Professeur Cyclope, volumes 1 à 3

(Présentation de cette revue de bd numérique– reprise augmentée d’un article, paru dans Encres de Loire n° 64).

oeil

Professeur Cyclope :

Cette revue de bd numérique, lisible sur ordinateur ou tablette connecté au web, est une initiative novatrice, saluée comme telle un peu partout, notamment par arte.

Au-delà de la nouveauté constitutive au projet (voir notamment cette interview d’un de ses co-fondateurs, Fabien Velhmann), interrogeons maintenant, à l’heure de la parution de son numéro 3, la revue dans sa continuité.

Ce qui frappe c’est d’abord la qualité des séries présentées, variées en genre comme en style graphique, du fait d’un casting au dosage subtil entre auteurs reconnus (Olivier Texier, et bientôt Philippe Dupuy) et heureuses découvertes (Anouk Ricard ou Stephen Vuillemin, pour n’en citer que deux). Ceci énoncé, que cette revue de bd numérique soit une bonne revue de bd, excellente nouvelle ma foi, témoin d’une intelligente réaction des créateurs conscients de la mutation des usages (souhaitons, au passage, à la littérature « strictement textuelle » nombre d’initiatives de ce genre, car il serait bon que publie.net ne perdure pas seul dans ce défrichage ardu). Excellente nouvelle, mais au-delà, qu’en est-il de l’épithète numérique ? Quid du support, qu’apporte-t-il à la revue Professeur Cyclope, aux formes et à la lecture, hors gain de place et attrait pour la nouveauté ?

Meilleure nouvelle encore : c’est à la lecture (approfondie, imprégnée) que quelque chose, réellement, change. La lecture se fait, dans certains cas, selon un défilement (horizontal, chez Anouk Ricard ; vertical, chez Stephen Vuillemin) de case en case (l’effet zoom induit est fort appréciable graphiquement, l’œil reçoit mieux chaque dessin, sans que l’agilité du regard y perde, de par la rapidité et l’ergonomie du support). Dans d’autres cas, les cases sont animées, de façon minimale mais efficiente (chez Stephen Vuillemin, par exemple). Un retour à la case, en somme, et de fait : au dessin. D’ailleurs, la planche, format « classique » de la bd en albums, est sans doute celle qui y perd le plus, ou qui y « gagne » le moins – preuve, s’il en fallait, de la nécessaire complémentarité des supports, de la nécessité de les faire coexister : la bd numérique, loin de la pensée en planches, ne tuera pas l’album.

Notre œil, celui qui guide le lecteur (cette somme de savoirs, désirs, expériences, aspirations) que nous sommes, est bougé, remué. Réveillé. Ces bouleversements, des plus subtils, sont peut-être les plus importants : toute la distribution de l’information est questionnée, et par là, la structure même de ce que l’on nomme bande dessinée. Et c’est, alors, tout notre rapport qui bouge.

La bd ne devient pas pour autant du cinéma d’animation, le découpage du récit en une succession d’unités-cases demeurant le fondement, la caractérisation de cet art. Mais l’expérimentation s’avère favorisée, une expérimentation excitante et partagée : ce qui est permis à l’auteur permet en retour au lecteur, dont l’expérience de lecture s’avère discrètement, mais réellement, enrichie. Une aventure à suivre avec appétit. (cliquez ci-dessous pour vous abonner).

Pr_Cyclope 3' - revues_professeurcyclope_fr_2013_03_#chapter_cover

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