Archives mensuelles : février 2013

à l’écoute : Cette vitesse qui électrise le livre, entretien avec Arno Bertina (rencontre remue.net)

©Arno Bertina

« Cette vitesse qui électrise le livre », entretien avec Arno Bertina.

Joie d’animer cette rencontre remue.net , vendredi 22 février 2013 à 20 heures au Centre Cerise. Elle s’ajoute à une liste longue, qui constitue une histoire, en entier écoutable en ligne, un vaste territoire de passionnantes ressources (de Markowicz au clou dans le Fer, de publie.net à Hélène Cixous… en attendant Camille de Toledo ou les éditions Quidam au mois d’avril.)

Le travail (modeste) de mise en ligne pour lui, sur un blog dédié (Sebecoro Chambord, blog de résidence à Chambord), a amplifié encore mon intérêt (déjà vif) pour son travail & son audacieuse façon d’y réfléchir, de réfléchir au texte, dans le texte (de fiction, de roman, c’est son endroit, lui semble-t-il, pour des raisons qu’ensemble on questionnera aussi, ce vendredi), sans alourdir ce texte. J’écrivais, suite à une séance d’atelier numérique, il y a quelques semaines, à la propos de la ruse déployée par ses jeunes participantes, ceci :  » Il y a cet aplomb et cet aller-de-l’avant, même allant contre : un aller droit devant soi incluant ses forces contraires. Il y a l’écriture qui s’invente, toujours, dès lors qu’elle sait s’arrêter – s’arrêter sans cesser d’avancer. » Et relisant cette phrase, je sais qu’il y a Bertina, dedans, en sous-texte (même si l’atelier, lui, partait de Manon), sous-texte oui, qui me signale au passage que : ce travail-là, de questionner des écrivains, il écrit en vous en préalable, vous griffonne en dedans, mais encore, que : me plaît, et marque vif, cette très personnelle agrégation de « contraires », ou de disparate, en fluidité, qu’agite Arno Bertina, qui agit Arno Bertina. Hâte donc, à ce vendredi, et un-petit-peu-peur, comme toujours lorsqu’on a hâte.

Captation audio de ce débat

Cet entretien porte sur l’ensemble de son travail ; sont lus à haute voix par Arno Bertina des extraits de Je suis une aventure (Verticales, 2012), La Borne SOS 77 (Le bec en l’air, 2009, en collaboration avec L. Michaux), Numéro d’écrou (Le bec en l’air, 2013, en collaboration avec A. Michalon), ainsi que du blog Sebecoro-Chambord.

partie 1 – Je suis une aventure, La Borne SOS 77.

http://remue.net/audio/2013/bertina1.mp3

partie 2 – Numéro d’écrou

http://remue.net/audio/2013/bertina2.mp3

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(Présentation sur remue.net)

« Il y a des difficultés, c’est très construit, c’est hyper construit, mais pour autant ça s’écrit dans une espèce de fluidité. Pourquoi je tiens à cette idée ? Pour prouver que ce n’est pas si cérébral que ça. L’image de Stendhal écrivant à cheval – évidemment c’est une image, il n’y a pas de réalité derrière cette image – c’est vraiment une image qui me parle. Je cherche ça en écrivant (Anima motrix ou Je suis une aventure) : que le lecteur lui-même puisse être embarqué, c’est-à-dire avoir le sentiment d’être sur une machine qu’il contrôle peut-être à certains moment, comme une moto, et peut-être qu’à d’autres moments il ne la contrôle pas trop, comme un cheval… L’idée est de proposer des vitesses au lecteur, et que ces vitesses aient quelque chose d’ébouriffant, de joyeux. »(entretien pour Hors sol)
« L’ordre qui me donne envie de danser quand il se manifeste n’est pas celui qui apaise une angoisse personnelle, mais le signe d’une vitesse – ce qui est tout le contraire d’une force réactionnaire. La joie ressentie ? La vision n’est pas passée sous le nez ; on est parvenu à lui emboîter le pas. L’ordre réactionnaire est une fin : il faut que le réel cesse de bouger. L’ordre d’un texte est un moyen, le moyen de la vitesse, qui n’est pas loin d’être une fin en soi, c’est-à-dire l’empreinte, le fumet, le souvenir d’une vision qui a traversé le cerveau. » in SebecoroChambord)

Sebecoro Chambord, blog de résidence à Chambord. ;
Un entretien en trois parties avec Benoit Vincent dans l’excellente revue Hors Sol.

Rencontre remue.net, vendredi 22 février 2013 à 20 heures au Centre Cerise

46 rue Montorgueil 75002, métro Etienne-Marcel, Sentier, Les Halles.

Entrée libre et gratuite.

Réservation souhaitée au 01 42 96 34 98 ou par mail à scenedubalcon3[arobase]aol.com. et groupe facebook consacré à cette soirée.


Arno Bertina
Bibliographie

Le dehors ou la migration des truites, Actes Sud, 2001, roman. – Appoggio, Actes Sud, 2003, roman. – La Déconfite gigantale du sérieux, Lignes/Leo Scheer, 2004 (sous le pseudonyme de Pietro di Vaglio), essai/fiction. – Anima motrix, Verticales, 2006, roman. – Anastylose, Fage, 2006, farce archéologique (en collaboration avec B. Gallet, Y. De Roeck et L. Michaux). – J’ai appris à ne pas rire du démon, Naïve, 2006, fiction biographique. – Une année en France, Gallimard, 2007 (en collaboration avec F.Bégaudeau et O.Rohe), essai. – Ma solitude s’appelle Brando, Verticales, 2008, récit. – La borne SOS 77, Le bec en l’air, 2009, fiction (en collaboration avec L. Michaux). – Énorme, éditions Thierry-Magnier, 2009, photoroman pour ados (avec le collectif Tendance Floue). – Dompter la baleine, éditions Thierry-Magnier, 2012. – Je suis une aventure, Verticales, 2011

Présentations sur le site des éditions Verticales ; et sur le site des éditions Actes Sud.

Ryoko Sekiguchi, 15 et 16 février Mangers multiples

Sekiguchi-©HBamberger-500b

(Ryoko Sekiguchi-©HBamberger)

Pensée avec Eric Pessan (lequel a dû, depuis, se retirer de cette affaire-là, à regrets, parce que le temps lui manque pour écrire (ce dont par ailleurs, on ne se plaindra pas – qu’il écrive)), cette visite de Ryoko Sekiguchi en Vendée, visite que j’aurai le plaisir d’accompagner, et d’animer, ce week-end, sera l’occasion de découvrir les multiples talents de la dame, et les les multiples facettes de son œuvre. Ryoko est poète et traductrice. Depuis sa résidence à La Cocotte en 2011, est apparue au grand jour son intérêt pour la gastronomie. Appétence, compétence, et très belle mise en perspective de notre rapport aux aliments et à ce que nous en faisons, que la double parution de Manger fantôme et de L’Astringent, aux éditions Argol, n’a fait que confirmer depuis. Aspects symboliques, linguistiques, et gustatifs, de nos modes de nourriture (et donc: de vie) sont examinés dans ces deux livres, dans leur grande complexité – et tout nous paraît, sinon simple, du moins lumineux. C’est aussi un des traits de la poésie de Ryoko Sekiguchi, à la fois savante, bâtie selon des dispositifs formels complexes, et comme évidente. Offerte, en simplicité.

Programme

Vendredi 15 février, 19 hCafé littéraire (lecture, discussion), Médiathèque Benjamin Rabier – Esplanade Jeannie-Mazurelle à La Roche-sur-Yon
Samedi 16 février, 11hBrunch littéraire « Manger la fumée », avec des mets concoctés spécialement par Ryoko Sekiguchi, à la Médiathèque de Saint Jean de Monts.
Samedi 16 février, 15hCafé littéraire autour de l’oeuvre poétique de Ryoko Sekiguchi

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L’auteure

Ryoko Sekiguchi, née en 1970 à Tokyo, vivant à Paris depuis 1997, est poète et traductrice. Elle a obtenu le prix Cahiers de la poésie contemporaine, en 1988. Elle publie en japonais depuis 1988, est traduite en français depuis 1999, et écrit en français depuis 2003. Traduisant « dans les deux sens » (du français au japonais et vice-versa), elle considère son travail comme toujours « traversé par une certaine manière d’être à deux ». Elle a publié de nombreux livres aux éditions P.O.L

Bibliographie
Elle a écrit notamment Héliotropes, et Deux marchés, de nouveau, Calque, aux éditions P.O.L. ; Apparition, avec Rainier Lericolais (Les Cahiers de la Seine, 2005) ; Le monde est rond, avec Suzanne Doppelt et Marc Charpin (Créaphis, 2004) ; Cassiopée Péca (cipM, 2001). Elle a traduit, entre autres, Pierre Alferi, Atiq Rahimi, Yoko Tawada, Jean Echenoz et Gôzô Yoshimasu ainsi que de la poésie classique japonaise et de nombreux mangas d’auteurs.

Tout m’est permis, épisode #4

(Lire l’épisode 3)   (Reprendre au début)

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J’ai des alliés.
Leur nombre est variable, et nos alliances jouent des circonstances, lesquelles circonstances sont elles-mêmes changeantes, dépendant de multiples facteurs : du temps qu’il fait dehors, de la saison, des rapports entre le temps qu’il fait dehors et la saison ; de l’heure qu’il est dehors, des rapports entre l’heure qu’il est dehors et l’heure qu’il est en moi ; de mon assise en ce siège où d’agir j’attends, des rapports entre l’assise effective de mon corps en ce siège et la sensation que j’en ai (cette peine immense à en appréhender les limites et contours, dès que ceints dans cette assise-là) ; des flux et reflux de la circulation routière, des flux et reflux de la circulation intérieure, des rapports mouvants entre les deux circulations : démarrer, par exemple, ne se fait pas toujours aisément. L’assise validée, il convient d’osciller du chef en toutes directions avec méthode pour vérifier que de voitures à l’approche il n’y a pas (ni vélo ni piéton ni chien), puis de prendre sa décision, en intelligence avec les constatations topographiques engrangées par cette giration du chef (ni vélo ni piéton ni chien, pour l’instant – mais combien mesure-t-il, cet instant), de se tenir à la décision prise (démarrer braquant à gauche, avertisseur clignotant gauche enclenché : exécuter les gestes enchainés fluide, réflexion sitôt faite sitôt ajournée, mais cette ambivalence-là, en faction : une réflexion est à revoir, reconsidérer, reprendre, à l’aune des changements du contexte, des surgissements éventuels (une voiture vélo piéton chien). Il faut être ferme, à sa décision se tenir (à gauche on a dit à gauche). Mais il faut être fluide, alerte, d’une décision toute pimpante neuve s’emparer (stop on a dit, voiture vélo chien stop, stop). Le tout n’est pas de prendre une bonne décision, il faut pouvoir le refaire – c’est-à-dire en prendre une autre, une infinité d’autres, ci-incluant : la même (variée) en circonstances proches, la même (variée) en circonstances éloignées, son inverse en circonstances autres, mais aussi son inverse en circonstances approchantes – les circonstances sont infiniment changeantes, immensément variables. Les circonstances jouent contre. Les circonstances sont l’ennemi. Il me faut me jouer des circonstances, à la fois passer outre & faire avec. Tornade décisionnelle, maëlstrom réflexif (à gauche non voiture pied posé ensuite oui clignote à gauche et gauche non oups chien stop reprendre gauche puis droite mais vélo plus loin droite ralentir surveiller puis agir), le flux financier international n’est pas un torrent si vaste que ces flux-là d’informations.
Heureusement, j’ai des alliés.
Mes pieds sont au nombre de ces alliés.

A ces alliés il faut chaussure à leur pied, il faut les munir en confort et souplesse et fermeté, rigueur, technique, il leur faut une chaussure qui procure et détente et légèreté, qui soit robuste et fonctionnelle, dont le chaussant soit optimal, et l’amorti autant, l’amorti c’est important, sans oublier l’aspect détente, qui ne doit pas pour autant primer, mes chaussures doivent m’aller comme des chaussons, elles vont comme mais ne constituent pas chausson, ces chaussures devant demeurer des chaussures, pas des chaussons, car d’une part, qui : sort en chaussons, d’autre part, qui : conduit quel véhicule en chaussons, et puis enfin, qui : qui combat en chaussons (car c’est un combat qui s’engage). Optons pour une version sport, légères robustes fonctionnelles c’est ainsi qu’elles vont aider, aider à agir au mieux. Voyez ces vieilles baskets, faites puis défaites à mon pied, trop usées même pour le sport, troisième main troisième peau, parfaites.
Mais non. Ce n’est pas encore ça. La semelle un peu accroche, me dis-je en fin d’heure de conduite, après ces calages, hoquets et cet effarant enchaînement de mauvais choix qui furent les miens, la semelle oui accroche et ça ne va pas, ça ne peut pas, si mes pieds sont mes alliés, que mes chaussures sont leurs armes, et que la semelle accroche, alors les armes de mes alliés sont déficientes, (ni souplesse ni fermeté, ni rigueur ni technique, ni robustes ni fonctionnelles : impuissantes – que me voilà démuni). Désarmé. Rien ne semble convenir à mes deux pieds devenus palmes, raquettes, jouez donc des pédales en raquettes, vous verrez (m’abstiens-je de dire, à l’assis perpétuel ensuqué stable à mes côtés).
Ces alliés manquent, faillent, pèsent.
Peut-être s’agit-il d’elles en fait, mes deux raquettes en bout de jambe, qui font défaut, qui sont défaut, mes pieds sont des circonstances, et ces circonstances nuisent.
Si j’ai le choix des armes, je n’ai pas le choix des alliés.