Virginie Poitrasson, Il faut toujours garder en tête une formule magique. 

(Texte lu avant la lecture de Virginie Poitrasson à Midi Minuit poésie 13ème édition, samedi 12 octobre 2013, 22h45, à Nantes.)

(à paraître dans Gare maritime 2014, en juin 2014)

Virginie Poitrasson,  Il faut toujours garder en tête une formule magique.

Ou, par ailleurs :

« Enoncés et puis soudain la vocalise chick-a-dee-dee-dee comme nombril, centre de gravité, pas peu nostalgique, le monde tout entier est brodé, perlé, ses sections terrestres et célestes et aussi ses espèces végétales, animales et humaines. Juste une question de gravité, de désignation.

Broder pour mieux désigner, sommes-nous ces pauvres bavards grimaçants ? »

C’est tout un programme. Dans tous les cas, à chaque instant, tout un programme. C’est tout un programme à chaque ligne, ou vers libre, ou demi-ligne, ou paragraphe, tout un programme en redéploiement permanent, chez Virginie Poitrasson, un programme de production de mouvement au cœur de formes changeantes.

Il faut toujours garder en tête une formule magique : le titre de la performance à suivre, et du livre dont elle est tirée (tirée, au sens de hissée : comme les bateaux qu’on met dans des bouteilles, on ajoute une dimension et monte quelque chose qui dans le texte résidait sans qu’on le voie encore, ou pas complètement, en 2D).

Il faut toujours garder en tête une formule magique, titre injonctif dont on pourrait retourner examiner inspecter chaque terme tant ils affirment, isolément, et tellement plus encore, ajoutés. La formule formule magique en appelle aux sorcières, magiciens, fantômes, puissances des mystères et l’enfance qu’ils convoquent aussitôt. La formule formule magique en appelle au langage, aux ritournelles chuchotées intérieur-extérieur, les chick-a-dee-dee-dee  (en français zinzinulation, chant de la mésange), le hiyahiiiyyahaa whoush (chant de guerre téléchargeable) – et l’enfance qu’ils convoquent, ailleurs. La formule formule magique en appelle aux formes qui tiennent les textes (trousseau à l’ancienne, énumération des textiles, en symétrie sur les deux pages en regard, 22 et 23 de celui-ci ; dessins encadrant le texte dans son livre intitulé Tendre les liens, chez publie.net), signes tracés du bout d’un bâton dans le sable – et l’enfance qu’ils convoquent, tierce.

Chaque poème est polymorphe, il y a du son, de la typo, des phrases, des vers peut-être. Et chaque forme est passagère, évoluant, voire mutant, tout  en s’édifiant. Pour dire cette profusion, on citera l’excellente quatrième de couverture du livre, à L’Attente, laquelle par une belle astuce de maquette, est en première, figure de décentrement qui sied :

« Chez Virginie Poitrasson, l’écriture est à la fois événement, retranscription, décryptage et réflexion. »

Les quatre oui, au moins, et ceci à chaque instant, ajoutera-t-on.

Les signes et les lignes et les plis, plis des textiles et mouvement dans le mouvement du texte et de la pensée qu’ils permettent. Non quantifiable, toujours plus grand. Le pli et le grain sont deux des motifs et têtes de paragraphe dans Il faut. Deux formes infiniment déclinables, modulables, imbricables, deux formes de la combinaison desquelles apparaît une représentation du monde, une cosmologie en petit.

Citons :

« Et c’est déjà disparu, apparu encore un peu plus loin, au loin, par les lointains que l’on génère si frénétiquement, fastes mélanges, lignes du désir au-delà de la raison et c’est un peu plus disparu, je m’éloigne de l’attraction, un centre est toujours de trop, comme une obsession du déploiement. J’aime cette déraison du signe, là à jamais disparu, ici pourtant déjà éloigné. Et je m’aligne, oui, sur les lignes de la main, un avenir vers les lointains, être dans la trame et pourtant à reculons. »

Ecrit-elle ailleurs, et l’on observe le programme à l’œuvre.

Il faut toujours garder en tête une formule magique, cette injonction c’est aussi celle, imagine-t-on, d’avant prendre parole et place sur scène, souffler trois fois dans sa main pour conjurer les trouilles, se faire savoir que ça ira, la réalité du moment on en a écrit le grimoire et le mode d’emploi.

Il faut toujours garder en tête une formule magique, cette injonction est rassurance : tout ira, oui, tout ira, si l’on n’omet d’emporter avec soi ce qu’il faut de déraison. N’oubliez pas. Décentrez-vous d’un rien, léger léger, et tout ira.

Bonne écoute.

—————————-

Virginie Poitrasson,  Il faut toujours garder en tête une formule magique. Récit textile, paru en février 2012, éditions de l’Attente
14,5 x 20 cm, 132 pages, isbn : 978-2-36242-019-1

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