ZERO (ou, rentrée littéraire=tête à toto)

zero

« Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture.»

(pourrait-on commencer par conclure, par paresse, par erreur et par flippe, façon Finkielkraut, Socrate ou citation babylonienne.)

Zéro, ont-ils répondu.

(On pourrait noter, et mettre Zéro.)

(Ou peut-être : y réfléchir.)

La situation est la suivante : Ce lundi matin 23 septembre, je donne la seconde séance d’un cours autour du numérique et du littéraire, de leurs intersections, rapports, de certains aspects du web qui profitent au littéraire, de ce que la littérature apporte au réseau : le cours s’intitule L’expérience web et littérature : auteur, lecteur, en collectif – expériences et usages, il est détaillé sur e blog dédié.

Merci à Olivier Ertzscheid et Claudine Paque de m’y avoir invité, c’est une belle expérience, neuve, pour moi, qui suis plutôt accoutumé au travail en atelier, ou sous des formes plus horizontales et collaboratives – mais si l’on vous confie un groupe de licence pour prendre parole devant eux, c’est que sans doute, vous dites-vous, vous avez quelque chose à leur dire, voire enseigner – et comme dans beaucoup de cas, d’avoir cette contrainte et commande précipite la structuration d’un discours, lui prête forme.

Pour autant, le cours n’est pas de format magistral – quatre heures durant, je n’aurais pas pu, ne serais plus là pour en parler, mais en réanimation àl’Hôtel-Dieu. Et pour ponctuer, mais aussi pour produire, échange, interaction, et rebond, je pars de leur connaissance, de leur usage, de là se bâtira mon propos. La question d’entame de cette seconde séance est donc :

Comme nous sommes en septembre, c’est-à-dire, pour le « monde du livre », en pleine « rentrée littéraire », jusqu’à la « semaine des prix début novembre) : un phénomène à la fois éditorial, médiatique et économique : tentons de l’observer ensemble.

Question 1 (sans documentation extérieure, non connectée) : « Pouvez-vous citer des titres de la « rentrée littéraire » dont vous avez eu connaissance, et combien ?

Question 2 : « Usant du web et de ses ressources, documentez-vous et voyez combien de titres vous parvenez à citer, en quelques minutes ».

Le dépouillement des titres, de leur récurrence, et l’observation des médias utilisés pour trouver ces titres, de la méthode usée par chacun, chacune, pour se documenter, est la base de travail et de réflexion de cette séance. Comment l’information nous parvient-elle ? Comment allons-nous la chercher ?

Les réponses sont éloquentes : sur quinze étudiant(e)s en licence métiers du livre, à la première question (citer de mémoire, sans ouvrir google ni firefox), dix répondent « Zéro », deux répondent « un », deux répondent « deux », une répond « cinq ».

On pourrait les fustiger, ces étudiants en licence métiers du livre, leur dire que, quand même, il faut s’informer, qu’ils n’iront pas bien loin, qu’ils manquent de curiositéla suite de mon cours tend à l’encouragement à plus d’auto-documentation, à stimuler l’esprit de butinage, à leur donner des outils de recherche, pour répondre à cette part de l’effet causé. Mais, est-ce par idéalisme, par jeunisme, ou par goût des perspectives (voir cette page de citations du même acabit que celle que j’ai mise plus haut), je trouverais ça trop simple, trop paresseux, trop erroné, trop flippé.

Le choc, quand même, est rude, pour mon littéraro-centrisme ordinaire : j’ai beau fustiger, m’agacer de la rentrée littéraire gnagnagna, de cette abondance ras-le-bol, de la fatigue inhérente assommant vraiment, si je m’en agace, c’est bien parce qu’elle me concerne (et que j’aime les livres, et que je m’en suis acheté pour une petite centaine d’euros ces dernières semaines). Et que je ne suis pas le seul : qu’une part de mon réseau, professionnel ou de graphe social sur twibook, s’il partage cette fatigue, c’est bien qu’elle le concerne. Mais ces jeunes, de vingt ans et quelques, lecteurs, parfois très, voire plus si affinités, tentés par le monde du livre au point de se professionnaliser, ne sont aucunement atteints, ou si infiniment peu, par le bruit ambiant et nos spéculations quant aux palmarès d’automne, qu’il y a question à se poser. Je ne saurai la formuler exactement, elle est composite, réversible pour partie, elle fiche la flippe, un peu, par la bascule qu’elle nous fait dans un formol étrange, un monde déjà passé, qui forcément passera, vieillira avec nous.

Rentrée littéraire = Tête à Toto, donc. Et se dire que cette effet abondance concentrée, cette auto-intoxication à et par la consommation, si elle n’a pas encore fait la preuve dans ce dit milieu qui est le mien, de son aspect un brin suicidaire, n’aura pas besoin de le faire par la suite, puisqu’elle n’indique plus rien, pour ceusses qui viennent ensuite.

Elle passera, comme tout passe, et l’effet sera de réduction, de standardisation – les financiers n’attendent peut-être que cela, risquerions-nous, si ce n’était crier au complot.

Lire durera, ici et là,

et mes libraires, qui sont vivants, trouveront à vendre, conseiller, produire.

Mais la rentrée, elle ne durera pas. Elle passera, voilà. Lire durera, la rentrée elle, passera. Ça ira.

(On ne sait pas vraiment où, mais ça ira.)

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2 réponses à “ZERO (ou, rentrée littéraire=tête à toto)

  1. c’est plutôt réjouissant, non ?

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