Tout m’est permis, épisode #3

(Lire l’épisode 2.2)   (Reprendre au début)

drive3

6 heures et suite, par froide matinée d’hiver.

C’est lundi je me lève je ne travaille pas. Ce lundi je ne travaille pas je me lève. Ce lundi dès 6 heures je me lève je ne travaille pas, je me lève car je dois. J’attends depuis longtemps je dois. Je me lève je ne me recouche pas, le lundi c’est comme ça, j’attends longtemps puis me lève (mon attente se lève), puis me déplace (mon attente, déplace), de quelques mètres. Puis me pose – glisser déposer mon attente, quelques mètres, eux pièces, plus loin. J’attends comme j’attendais – de me lever j’attendais, je l’attendais comme on attend le sommeil lointain. Levé assis je continue, j’attends.

Levé assis, six heures et cinq minutes un jour chômé je me demande. Je me lève d’attente, depuis de longs moments j’attends. Levé dès l’aube ce lundi j’attends que sais-je, que lundi soit, j’attends qu’il vienne. Il fallait aller aux toilettes, où il fait froid – l’hiver dans cet appartement domine, et les toilettes lui sont royaume. Je devais venir  j’en avais envie, ce mot si souvent pour un autre, comme un doigt d’enfant timidement levé dit j’ai envie, il le fallait. Il est six heures et huit minutes, ma montre est belle c’est vrai me dis-je, le cadran tourne l’aiguille est fixe, je la regarde encore, je me lève – non. Mon assise me regagne. Et sous la lumière du néon ça reprend, ce qui s’appelle envie, à tort, ce qui s’appelle besoin, à tort, reprend. Et sous le néon je me vide, laborieusement, je me vide mais plus ou moins, je me vide approximativement.  Mon corps et mon transit hésitent, l’information les concernant fluctue, je récapitule sans effet, mangé quoi qui hier au soir, des légumes de la viande des liquides, trop ou pas assez de fibres, toute hypothèse valable, l’information s’en va venant.

Et je sais bien que rien n’y change, que c’est souvent, les lundis, ces levers si matinaux, c’est si souvent l’ennui gastrique, l’affaire dure pour laquelle j’ai déjà accusé les légumes, les lipides, les liquides, la fiesta, les tapas, le café, les alcools forts ou faibles, la fatigue, fatigue passagère ou bien de fond ou bien virale ou microbienne, nos week-ends pauvres en sommeil, cette écume de vie étudiante qui sied mal aux corps vieillissants – mais non ma montre belle c’est vrai me le dit j’ai trente ans, pas même encore vieillissant, tout au plus attendant – de vieillir, de grossir, s’amollir, s’alourdir, se détendre se plisser – notre corps levé pour feindre, pour feindre l’encore jeunesse, feindre de n’être pas assis d’attente.

Mon affaire affligeante, son information fluctuante. Rien ne vient vraiment, rien ne cesse pour autant. En aurai-je enfin, quand, fini, de mon affaire accaparante, qui n’est nulle besoin nulle envie, qui n’est qu’une charge, irai-je aller me recoucher alors, aurai-je le temps de dormir encore alors, envie serait impropre, de besoin il y a, oui, retrouver le sommeil laissé, le retrouver avant d’à nouveau le quitter, quand il est quoi six heures quatorze ma montre est nette, d’où appert qu’il sera bientôt sept, ce qui ne laisse le temps de rien, d’aucun sommeil authentifié, de l’artefact, du trois fois rien.

Autant demeurer dans l’étreinte de l’attente, dans l’information flottante et puis,

Et puis je ne suis pas certain même d’en avoir fini, mon embarras gastrique m’attend je le sais, qui sitôt remis dans la tiédeur des draps se réveillera. Affalé dans ma confusion j’attends.

Six-heure vingt-six, la route est longue jusqu’à sept heures, lundi alors naîtra, me dis-je. Lundi naîtra long dans l’attente. Trouverai-je un calme, vivrai-je un repos rien n’est moins sûr, quant à mon indéfinie purge en vient-elle à son terme, je ne sais, en cette heure assise, problématique, en cet endroit-là, une chose seule me semble sûre : ma leçon de conduite est à neuf heures.

Publicités

2 réponses à “Tout m’est permis, épisode #3

  1. Pingback: Tout m’est permis, épisode #4 | Matériau composite

  2. Pingback: Tout m’est permis, épisode #2.2 | Matériau composite

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s