Archives mensuelles : mars 2013

Il n’est pas interdit de ne pas interdire (Copier n’est pas voler, avec Lionel Maurel).

2013-03-03-14.11.52Après notre journée Copy party – Communs, données publiques et culture libre (mars 2013, Bibliothèque de Rezé, avec Lionel Maurel)

J’avais annoncé cette journée , deuxième de ce cycle, conçu avec Catherine Lenoble pour le CRL Pays de La Loire, plus avant sur le site.

Y revenir, après qu’elle ait eu lieu, je l’ai déjà fait ici. Le bilan personnel que tire Lionel Maurel de l’ensemble de cette journée est à lire sur son site scinfolex. 

La captation est ici

Les slides de Lionel Maurel

Merci à lui, oui, pour son intervention de grande tenue, limpide et riche, mais aussi pour sa présence attentive, marque de son intérêt avéré pour le partage et l’échange de connaissances et de questions, dont témoigne cet article, et particulièrement cette phrase :

« L’enseignement que je tire de cet évènement, c’est qu’il paraît important d’inscrire la Copy Party dans une démarche plus vaste et d’en faire le support d’une action de médiation culturelle. »

…Où le modèle hybride (expérimental et ouvert) que représente ce cycle de formation porte ses fruits, quand l’intervenant vient y apprendre quelque chose en même temps que de délivrer son savoir (et quel savoir.)

…Où les mots co-apprentissage et mutualisation ne sont pas vains.

Déroulé de cette journée

I –Ce que copier veut dire par Lionel Maurel / (voir ici)

Copier n’est pas voler – De cette présentation d’une grande richesse, me reviens notamment ce moment (page 40/83 du powerpoint de Lionel), et la  remise en cause de cette égalité (Copier c’est voler), auto-instituée comme évidence ou vérité, tellement rabâchée comme un mantra, en bon slogan publicitaire, que littéralement devenue ce qu’elle visait à devenir : dans un grand nombre de nos esprits bien intentionnés, Copier est devenu voler, en très peu d’années d’un travail coercitif des ayant-droit et de l’industrie culturelle : Messi est un prodige, les Islamistes nous cernent, et copier c’est du vol, voilà quoi. Un lieu vite devenu commun, pendant que le bien  l’est de moins en moins (commun). Le passage par le Droit, l’explication par sa langue spécifique (voler, en Droit, c’est soustraire à autrui, or copier n’est pas soustraire à autrui : L’égalité ne vaut pas, elle est erronée) est une rectification stimulante. L’ensemble de l’intervention (filmée, et bientôt mise en ligne) est de cet acabit : une lecture, fort outillée, nous est donnée par Lionel Maurel d’un ensemble de réductions de NOS droits, éparses et déguisées en autres choses et en premier lieu la défense des gentils artistes, qu’on ne se gêne pas par ailleurs pour employer sous conditions de plus en plus précaires, de bien des façons – de cela, de la coercition liberticide à l’œuvre, d’autres parleront mieux que moi, notamment Philippe Aigrain sur son blog Débat public,ou Olivier Ertzscheid sur Affordance).

Ce qui me fut si vif, à cet endroit, fut ce retour de réel par le langage, un langage revitalisé. Langage utile, rendu  à nouveau utilisable, dès lors qu’une intelligence s’en saisit à un autre escient que l’omniprésente eau tiède de la comm. Ces rapports infimes, intimes, absolument subjectifs, qui se tissent, en nous, entre nos « disciplines », ou centres d’intérêt et d’action, sont éléments de construction & moteur : le rapport que j’y vois est, pour le dire vite, qu’en nous plaçant du côté du langage (ainsi qu’on le fait en littérature, et en atelier d’écriture), en le serrant, le questionnant, au plus près, quelque chose peut encore advenir : briser la mer gelée en nous, écrivait Kafka, phrase laissée longtemps en exergue, au fronton, de remue.net, énoncé performatif dont la vigueur est vigilance, dont l’actualité ne s’altère nullement ces temps-ci. Vigilante vigueur que la nôtre, lorsque, humblement, nous tentons, et tentons encore, de passer la littérature contemporaine par le biais de ces bricolages d’atelier, de l’éprouver, de mieux la lire.

Reprendre vie, vigueur, vigilance, par et avec la langue – et bientôt, regagner du terrain, contrer ces annexions multiples.

 II – Copy party (dans la Médiathèque Diderot) /

(Principes de la Copy Party (repris du blog de la première Copy Party, sur la campus de l’IUT de La Roche-sur-Yon, en 2012))

Notre proposition faite à Lionel Maurel était de nous aider à réfléchir ensemble, par le biais de ce mode de rassemblement, sur cette notion de « communs » qui nous concerne tous. Son propos introductif aura mis en perspective la notion de Copy Party, ses fondements. Party qui, mise en pratique ensemble, fut une promenade réflexive (et non pas un hold-up, ou braquage de ressources ou ce qu’on pourrait s’imaginer en lisant trop vite : l’évènement Copy Party a des règles, il respecte les lois en vigueur et les interroge) au cœur de ce beau bâtiment, qu’est la Médiathèque Diderot de Rezé, une flânerie orientée.

Au top départ, lorsque chacun part en quête de quelque chose à copier, ce qui s’entame  sous forme de jeu, est un moment de recherche, d’une recherche active. Que voudrais-je emporter avec moi, et garder, de ces milliers de documents, se dit-on, face à la masse documentaire. Et tout comme une contrainte formelle et temporelle précipite l’écriture, en contexte d’atelier, l’orientation vers la copie, la formulation de cet « objectif » ludique enrichit notre errance entre les rayonnages.

L’échange qui suit, et conclut ce deuxième moment de la journée est riche en nouvelles questions et problématisations, entre bibliothécaires et usagers, entre individus, entre lecteurs, auditeurs, regardeurs : un moment de partage que cet échange hors norme, hors jargons, en territoire, un échange en territoire partagé.

III – Atelier de pratique

Durant cet atelier de pratique en groupe restreint, nous avons ensuite revisité, avec Catherine Lenoble, certaines des questions posées le matin. Comme souvent en situation d’atelier, une interprétation littérale, au pied de la lattre, d’un fait de langue permet, lance, autorise. Nous nous astreignons strictement à : ne pas diffuser de copie de ce document destiné à usage privé, et de fait, nous en appelons à l’intertextualité, à la réécriture de ce que nous lisons. Ce que je copie je le lis, je me l’approprie, et sitôt lu, appréhendé, approprié, il en résulte autre chose. Ce que je lis, je le transforme, je l’augmente de ma lecture.  (Et le partage des connaissances est un élan, une porte ouverte vers de futures créations).

Exercice 1 Amplifier ou dégrader (Copie de copie de document)

Partant du document copié le matin même, gardé par devers soi, nous couplons cette appropriation à une réflexion sur sa nature même. Qu’advient-il de ce dont nous nous emparons, ce que nous lisons n’est-il pas sitôt réécrit en nous ? Après présentation de l’autobiographie des objets de François Bon (où chacun des objets du passé considéré ouvre, sinon un monde, du moins sur une perception et un trajet dans le monde : c’est comme si, chacun de ces objets, scruté, regardé de près puis de plus loin, envisagé dans ses rapports multiples avec son propriétaire, son intercesseur, son origine, sa destinée, pouvait permettre de déplier de façon heuristique une manière de voir et un parcours, à la fois intime et générique), nous allons scruter le document comme nous scruterions un objet étranger, et tenter d’en écrire tout ce qu’on peut en écrire jusqu’à épuisement.

La consigne,  donc :

Réécrire ce document – sans le paraphraser : c’est à dire : si c’est une image, l’écrire sans insert d’images ; si c’est du texte, l’écrire sans rien en citer ; l’écrire autre ; n’en révéler, dans le corps du texte, aucun élément contextuel trop éclairant (notice, auteur, date).

Les textes produits sont à lire ici.

Ce moment hybride – le répéter – à la fois journée de formation (très) professionnelle & (très) ouverte à tous ; dépliement en plusieurs temps d’une parole savante, éclairante, avisée ; relecture par l’écriture de l’acte de copie, lui-même actualisé par la parole de Lionel Maurel ; étoilement d’une assez grande subtilité, passé comme une lettre à la poste (ou comme un statut facebook), outre d’être joyeusement utile, nourrissant pour celles et ceux qui y auront participé, aura, très personnellement, constitué la confirmation d’une intuition (de plusieurs : la bibliothèque réenvisagée comme terrain de jeu, d’exploration, de quête ; l’efficacité d’un mode de formation actif, littéralement en mouvement), et l’endroit de germination d’autres intuitions, rapports : comme quoi ça ne s’arrête jamais cette machine-là, cette énergie du Vivant, que nous procurent, que revigorent, les œuvres et ce qu’elles nous disent. Et que transformer cette parole, ces mots, en matière neuve, en intrications inédites puisque spiralées intimement, ne cessera pas, quelles que soient la technicité et la robustesse des cadenas.

D’ici là se le garder en tête : tout comme l’acte de copier qui, non,  n’est pas l’égal de voler ; il n’est pas interdit de ne pas interdire.

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Projet El Pocero : dans une ville fantôme de la crise espagnole par Anthony Poiraudeau (éditions Inculte, février 2013)

« J’avais rêvé de villes loin dans la plaine. Leurs silhouettes distantes et dentelées de tours émergeaient au fond du paysage onctueux et ouvert, et l’étendue était toute entière devenue disponible – toute surface n’était que douceur cotonneuse. »

Fin février, il fait un froid hargneux et persistant sur Paris où je passe une semaine, les trajets (nombreux pour relier le Sud où je réside aux Nord et Est où vivent & agissent l’essentiel de mes connaissances) se font tous en métro, où j’aurai lu l’essentiel de ce livre : ma déambulation mentale dans cette Espagne aride aura été rythmée par le défilement des stations des lignes 6 et 9 du métro parisien.

Le livre Projet El Pocero : dans une ville fantôme de la crise espagnole (éditions Inculte, février 2013), de Anthony Poiraudeau, dont une forme de making-off a été publiée, en trois volets (lire le volet 1, le volet 2, le volet 3), sur remue.net, est enfin entre mes mains, je l’attendais j’avoue, comme une promesse – promesse tenue.

Le travail d’Anthony Poiraudeau, lisible sur son blog futiles et graves (mais aussi sur le site  Standards and more), questionne le paysage en tant que structure, observée debout, en marche – l’intérêt tout particulier qu’il porte à certains artistes de Land art ou artistes marcheurs en atteste. Et son écriture de fiction (lire pour exemples sa série intitulée Aperçus du Continent retiré, sur remue.net également), qui, même lorsque non « paysagère », non scrutatrice, non géographique, semblait pourtant passer le monde à travers un filtre très particulier, l’observant (le monde, tout comme la fiction, le récit en cours) en entomologiste déplacé, offrait matière à présage – présage tenu.

C’est une forme de commande, qui lui aura été passée (sur la base sans doute des mêmes présages et promesses) par l’éditeur Inculte : enquêter sur une ville qui n’existe pas. Ou plutôt, sur une ville qui n’existe pas vraiment. Ce voyage à El Quinon, ville nouvelle inachevée et quasi-déserte, au sud de Madrid, fait suite à l’excellent Paris est un leurre, de Xavier Boissel, paru l’an passé. Les deux ensemble constituent l’amorce d’une collection qui ne dit pas son nom (manière de demeurer ouverte et problématique), qu’on dirait consacrée à une ramification très spécifique de la fameuse psycho-géographie initiée par les situationnistes (« La psychogéographie se proposerait l’étude des lois exactes, et des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus, Guy Debord, 1955) : le voyage, concretvers et dans la ville-paradoxe, la ville-fantôme, inachevée, morte-née, imaginaire. (Et ainsi, s’inscrivent dans les traces des pas divagant de Iain Sinclair, dont Inculte fut aussi l’éditeur du livre-monstre London Orbital, récit en plusieurs centaines de pages d’une errance totale, impossible et accomplie, autour de la M25, gigantesque autoroute ceinturant la mégalopole londonienne  (à l’écoute : cet entretien que m’accorda Philippe Vasset, écrivain et préfacier dudit livre, à ce sujet, au Lieu Unique)).

Poiraudeau est allé visiter El Quiñon (sur le web, puis sur les lieux, en Espagne), ville nouvelle jamais parvenue à terme et figée, comme ces animaux préhistoriques congelés en plein mouvement, comme ces habitants de Pompéi jamais revenus d’aller chercher du pain. Il est allé visiter : la ville, ses alentours, ses raisons, son contexte. El Quiñon est une aberration immobilière comme seul le capitalisme (ses bulles, ses crises, tout aussi structurelles) peut en produire. El Quiñon pourtant s’élève au milieu de la plaine, offre ses terrasses désertes à un front de mer imaginaire. El Quiñon se traverse – se traverse à l’infini, pour ainsi dire, tant l’hypothèse d’un centre-ville toujours s’échappe sous les pas de l’enquêteur. Le projet El Pocero est une enquête, sur ce qui demeure, quels que soient les angles sous lesquel l’envisager : un rêve.

« Il m’avait semble voir Aranjuez.Des collines et des déclivités avaient couru vers le sud jusqu’aux bordures du ciel, où des clochers noirs s’escaladaient les uns les autres pour former un bouquet d’ombres voilées. Sans rien savoir du visage d’Aranjuez, ni à peu près rien d’elle, sinon l’image sans contours de palais et jardins somptueux et ses airs de concerto pour guitare et orchestre, j’avais reçu dans le rêve la certitude que cet épaississement architecturé de l’horizon se nommait Aranjuez. Comme si, connaissant un mot sans en savoir le sens et rencontrant pour la première fois l’objet qu’il désigne, l’évidence s’imposait de faire de l’un le signe de l’autre, sans se tromper. »

Sans rien savoir, précise-t-il. Récurrence, au long du livre, de cette affirmation d’humilité, de limitation de l’horizon de la démarche : l’auteur le précise, il n’est ni urbaniste ni géographe, ni spécialiste de la crise financière, ni explorateur patenté, expert en rien. Cette modestie, qui l’honore, est aussi une vertu productrice. (Productrice d’humour, et d’empathie, face à ce nous-même mal armé pour la survie en désert urbain, comptant ses réserves de pépitos, gâteaux qui sont on le sait bien, les favoris d’Indiana Jones et de Corto Maltese). Ainsi chemine-t-il, l’œil aussi ouvert que possible, parmi les signes (signes déposés dans les livres & le web, signes visibles dans le monde dit réel), c’est une expérience de marcheur, menée à ras de terre, avec les moyens du bord. Anthony Poiraudeau nous raconte la ville, nous raconte sa visite de la ville, et la superposition des visions agrandit ce qui dans tous les cas constitue, toujours : un rêve.

Raconter El Quiñon, déjà :

Cet « énorme ensemble d’immeubles (…), construit en quelques années sur le territoire de Seseña, à environ trente-cinq kilomètres au sud de Madrid, (…) est une énormité très prompte. Entre 2003 et 2008, environ 5500 logements ont été construits ici, de quoi loger plus de 16000 personnes. Sa construction devait se poursuivre jusqu’à l’édification achevée de 13000 appartements, où 40000 personnes auraient pu résider – l’équivalent de la population de Chartres ou d’Angoulême. Mais ce n’est pas ce qui est arrivé ».

Ce qui est arrivé, c’est une chute, celle du démiurge, du géniteur de ce mirage mégalomane : Francisco Hernando, entrepreneur immobilier, plus connu dans son pays sous le surnom d’El Pocero (l’égouttier). Sa biographie, de self made man comme l’époque les vénère, aussi grossier qu’infatigable, caricature vivante d’entrepreneur couillu, est tranquillement épique. Des égouts qui lui valurent son surnom aux villas les plus luxueuses d’Espagne, le trajet ascensionnel, digne des mythologies contemporaines est rendu en quelques pages exemplaires… descente incluse. El Quinon est son dernier chantier d’ampleur, dont l’abandon en cours est, d’évidence, symbolique sur tellement de plans, qu’on sait gré, aussi, à Anthony Poiraudeau de ne pas trop en faire : décrire suffit, parfois, pour faire passer de très belles perspectives et potentialités. La chute et l’étiolement font aussi partie du rêve, le renforcent, l’agrandissent :

« Après avoir construit pour les pauvres parce qu’il ne l’était plus, après avoir construit pour les riches parce qu’il l’était devenu, après avoir construit pour personne, j’imagine que Francisco Hernando peut sans peine construire pour un dictateur, si c’est désormais sous la coupe des dictateurs que les villes continuent de s’étendre, avec ou sans habitants. Peut-être qu’El Pocero se prend à trouver là, en artiste, une sorte de pureté formaliste de villes absolues enfin possibles, tout à fait nues, que l’absence d’habitants n’empêcherait pas de toujours continuer à croître, comme elle n’empêcherait pas Francisco Hernando de toujours continuer à bâtir – un unique chantier, pour que la vie d’El Pocero perpétuellement grandisse. »

Le rêve d’une ville infinie, sans centre ni périphérie, sans début ni fin, absolument onirique, est ce qui préside à la construction d’El Quiñon. Une image mentale de ville. Une projection. C’est une projection qui demeure, une simple trace, un photogramme, que l’enquêteur traverse. Et c’est ce rêve que redouble l’auteur (caché, discret, dans l’enquêteur, lyophilisé pour le voyage), dont l’écriture, précise parfois jusqu’à l’extrême, d’une minutie de géomètre, penchée sur les structures, les formes, leur empilement, parvient à dégager de ce méticuleux examen de surface une béance. Un empêchement. Un manque.

Le manque se dénombre et peut se lister : il manque des gens pour peupler cet espace. Il manque un usage à ces lieux fonctionnels (magasins jamais investis, espaces libres vacants de tout flâneur). Il manque un centre à cette ville. Il manque le roulis des voitures, les ondes et l’électricité, il manque l’encombrement de matières qui forme ville, ordinairement. Il manque même, très concrètement,  l’irrigation nécessaire à faire vivre le nombre d’habitants initialement envisagés par El Pocero (cruelle ironie de comprendre que le projet mégalo de l’égoutier n’aurait de toutes façons pu aboutir, même achevée, même pourvue en habitants potentiels, qu’à une ville hors de tout usage et fatalement désertée). L’eau manque, elle manque en surface (l’environnement, aride au plus haut point, nous est rendu hostile) et manque en potentialité d’usage.

L’eau manque et souligne ce qui dans ce paysage est LA pièce manquante : la mer. On l’a dit plus haut, mais ce fantôme d’urbanisme, cette maquette échelle 1:1, cet agrégat d’habitat vidé de ses habitants, évoque immanquablement l’atmosphère régnant dans les stations balnéaires, hors saison. Tout à ce vertige que lui provoquent ces formes sans fonds, cet extérieur sans intérieur, Anthony Poiraudeau cherche la mer. Il la cherche en cette station plus orbitale que balnéaire, il la cherche et croit la trouver, il en hume les fragrances – et finira par en trouver l’origine, lors d’une conclusion qu’on taira.

Des surfaces scrutées émanent des mirages, qui sont une part de nous-même. Une poétique ici se rêve s’écrivant, discrètement, quelque chose se confirme – une promesse, un présage – la fin tant attendue de l’hiver, déjà.

« Alors, la ville qu’a rejoint le voyageur en lieu et place de celle qu’il est venu chercher est celle d’un autre lointain, un lointain qui est une proximité sans distance, une formulation de familiarité, sans être pour autant la réduction à rien de tout ailleurs, mais plutôt une transformation de l’ailleurs en un nulle part partout similaire, où se trouver revient à être également, au même moment, situé dans tous les autres lieux identiques du monde, aussi distants soient-ils. »

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Lire aussi le bel article consacré à ce livre, sur le tierslivre de François Bon.

Projet El Pocero (Dans une ville fantôme de la crise espagnole), de Anthony Poiraudeau, éditions Inculte / ISBN : 979-1-091887-06-9 / 13×18 | 128 p. | 13,90 €

Lionel Maurel, intelligent et collectif (jeudi 14 mars à Rezé, Copy party & +++)

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Dans le cadre de ce cycle [Lire+écrire] numérique, co-organisé avec Catherine Lenoble pour le CRL Pays de la Loire (voir le blog dédié, qui présente tout & plus encore), nous accueillerons Lionel Maurel (juriste et bibliothécaire (alias Calimaq, http://scinfolex.wordpress.com/) jeudi 14 mars à la Médiathèque Diderot de Rezé (merci de cet accueil), pour une journée (deuxième du cycle), intitulée :

Copy party – Communs, données publiques et culture libre,

journée durant laquelle. nous écouterons Lionel nous présenter le concept de copy party, en ferons une avec lui, et questionnerons & redocumenterons notre expérience collective, via un atelier d’écriture connectée, en direct sur le blog.

Tout est expliqué ici et repris en note plus bas.

Ce cycle est une belle expérimentation, expérience de formation, transmission et création. Les prises de parole (voir à ce sujet les captations des interventions de Olivier Ertzscheid et de Laurent Neyssensas lors de la première journée du cycle) savantes et synthétiques sont relues (par l’écriture en atelier) et réinterrogées sur le blog, façon d’amplifier leur assimilation en même temps que d’éduquer aux outils de publication en ligne. C’est un modèle hybride de journées de formation, qui à notre humble échelle, s’invente – et de cette logique, cette deuxième journée du cycle est exemplaire : découpée en 3 temps (1 – parole explicative et de mise en perspective, 2 – expérimentation de la copy party, 3 – interrogation par l’écriture de l’expérience partagée), redocumentée par la suite sur le blog dédié,  elle constituera, nécessairement, un moment communautaire et hors du commun.

« Il est temps selon moi d’instaurer une “pax numerica” en trouvant de nouveaux moyens de financer la création et les auteurs. Des solutions ont été proposées du côté de la licence globale ou de la contribution créative. Il est temps de les mettre en œuvre. Par ailleurs, il me semble essentiel de consacrer beaucoup plus fermement la notion de “biens communs” dans l’environnement numérique. Le savoir et la connaissance ne peuvent pas être soumis à un régime d’appropriation exclusive comme les biens matériels. Quand je partage un bien matériel, il se divise. Mais quand je partage une connaissance, elle se multiplie et se propage. Le droit doit prendre en compte les caractéristiques propres de l’environnement numérique. Ce serait le moyen à mon sens de tirer pleinement profit de l’intelligence collective qui est à l’œuvre sur Internet et qui constitue sans doute l’un des biens les plus précieux de l’humanité aujourd’hui. A titre personnel, je m’efforce de faire de mon mieux pour rendre à l’intelligence collective tout ce qu’elle me donne. » (Lionel Maurel, extrait de cet entretien pour livreaucentre.fr)

De Lionel Maurel, j’ai eu l’occasion de découvrir l’expertise lumineuse et l’amplitude de son champ d’intervention (capable d’analyser le succès du Gangnam Style sous l’angle de la relativisation du copyright, autant que de rédiger un projet de loi crédible pour le domaine public en France), lors de cette intervention en 2011  pour Livre au Centre (consulter le podcast disponible).

C’est une chance de pouvoir proposer cette parole en partage, et de s’en servir comme appui, comme clé, pour construire, ensemble, de l’intelligence collective.

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Programme et détails
Copy party – Communs, données publiques et culture libre
Jeudi 14 mars 2013
Bibliothèque de Rezé
Médiathèque Diderot, place Lucien-Le-Meut, 44400 Rezé
Renseignements & inscriptions
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Déroulement de la journée
9h30 : Accueil café
10h : Conférence de Lionel Maurel autour des notions des biens communs, de culture libre et de domaine public , puis temps d’échange à propos du principe de Copy Party, en tant qu’application pratique, assimilable, vivante, de ces concepts fondamentaux et militants.
Copy party expérimentale dans la médiathèque de Rezé, en fin de matinée.
12h30 : Pause déjeuner
14h : Atelier « copier/donner » : Exercice d’écriture de la copie : écriture à propos d’un document de ma bibliothèque, réinterprétation, intertextualité – écriture en ligne et en direct sur le blog dédié.
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Copy party ?
// Le 7 mars 2012, à La Roche-sur-Yon, Lionel Maurel, Silvère Mercier et Olivier Ertzscheid inaugurent le concept de Copy Party, par une première mondiale qui fait date. Le happening est à la fois militant et pédagogique : Lionel Maurel en explicite les fondements sur son blog (Silex) :
 » Depuis une réforme du régime de la copie privée intervenue le 20 décembre 2011, le législateur a explicitement indiqué que les copies privées, pour être légales, devaient être réalisées à partir d’une « source licite ». La loi n’indique cependant pas que ces sources licites sont limitées aux exemplaires dont le copiste serait propriétaire. A ce titre, il existe d’autres manières de se procurer de telles sources licites et les bibliothèques en sont une. En effet, consulter ou emprunter un document en bibliothèque constitue un moyen d’accéder légalement à une œuvre protégée. C’est la raison pour laquelle une Copy Party est désormais possible en bibliothèque. Avant la réforme de décembre 2011, des incertitudes existaient, à la fois dans la jurisprudence et dans la doctrine, au sujet de cette question de la source licite (dite aussi, « licéité de la source »).
Lors de la Copy Party, vous pouvez donc réaliser des reproductions à partir des documents et ressources qui font régulièrement partie des collections de la bibliothèque. Cela vaut par exemple pour les livres, les périodiques (revues et magazines), les CD ou les DVD. »
Nous avons proposé à Lionel Maurel, un des auteurs-initiateurs de cette journée et de ce concept, à la fois bibliothécaire et juriste, de nous aider à réfléchir ensemble, par le biais de ce mode de rassemblement, sur cette notion de « communs » qui nous concerne tous. Son propos introductif mettra en perspective la notion de Copy Party, laquelle, mise en pratique ensemble, nous permettra de prolonger ensemble et activement cette réflexion.
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Principes de la Copy Party (repris du blog de la première Copy Party, sur la campus de l’IUT de La Roche-sur-Yon, en 2012) :
QU’EST-CE QU’UNE COPY-PARTY ? Un évènement permettant aux usagers équipés de scanners, de téléphones ou d’ordinateurs portables de les amener et de copier des livres, cd, ou dvd en provenance des collections des bibliothèques !
A QUELLES CONDITIONS PEUT-ON PARTICIPER A UNE COPY-PARTY ?
● Ces copies doivent être réservées pour votre usage personnel
● Chaque personne doit faire ses propres copies avec son propre matériel de reproduction (appareil photo, téléphone portable, etc.)
● Elles doivent être réalisées à partir des documents originaux consultés dans une bibliothèque
● L’acte de copie ne doit pas briser une mesure de protection technique (DRM)
QUEL EST L’OBJECTIF D’UNE COPY-PARTY ? Au travers d’une action symbolique, militante et festive, il s’agit :
● de sensibiliser les usagers à la législation sur le droit d’auteur et la copie privée ainsi qu’aux problématiques du partage des oeuvres aujourd”hui
● d’attirer l’attention sur l’intérêt et le rôle des bibliothèques dans la diffusion, le partage et l’accès aux connaissances au XXI ème siècle.
● de questionner les acteurs politiques nationaux et locaux sur l’essor des politiques de criminalisation des pratiques numériques et sur l’urgence de maintenir une libre circulation des savoirs dans le cadre d’une offre légale.
DE QUOI A-T-ON BESOIN POUR PARTICIPER ?
D’un peu de matériel. Au choix, un smartphone équipé d’un appareil photo et ou d’une application permettant de scanner des documents, et/ou un ordinateur portable avec un scanner, et/ou un appareil photo numérique, de quelques DVD vierges si vous souhaitez copier des DVD.
Et d’un peu d’engagement : à votre arrivée, vous devrez signer un document par lequel vous vous engagez à ne réutiliser le produit de cette copy-party qu’en conformité avec le code de la propriété intellectuelle, dans le cadre d’un usage strictement personnel.
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L’intervenant : Lionel Maurel, juriste et bibliothécaire
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(Par thesupermath. CC-BY-SA. Source : Wikimedia Commons, remix by GB)
Lionel Maurel http://scinfolex.wordpress.com/
À la fois conservateur des bibliothèques et spécialisé dans les questions juridiques liées à leurs activités, notamment sur tout ce qui touche aux droits d’auteur dans l’environnement numérique, cette double compétence de juriste et de bibliothécaire lui confère une expertise rare dans ces domaines mouvants et problématiques. Il anime le site Calimaq S.I.Lex, au croisement du droit et des sciences de l’information. Il est co-fondateur du collectif SavoirsCom1. Lionel Maurel a à cœur de « rendre à l’intelligence collective tout ce qu’elle lui donne » (voir aussi cet entretien avec lui).