Tout m’est permis, épisode #4

(Lire l’épisode 3)   (Reprendre au début)

drive4
J’ai des alliés.
Leur nombre est variable, et nos alliances jouent des circonstances, lesquelles circonstances sont elles-mêmes changeantes, dépendant de multiples facteurs : du temps qu’il fait dehors, de la saison, des rapports entre le temps qu’il fait dehors et la saison ; de l’heure qu’il est dehors, des rapports entre l’heure qu’il est dehors et l’heure qu’il est en moi ; de mon assise en ce siège où d’agir j’attends, des rapports entre l’assise effective de mon corps en ce siège et la sensation que j’en ai (cette peine immense à en appréhender les limites et contours, dès que ceints dans cette assise-là) ; des flux et reflux de la circulation routière, des flux et reflux de la circulation intérieure, des rapports mouvants entre les deux circulations : démarrer, par exemple, ne se fait pas toujours aisément. L’assise validée, il convient d’osciller du chef en toutes directions avec méthode pour vérifier que de voitures à l’approche il n’y a pas (ni vélo ni piéton ni chien), puis de prendre sa décision, en intelligence avec les constatations topographiques engrangées par cette giration du chef (ni vélo ni piéton ni chien, pour l’instant – mais combien mesure-t-il, cet instant), de se tenir à la décision prise (démarrer braquant à gauche, avertisseur clignotant gauche enclenché : exécuter les gestes enchainés fluide, réflexion sitôt faite sitôt ajournée, mais cette ambivalence-là, en faction : une réflexion est à revoir, reconsidérer, reprendre, à l’aune des changements du contexte, des surgissements éventuels (une voiture vélo piéton chien). Il faut être ferme, à sa décision se tenir (à gauche on a dit à gauche). Mais il faut être fluide, alerte, d’une décision toute pimpante neuve s’emparer (stop on a dit, voiture vélo chien stop, stop). Le tout n’est pas de prendre une bonne décision, il faut pouvoir le refaire – c’est-à-dire en prendre une autre, une infinité d’autres, ci-incluant : la même (variée) en circonstances proches, la même (variée) en circonstances éloignées, son inverse en circonstances autres, mais aussi son inverse en circonstances approchantes – les circonstances sont infiniment changeantes, immensément variables. Les circonstances jouent contre. Les circonstances sont l’ennemi. Il me faut me jouer des circonstances, à la fois passer outre & faire avec. Tornade décisionnelle, maëlstrom réflexif (à gauche non voiture pied posé ensuite oui clignote à gauche et gauche non oups chien stop reprendre gauche puis droite mais vélo plus loin droite ralentir surveiller puis agir), le flux financier international n’est pas un torrent si vaste que ces flux-là d’informations.
Heureusement, j’ai des alliés.
Mes pieds sont au nombre de ces alliés.

A ces alliés il faut chaussure à leur pied, il faut les munir en confort et souplesse et fermeté, rigueur, technique, il leur faut une chaussure qui procure et détente et légèreté, qui soit robuste et fonctionnelle, dont le chaussant soit optimal, et l’amorti autant, l’amorti c’est important, sans oublier l’aspect détente, qui ne doit pas pour autant primer, mes chaussures doivent m’aller comme des chaussons, elles vont comme mais ne constituent pas chausson, ces chaussures devant demeurer des chaussures, pas des chaussons, car d’une part, qui : sort en chaussons, d’autre part, qui : conduit quel véhicule en chaussons, et puis enfin, qui : qui combat en chaussons (car c’est un combat qui s’engage). Optons pour une version sport, légères robustes fonctionnelles c’est ainsi qu’elles vont aider, aider à agir au mieux. Voyez ces vieilles baskets, faites puis défaites à mon pied, trop usées même pour le sport, troisième main troisième peau, parfaites.
Mais non. Ce n’est pas encore ça. La semelle un peu accroche, me dis-je en fin d’heure de conduite, après ces calages, hoquets et cet effarant enchaînement de mauvais choix qui furent les miens, la semelle oui accroche et ça ne va pas, ça ne peut pas, si mes pieds sont mes alliés, que mes chaussures sont leurs armes, et que la semelle accroche, alors les armes de mes alliés sont déficientes, (ni souplesse ni fermeté, ni rigueur ni technique, ni robustes ni fonctionnelles : impuissantes – que me voilà démuni). Désarmé. Rien ne semble convenir à mes deux pieds devenus palmes, raquettes, jouez donc des pédales en raquettes, vous verrez (m’abstiens-je de dire, à l’assis perpétuel ensuqué stable à mes côtés).
Ces alliés manquent, faillent, pèsent.
Peut-être s’agit-il d’elles en fait, mes deux raquettes en bout de jambe, qui font défaut, qui sont défaut, mes pieds sont des circonstances, et ces circonstances nuisent.
Si j’ai le choix des armes, je n’ai pas le choix des alliés.

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