Be your size, small men | Rencontre avec Eric Chauvier, Lieu unique, jeudi 6 juin 2013

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 » S’il faut bel et bien constater la prolifération de ce nouveau malaise dans la culture, il n’est pas trop tard pour réagit et faire sienne cette maxime d’Austin : « Be your size, small men« . » (in Anthropologie de l’ordinaire, édition Anacharsis, 2011)

Cette rencontre avec Eric Chauvier, que la librairie Vents d’Ouest m’offre d’animer (merci à eux), est l’occasion pour moi de fouiller plus avant encore cette œuvre en cours, marquante au plus haut point. D’Anthropologie à Somaland, cette série de livres courts et denses, édités pour l’essentiel aux éditions Allia (dont on complétera la lecture par son Anthropologie de l’ordinaire, explicitation de sa démarche, démarche d’enquête et d’observation (anthropologique) assortie d’une discipline d’écriture (littéraire)) vont à la rencontre de moments du réel et les détaillent, pour en saisir la part obscure, invisible, implicite. La mélancolie profonde de la béance communicationnelle que constitue un « échange » avec un télévendeur. Le cynisme « naturel », digéré, presque oublié de ses auteurs, des démarches de « communication de crise ». Notre protection par la distance (par le langage) face à des situations de misère. La zone périurbaine anonyme telle qu’elle est traversée et ressentie par ses occupants (dont il est).

Eric Chauvier est anthropologue. Il a choisi de déplacer sa discipline, n’hésitant pas à enquêter sur lui, ses proches – voire à les placer en situation d’observation, et à s’observer lui-même les observant. Cet inconfort est réflexif, productif – il est aussi une position éthique, un engagement très particulier dans le double geste d’observer puis écrire. Chauvier observe de près notre malaise contemporain, par le prisme du langage et du trouble. De près, par l’observation de l’individu en situation quotidienne. Ne s’excluant pas du champ d’observation. C’est notre usage de notre monde, partagé,  qu’il nous restitue, qu’il interroge, qu’il nous restitue en questions

« L’anthropologie de l’ordinaire serait dans une certaine mesure une activité non divisée, qui ne concevrait plus ce cloisonnement systématique entre les lieux de notre souffrance quotidienne et les moyens de l’endiguer, généralement par la thérapie ou le divertissement. Ce serait une alternative heuristique, consistant à prendre la tangente et à considérer que tout ce qui se vit est bon à examiner, en bref : une discipline de vie. Il ne s’agit cependant pas de conclure, de façon démagogique, que tout le monde peut pratiquer une anthropologie de l’ordinaire. Par contre, tout le monde peut se se spécialiser dans l’étude de son ordinaire. Je ne suis ni plus petit ni plus grand dans le cadre de mon observation. Ma compétence première consiste à ajuster ce cadre à ma taille, à trouver les outils adaptés. »

(Ci-dessous Reprise de l’annonce de la librairie Vents d’Ouest, sur le site du Lieu Unique :

Carte blanche à la librairie Vent d’Ouest : Somaland, ovni littéraire
Dialogue avec Éric Chauvier

« Cette phrase « ensemble, relativisons nos maux », j’aurais aimé en être l’auteur (grave). Cette phrase, malheureusement, n’est pas de moi, elle est d’un homme, oh (effrayé et affecté) un homme tout simple !… »
Un expert est envoyé sur le site d’une usine utilisant un solvant hautement toxique, avec pour mission de dresser un état des lieux concernant l’implication de la population dans la prévention des risques industriels. Cette usine répand dans l’atmosphère une odeur nauséabonde. Dans le dialogue du chercheur avec les responsables, décideurs, et la population d’une des cités située en zone dite « sensible », l’un de ses habitants a été employé en tant qu’intérimaire sur le site. Il est persuadé que le solvant dégagé par l’usine a altéré la physiologie et le psychisme de son ex-petite amie, provoquant la rupture de leur couple. Notre expert consigne les failles et dysfonctionnements des différents propos. Se pose à lui la question de comment consigner ces différents langages. Quelles relations psychologiques et politiques la vérité entretient-elle avec la liberté humaine ?

Après des études de philosophie à Bordeaux, vérifiant que la crise de cette discipline est, comme l’a avancé Wittgenstein, un problème de langage, Éric Chauvier se tourne vers l’anthropologie, parallèlement à son statut de vacataire dans l’enseignement. Ses missions l’amènent à enquêter sur les populations résidant près des sites SEVESO. Somaland est son 6e livre édité en 2012 chez Allia.

Jeudi 6 juin 2013, 18h30.
entrée libre dans la limite des places disponibles
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