Tout m’est permis, épisode #2.2

(Lire l’épisode 2.1)   (Reprendre au début)

tmp05

Il vient l’air frais le voilà, récompense pour la peine investie, ça y est c’est fait on est passé, c’est soulageant c’est comme en course à pied, après l’effort grand réconfort, quand enfin la chimie intérieure nous envole et qu’on déroule allègre, respirer des mollets, f l u i d e, pas non plus t’emballer, après la pente viendra du plat ton corps le sait pour toi, il faut se tenir prêt pour relancer l’effort, ready but : cool reste cool, reste cool mon ami, me dit-il mon ami mon cher ami camion qui, faut-il croire, me parle, la fonction créant l’organe, un ami c’est ainsi : ça écoute et ça parle en écho, en écoute, camion m’est ami donc il me parle mais – mais il me parle f l u i d e, solidaire – en sus de quoi, en ami haut-de-gamme, il m’aide aussi par le geste, filant un train d’éponge, en cohérence, par le geste il souligne ses mots c’est cool, cool dont il multiplie les oo pour le faire suave, limite herbeux, cooool, ce qu’il faut c’est du cool, dans le cool demeurer, dans le cool se couler, se lover, bien calé. Je maîtrise (et je ne calerai pas, j’ai toute autorité sur ma secondetroisièmedeuxième, vitesse).

Eh bien, me dis-je. Content. Je suis, content. Se le dire. On n’a pas si souvent l’occasion. On n’en prend pas assez le temps. Je suis content : content de moi, de ma maîtrise. Mon contrôle, contrôle de moi-même dans la situation dont je suis l’inducteur, contrôle de moi et d’au-delà de moi. C’est qu’il en faut, en réserve, de la présence rassurante. Cool est tranquille. Tranquille, un peu traînant sous le an, comme en continuité du oo de cool. L’obstacle est franchi – ce pont n’était qu’un pont. L’ascension fabuleuse est passée, elle repose derrière nous, qui n’avons plus qu’à nous laisser descendre (cools). Vision panoramique, comme c’est joli vu d’ici, vraiment, ça valait le déplacement : à gauche, la rivière s’évasant vers l’aval, rives tachetées d’entrepôts, zones plus ou moins portuaires, semi-industrielles, on sait trop mal nommer cette grisaille des plans ; à droite la touffeur du pavillonnaire, desserrée peu à peu pour se ramifier en intrications verticales, jusque vers ce qui là-bas culmine en quelques tours, isolées, les plus hautes, une verticalité centrale qui se doit d’être vue de loin.

Me dis-je.

Lui, rien.

L’assis, à ma droite, rien. Je l’avais oublié, tout à mon amitié nouvelle compliquée d’audacieux schémas mentaux. Et puis ce paysage quand même, duquel profiter dans l’après de l’effort. J’entends enfin son silence, qui se prolonge. Schéma mental, deux trois quatre – mais qu’est-ce qu’un arbre à came, me demandé-je soudain. Le camion peine, l’assis prolonge son silence. Coupé pas même par un souffle.

Il y a quelque chose qui.

Me dis-je.

Il prend les commandes, accélère (un peu brutal, à mon avis que je garde), se tait, le compteur remonte, 60, c’est vrai nous en étions arrivés là, tranquille, 70, 80, 90, 100, en un éclair (peu tranquille, voire brutal, un éclair et c’est l’orage, à mon avis qu’encore je garde), ça a de la reprise ces bagnoles j’aurais pas cru, gardons aussi. J’enterre oui mais, j’enfouis tous mes oui mais sous la litière comme font les chats.

Il cale le compteur à 100 et me remets la main droite, intimidée, sur le levier de vitesse. Ne dit plus un mot, n’en dira plus un jusqu’à notre arrivée à bon port. D’ici là m’innerve encore et gonfle, la honte qui m’affirme me serine que grosse est ma connerie, qu’on la voit facile d’avion, je me répète que troplahonte, que vraiment, que nulputaintropnul vraiment, pas bon ah ça putain c’est sûr pas bon, le roi des, à rien, à rien, à rien. Honte n’aidant non plus à rien, je prends les mauvaises voies, cale à tout démarrage, ne fais rien de bon, ne sais plus rien, n’ai jamais su. Jamais. Tout allait pourtant si bien, une heure avant, passé lointain.

Le ciel se charge, nous aurons de l’orage.

(Lire l’épisode 3).

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