous donner le code, on ne s’en portera pas plus mal si vous êtes deux à lire…. »

Le risque de la lecture

Cette prise de risque, qui paraîtra un pari insensé aux frileux, est en fait un pari logique, pour une coopérative qui s’est toujours opposé aux DRM, qui s’est toujours impliquée, généreusement, dans des combats pour une libre/meilleure circulation des textes littéraires, dans un contexte de tension mais aussi d’expansion, dans ce moment crucial, dans cet « âge de l’accès » (Jeremy Rifkin), où ce qui se joue, c’est tout simplement la possibilité dans un avenir proche d’accéder à la littérature. Renversant certains préjugés entretenus à tort, nous citerons, avec François Bon, cet adage de Daniel Bourrion : « Tout ce qu’on risque, c’est d’être lu. »

Et avec eux, ne pouvons que vous encourager à tenter l’expérience : qu’elle soit sur écran, sur papier, la littérature contemporaine est vivante, vaut la peine de la découverte. Après tout, selon la formule judicieusement réversible de Daniel Bourrion : Tout ce que vous risquez, c’est de lire.

Ci-dessous, notes explicatives de détail (ici résumées), sur la façon de procéder, de commander, etc, par François Bon lui-même dans l’article sus-cité.

Comment procéder, et compléments pour les auteurs et les libraires

- La commande s’effectue auprès du libraire. Les titres sont répertoriés par Hachette Livre chez Dilicom, et sont donc accessibles via l’ensemble des libraires, petits ou gros, en France ou à l’étranger. La commande transmise, le livre est imprimé dès le lendemain matin et expédié au libraire en retour. Bien sûr cela vaut aussi pour les grands sites de vente en ligne, libraires indépendants ou grandes plateformes (Fnac, Amazon). Et bien sûr, dès notre site vous disposez de liens directs et suggestions libraires.
- Disponibilité immédiate chez les libraires partenaires. Deux libraires d’importance, Ombres Blanches à Toulouse et Vent d’Ouest à Nantes, chacun disposant d’un puissant site de vente en ligne, seront les premiers à disposer de l’ensemble de notre catalogue en stock physique. Dans ce cas, la commande passée chez eux vous est expédiée sans même le délai d’impression à la demande, qui ne sert qu’au renouvellement. Commande ferme ou mise à disposition.
- Remises libraires : bien sûr la même que celle pratiquée ordinairement. Seule contrainte, commande ferme, pas de retour.
- Attention, en rodage ! Les métadonnées (un grand tableau Excel avec ISBN, auteur, titre, notice, prix, format etc) sont transmises à Dilicom comme pour tout éditeur. Mais il faut un push manuel pour certains autres circuits, d’ici quelques jours les vignettes de couv seront visibles sur le site Fnac on l’espère, et surtout apparaîtront dans l’ensemble des librairies associées au réseau Tite-Live – retard cause mois d’août. Nous travaillons d’autre part avec Tite-Live/ePagine (merci Stéphane Michalon et Christophe Grossi) à ce que, pour les livres commandés via les librairies indépendantes de leur réseau (et non des moindres !), le téléchargement de la version epub puisse se faire depuis le site de la librairie elle-même.
- Amazon et la mention en rupture de stock : les livres en impression à la demande, par nature, ne comportent pas de stock. C’est réglé chez amazon.us, où l’impression à la demande est depuis longtemps dans les mœurs, mais pas sur amazon.fr, qui maintient la mention même lorsque l’ouvrage, nous le savons, a déjà été expédié au lecteur. Hachette Livre en discussion avec Amazon pour régler ce bug, mais merci de ne pas en tenir compte…
- Les bibliothèques passent par leur fournisseur habituel. Grossistes ou libraire de proximité, ils sont à même de recevoir vos commandes selon vos procédures habituelles, marché public y compris, rien que du plus banal. Téléchargement de l’epub le site publie.net, créer un compte au nom de l’établissement, puisque cela figurera sur le tatouage. Merci de mettre un coup de marqueur sur le QR code avant mise en rayon de l’ouvrage.
En l’état, 25 ouvrages sont déjà validés, une quinzaine d’autres va suivre dans les heures et jours à venir. Entrée progressive, à partir d’octobre, dans une mise à disposition simultanée des versions numériques et papier+epub.


S’arrêter sans cesser d’avancer.

Et notre génération alors ? Que faisons-nous ? Nous écrivons en une vie le nombre de lettre qu’elles s’écrivaient en un an.

Atelier numérique poieo – RETOURS.

Séances 5 et 6 de cette deuxième saison, avec un groupe resserré – elles sont 4 – mais concentré. Plaisir de passer par les travaux de deux auteurs énormément aimés, et très différents a priori, pour réfléchir durant quelques séances ce que peut apporter, multiplier, compliquer, cette possibilité offerte nativement par le web : celle d’écrire avec/pour/sur/par rapport à une image. Réfléchir en faisant, selon le mode de pensée de l’atelier d’écriture et de la formation coopérative, hors ligne ou en ligne (mais de façon plus directement effective et visible dans l’atelier en ligne). Et donc passer par l’exemple : Manon et son usage de la carte postale ; Cécile Portier, sa série Dans le viseur, , constituent l’amorce d’un travail de redistribution et d’écriture d’après des cartes postales.
Il s’agit d’écrire le verso, de remplir les blancs, de fabriquer du récit par ces blancs – et je constate aussi (sans en tirer quelque généralité que ce soit, ces jeunes femmes sont étudiantes en métier de livre, ce qui laisse supposer des pratiques  de lecture, d’écriture, suivies), qu’elles cherchent la cohérence, qu’elles ont goût à tisser un récit, qu’elles « plongent », durant cette première séance, pour un temps d’écriture d’une heure trente. Première surprise pour moi – et je re-songe à cette phrase de Tanguy Viel, dans la préface de son livre Ce jour-là (paru chez Joca Serai, chroniqué ici) : « Nous avons même postulé discrètement, souterrainement, avec peut-être Michel Foucault ou Paul Ricoeur, que la narration est ce qui lie, assemble et compose des identités. »

Tenir compte, toujours, de ce qui advient, l’atelier se refonde collectivement – et, tenant compte de cette nécessité d’encourager (écoutant, remerciant, analysant les longs textes produits), prendre en charge son contrepoint, la nécessité d’aller contre ce qui pourrait devenir »petite musique » ou « pente naturelle ».

Alors, partant du même Manon et son usage de la carte postale, réorienter l’exercice suivant : demander d' »inventer une voix, une conscience autre, une transposition de vous-même ou un narrateur étranger, qui à chaque carte, relisant [le texte « écrit au verso »+la carte au recto], commente et questionne, pose des hypothèses, et pose toujours au moins une question ».

Les réactions première vont contre, sont chiffonnées, désappointées. Avoir construit tout ça… et puis, l’impression de devoir expliquer toutes les subtilités, d’effacer les blancs. Reprise, alors, redire – il  faut :

Ne remplissez pas les blancs, au contraire. Creusez-les. Interrogez ce que vous avez construit, observez le texte (ce qui suppose une réification du texte, amplifiée par la publication en ligne,  suivie d’une deuxième publication. lors de la lecture à haute voix devant le groupe). Et surtout, surtout, surtout : une seconde version d’un premier texte ne remplace pas la première. Elle s’ajoute.

Et ce moment qui est toujours de réjouissance en atelier, lorsque la ruse se met en place, lorsque l’écriture fournit les moyens de répondre à la contrainte tout en allant contre, dans le même mouvement. Certaines – notamment celles pour qui la contrainte allait contre, contre l’envie de cohérence, d’objet fini -) ont trouvé des astuces (ajouter les inserts  en blanc (en blanc, sur fond blanc), ou dans un mode typographique radicalement différent, hors d’usage a priori dans ce contexte), une autre a remis en cohérence, re-tissé un ensemble – tout en répondant à la consigne. Il y a, dans tous les cas, jeu avec l’outil (le CMS wordpress, et ses limitations, à l’intérieur desquelles se mouvoir), voire nécessaire insert de (bribes de) code html.

Il y a, surtout, la ruse et l’invention à l’œuvre, pour se mouvoir en liberté à l’intérieur de cet espace limité, multiplement contraint (contraintes techniques et contraintes de l’exercice). Il y a cet aplomb et cet aller-de-l’avant, même allant contre : un aller droit devant soi incluant ses forces contraires. Il y a l’écriture qui s’invente, toujours, dès lors qu’elle sait s’arrêter – s’arrêter sans cesser d’avancer.

Tout m’est permis, épisode #2.2

(Lire l’épisode 2.1)   (Reprendre au début)

tmp05

Il vient l’air frais le voilà, récompense pour la peine investie, ça y est c’est fait on est passé, c’est soulageant c’est comme en course à pied, après l’effort grand réconfort, quand enfin la chimie intérieure nous envole et qu’on déroule allègre, respirer des mollets, f l u i d e, pas non plus t’emballer, après la pente viendra du plat ton corps le sait pour toi, il faut se tenir prêt pour relancer l’effort, ready but : cool reste cool, reste cool mon ami, me dit-il mon ami mon cher ami camion qui, faut-il croire, me parle, la fonction créant l’organe, un ami c’est ainsi : ça écoute et ça parle en écho, en écoute, camion m’est ami donc il me parle mais – mais il me parle f l u i d e, solidaire – en sus de quoi, en ami haut-de-gamme, il m’aide aussi par le geste, filant un train d’éponge, en cohérence, par le geste il souligne ses mots c’est cool, cool dont il multiplie les oo pour le faire suave, limite herbeux, cooool, ce qu’il faut c’est du cool, dans le cool demeurer, dans le cool se couler, se lover, bien calé. Je maîtrise (et je ne calerai pas, j’ai toute autorité sur ma secondetroisièmedeuxième, vitesse).

Eh bien, me dis-je. Content. Je suis, content. Se le dire. On n’a pas si souvent l’occasion. On n’en prend pas assez le temps. Je suis content : content de moi, de ma maîtrise. Mon contrôle, contrôle de moi-même dans la situation dont je suis l’inducteur, contrôle de moi et d’au-delà de moi. C’est qu’il en faut, en réserve, de la présence rassurante. Cool est tranquille. Tranquille, un peu traînant sous le an, comme en continuité du oo de cool. L’obstacle est franchi – ce pont n’était qu’un pont. L’ascension fabuleuse est passée, elle repose derrière nous, qui n’avons plus qu’à nous laisser descendre (cools). Vision panoramique, comme c’est joli vu d’ici, vraiment, ça valait le déplacement : à gauche, la rivière s’évasant vers l’aval, rives tachetées d’entrepôts, zones plus ou moins portuaires, semi-industrielles, on sait trop mal nommer cette grisaille des plans ; à droite la touffeur du pavillonnaire, desserrée peu à peu pour se ramifier en intrications verticales, jusque vers ce qui là-bas culmine en quelques tours, isolées, les plus hautes, une verticalité centrale qui se doit d’être vue de loin.

Me dis-je.

Lui, rien.

L’assis, à ma droite, rien. Je l’avais oublié, tout à mon amitié nouvelle compliquée d’audacieux schémas mentaux. Et puis ce paysage quand même, duquel profiter dans l’après de l’effort. J’entends enfin son silence, qui se prolonge. Schéma mental, deux trois quatre – mais qu’est-ce qu’un arbre à came, me demandé-je soudain. Le camion peine, l’assis prolonge son silence. Coupé pas même par un souffle.

Il y a quelque chose qui.

Me dis-je.

Il prend les commandes, accélère (un peu brutal, à mon avis que je garde), se tait, le compteur remonte, 60, c’est vrai nous en étions arrivés là, tranquille, 70, 80, 90, 100, en un éclair (peu tranquille, voire brutal, un éclair et c’est l’orage, à mon avis qu’encore je garde), ça a de la reprise ces bagnoles j’aurais pas cru, gardons aussi. J’enterre oui mais, j’enfouis tous mes oui mais sous la litière comme font les chats.

Il cale le compteur à 100 et me remets la main droite, intimidée, sur le levier de vitesse. Ne dit plus un mot, n’en dira plus un jusqu’à notre arrivée à bon port. D’ici là m’innerve encore et gonfle, la honte qui m’affirme me serine que grosse est ma connerie, qu’on la voit facile d’avion, je me répète que troplahonte, que vraiment, que nulputaintropnul vraiment, pas bon ah ça putain c’est sûr pas bon, le roi des, à rien, à rien, à rien. Honte n’aidant non plus à rien, je prends les mauvaises voies, cale à tout démarrage, ne fais rien de bon, ne sais plus rien, n’ai jamais su. Jamais. Tout allait pourtant si bien, une heure avant, passé lointain.

Le ciel se charge, nous aurons de l’orage.

(Lire l’épisode 3).

[Lirecrire numérique, jour 1]

C’était jeudi 10 janvier sur le pôle universitaire yonnais, c’était vif, plein, joyeux, réflexif – c’était de l’éducation populaire, et le lancement de quelque chose de personnellement important. Go !

Capture-Duras-1000-px

[Redocumentation – Jeudi 10 janvier 2013 – journée 1]

(reprise de contenus du blog dédié).

Olivier Ertzscheid et Laurent Neyssensas se sont succédé on stage devant un amphithéâtre bondé, pour deux interventions parfaitement complémentaires ; deux manières d’Histoire du web, subjectives, c’est-à-dire en rapport avec leur champ de recherche spécifique. En attendant, d’ici quelques semaines, de diffuser ici les captations vidéo de ces récits, réflexions, et échanges avec le public ; d’ores et déjà une manière de résumé de cette journée. (Quant à Marguerite Duras, sa magnifique présence est cachée dans une des deux présentations powerpoint de nos invités).

I – Les 4 révolutions du web par Olivier Ertzscheid

Article sur affordance.info ; et slideshare de l’intervention :

II –Une chance de comprendre – comprendre sa chance ? Laurent Neyssensas

III – Atelier de pratique

Durant cet atelier de pratique en groupe restreint, nous avons ensuite déplié, avec Catherine Lenoble, certaines des questions posées le matin.

Il s’agit d’un atelier d’écriture et de publication : car qui dit web dit publication, et ce n’est pas la moindre des mutations évoquées : l’ « accès » dont vivons l’âge (cf. Jeremy Rifkin) est certes un accès accru à l’information, mais surtout un accès multiplié à la publication, voire une inversion des postures, dès maintenant et plus encore dans le futur – « on » publie en même temps que d’écrire, et manquant de formation, « on » publie d’emblée, sans réfléchir l’acte d’écrire. La nécessité de se pencher sur les deux processus, et de le faire en simultanéité, nous apparaît fondamentale – et notamment pour les médiateurs du livre à qui s’adresse en priorité ce cycle de formation.

Le premier exercice parcourt plusieurs concepts clés, selon un principe d’écriture simple : « Se présenter en une courte biographie à la troisième personne du singulier, dont un mot sur dix contienne un lien hypertexte, issu de recherches préalables sur le web ». Les participants sont formés à l’usage de wordpress, CMS en libre accès ; ils écrivent connectés, font des recherches sur le web et constituent un texte selon cette enquête en sérendipité ; ils enquêtent sur eux-mêmes et sur les traces qu’ils laissent sur le réseau ; ils s’énoncent en contexte de publication (et réfléchissent de fait à la représentation d’eux-mêmes, plus ou moins distanciée, qu’ils mettent en ligne) ; ils insèrent des liens. Et ce petit insert infime (mais répété), via simple copier-coller, outre les enseignements pratiques (lire une ligne au moins de code html, appréhender l’existence et l’importance des adresses URL) qu’il dispense, permet de se pencher avec attention sur nos processus d’écriture et de lecture, sur leur entremêlement permanent et singularisé, sur la possibilité offerte par l’hypertexte : l’économie (de signes, d’espace sur la page) et l’amplification (de documentation annexe, de possibilités d’ouverture et d’expansion du texte). La consigne et les textes sont à lire ici.

Le second exercice est une réinterrogation, quelques heures après, de ce qui fut énoncé la matin même, de son pouvoir d’étonnement, de découverte, par le prisme du langage même. Nous commençons de constituer, avec les participants, un glossaire collaboratif – partant de ce qu’on n’a pas bien, ou seulement partiellement ,compris, partant surtout de mots qui nous disent quelque chose mais d’encore imprécis, se servir dans la bibliothèque ouverte qu’est le web, pour en refonder une en version miniature, une très petite encyclopédie mutualisée. La consigne et les textes sont à lire ici.

[lire+écrire]numérique (un cycle co-conçu avec Catherine Lenoble pour le CRL Pays de la Loire), 2013.

[Lire + écrire] numérique – Un cycle de rencontres et de formation à la culture numérique

pour les médiateurs et acteurs de la lecture publique.

Renseignements & inscriptions : programme 10 janvier 2013 ; bulletin inscription 10 janvier 2013 ; Inscriptions au plus tard le 7 janvier 2013 auprès de Virginie Guiraud : virginie.guiraud[@]paysdelaloire.fr ou crl[@]paysdelaloire.fr – 02 28 20 60 78 (ou 02 28 20 60 79)

Démarrage :  jeudi 10 janvier 2013 à La Roche-sur-Yon

Quelques mots généraux de ce projet qui me tient fort à cœur :

Date De janvier à octobre 2013.

Format Un cycle de 4  journées par an, réparties en 3 lieux, dont 2 fois La Roche-sur-Yon (Pôle Yonnais de l’Université de Nantes) ; à Saint-Herblain (Maison des Arts) ;  à Rezé (Médiathèque Diderot).

Format d’une journée

→ une conférence / intervention (demi-journée) ouverte au grand public

→ un atelier de pratique / de création (demi-journée) sur inscription, nombre de places limitées (10 à 12 participants suivant l’équipement informatique de la salle mise à disposition) animé par Guénaël Boutouillet et Catherine Lenoble, avec ou sans l’intervenant du matin, en « prolongement actif » des contenus abordés lors des interventions du matin – le blog [Lire + écrire] numérique accueillera les productions d’atelier, des contributions des intervenants et concepteurs, de la documentation ressource, des captations vidéo des interventions du matin…

Objectif(s)

Dans la continuité de ce qui fut inauguré lors de la journée professionnelledu 8 décembre 2011 à Angers  intitulée « Éditer un nouveau métier / mutations numériques » , nous souhaitons offrir à des médiateurs du livre, bibliothécaires, éditeurs, animateurs d’atelier d’écriture… une formation-action aux pratiques des outils de publication numérique et connectée. Il y a une nécessité (j’en ai parlé en détails ici) à travailler à une réduction de la fracture numérique existant dans les milieux de la médiation (littéraire en particulier), réduire les clivages symboliques et idéologiques à l’œuvre :

-informer des nouvelles pratiques, de leur histoire et de leurs perspectives.

-former à leurs usages et à leur opérabilité dans un processus de production de textes (et contenus multimédia); former à la publication en ligne et hors ligne, dans un contexte de mutation des objets et pratiques, où les médiateurs sont en premier lieu exposés à des demandes nouvelles et des risques de rupture croissants avec une partie des publics.

C’est une format non académique, déplacement (mutation) de la journée d’études et du workshop écriture connectée.

Il y a tout simplement, aussi, l’objectif de se former en formant, d’apprendre en faisant (voire d’apprendre à apprendre en faisant), de nous surprendre, apprenant des choses qu’on déplie sitôt en situation d’ateliers – nous avons choisi ces intervenants (Olivier Ertszcheid  | http://affordance.typepad.com/ ; Laurent Neyssensas | http://neyssensas.com/; Lionel Maurel  | http://scinfolex.wordpress.com/ ; An Mertens | http://www.adashboard.org/ ; Roxane Lecomte | http://ladameauchapal.com) et ces modes opératoires avec cette certitude-là : qu’on se ferait bouger dans nos propres pratiques. Il y aura de l’exploration : nous irons vers des processus éditoriaux, en conjuguerons plusieurs, mais ne pouvons à cette heure édicter leur format au millimètre. Puis qu’ils dépendront de ce qui sera produit durant les ateliers, de cette irrigation d’une énonciation individuelle par une parole certes experte dans chacun des domaines, mais une parole qui jamais ne ne posera comme doxa ou discours expert indiscutable.

Le on que j’emploie inclut Catherine Lenoble (http://litteraturing.wordpress.com), avec qui c’est une joie de mutualiser encore (outre ce qui secret et plusieurs expériences d’atelier ou d’intervention à quatre mains par le passé), en complémentarité vivifiante.

Le programme des réjouissances, c’est en dessous :

Pre-programme 2013

1)    Etat des lieux, histoire du web, de la bibliothèque. Web, 2.0, 3.0

Jeudi 10 Janvier 2013// IUT Info Comm La Roche-sur-Yon

→ Conférence : Olivier  Ertszcheid (Enseignant-chercheur (Maître de Conférences) en Sciences de l’information et de la communication, son blog affordance.info http://affordance.typepad.com/) et Laurent Neyssensas (Enseignant à l’école de design Nantes Atlantique) : Un état des lieux du web citoyen et marchand. perspectives sur ce qu’est le web 3.0, qu’on appelle aussi web sémantique ou web des objets, ses possibilités, ses problématiques et ses dangers.

→ Atelier d’écriture de recherche « mon histoire du web »

Après-midi

L’atelier en groupe restreint :

Inauguration du blog dédié au cycle de formation.

Quelques généralités sur l’écriture en ligne (insertions d’éléments multimédia, liens hypertextes).

Exercice d’écriture à propos de ses propres rapports et représentations du web.

Avec ce premier corpus de textes pour le blog, nous tracerons ainsi un ensemble de trajectoires, un récit collectif par l’agrégation de ces trajectoires.

1)    Copy party, circulation des données, données publiques…

Jeudi  14 Mars 2013// Médiathèque Diderot (Rezé)

→ Conférence : Lionel Maurel (il est à la fois conservateur des bibliothèques et spécialisé dans les questions juridiques liées à leurs activités, notamment sur tout ce qui touche aux droits d’auteur dans l’environnement numérique. Cette double compétence de juriste et de bibliothécaire lui confère une expertise rare dans ces domaines mouvants et problématiques. Il anime le site Calimaq S.I.Lex, au croisement du droit et des sciences de l’information.)

→ Copy-party et atelier d’écriture à partir de remix données copiées-collectées.

Le matin, intervention conférence de Lionel Maurel quant au bien commun, notion juridique, partage des connaissances, qu’est-ce que le web & le numérique y apportent et bouleversent.

Explication du principe de Copy Party, en tant qu’application pratique, assimilable, vivante, de ces concepts fondamentaux et militants.

Copy party expérimentale dans la médiathèque de Rezé, en fin de matinée. (1h)

Après-midi.

Exercice d’écriture de la copie : écriture à propos d’un document de ma bibliothèque, réinterprétation, intertextualité.

1)    Littérature électronique  : écrire le code, distribuer le roman

Jeudi 30 Mai 2013  // à la Maison des Arts de Saint-Herblain

→ Conférence : An Mertens (Conteuse, écrivaine et membre noyau de Constant, Association pour l’art & les médias.)

→ Atelier d’écriture collaborative et création partagée

Le matin, intervention conférence de An Mertens sur « littérature électronique : de quoi parle-t-on ? ». Une histoire subjective des pratiques d’écriture de création digitales ; remonter dans le temps des premières créations littéraires et fictionnelles automatisées, génératives, hypertextes aux formes d’écriture collaborative, fictions en ligne recourant à des langages de programmation, multiplication et interaction des supports.

Après-midi.

Expérience d’une écriture fictionnelle collective à partir d’outils collaboratifs de type wiki.

1)    Edition multipliée : Le livre numérique, l’impression à la demande…

Jeudi 26 septembre 2013 // IUT Info Comm La Roche-sur-Yon

→ Conférence : Roxane Lecomte(Éditeur numérique chez publie.net)

→ Atelier de production d’une édition numérique


Enfin

FireShot-Screen-Capture-#111---'WordPress_com'---wordpress_com_#!_my-stats__blog=36878826&day=2013-01-04&unit=1

Après des dizaines d’articles empilés en quatre mois d’existence de ce matériau composite, rééditions ou textes nouveaux, de critique et création, littérature et numérique, voilà enfin un signe de succès : une indexation réussie, si on la considère du point de vue strict des chiffres, serait une indexation ramasse-miettes, un taggage omnipotent qui ramènerait toute recherche google vers votre site : me revient cet exemple de Claro, raconté par lui-même lors de ce débat SGDL, qui vit les taux de fréquentation de son Clavier Cannibale exploser quand il y ajouta, pour voir, des Britney, bites et autres attirants appâts. Eh bien pour ma part, ça y est,  l’entrée erronée par les #travauxpublics émerge enfin. On n’arrive plus ici simplement en cherchant Quintane, Bon ou Pireyre. On y arrive aussi (éventuellement), en entamant des travaux de ravalement de façade, banchage et autres. Il va falloir songer, me dis-je, à ajouter des marques en mots-clés à ma série automobile, et des noms d’enseignes de bricolage par-ci par-là. On the way to success, les amis.

Rassemblement pour l’ordinaire

voeux-2013-3-bis-txt4« Interroger ce qui semble tellement aller de soi que nous en avons oublié l’origine. Retrouver quelque chose de l’étonnement que pouvaient éprouver Jules Verne ou ses lecteurs en face d’un appareil capable de reproduire et de transporter les sons. Car il a existé, cet étonnement, et des milliers d’autres, et ce sont eux qui nous ont modelés.

Ce qu’il s’agit d’interroger, c’est la brique, le béton, le verre, nos manières de table, nos ustensiles, nos outils, nos emplois du temps, nos rythmes. Interroger ce qui semble avoir cessé à jamais de nous étonner. » (Georges Perec, L’infra ordinaire, 1989)

Bonne année 2013 à vous-même, à vos proches – qu’elle vous soit vive, douce, extra & ordinaire.

Guénaël Boutouillet, materiau composite