le film d’une écriture, pas l’écriture d’un film (un atelier framapad avec des jeunes)

FireShot-Screen-Capture-#01Un atelier d’écriture avec framapad, autour du travail de François Place

(dans le cadre du Festival passages, organisé au Quai d’Angers, octobre 2013)

Revenir quelques minutes et quelques lignes sur ce qui se passe et qui passe, à toute vitesse, au cœur d’un automne très dense. Invité par l’équipe du Quai (Christian Mousseau-Fernandez et Céline Baron, ici remerciés) à proposer quelque chose, lors de ce temps fort destiné aux jeunes (non-) lecteurs, autour du numérique, lors d’un échange vivant (loin du marchandage un peu superficiel qui constitue, souvent, l’ordinaire du commerce du projet culturel), en ce début d’été ; j’ai souhaité proposer un temps d’écriture en atelier, format « standard » (c’est-à-dire publié illico en ligne), suivi d’un temps de mutualisation, d’écriture collaborative (en usant d’un framapad, document partagé, ainsi que j’ai pu en user déjà seul ou bien accompagné à d’autres occasions).

Parmi les auteurs invités à Passages, je choisis de faire travailler les enfants (entre 9 et 13 ans) autour, avec, un/des livres de François Place – et plus précisément Les Derniers Géants, dont j’aime la richesse d’interprétation et la belle puissance métaphorique (que tout, leur vie, le monde, l’univers entier, s’écrive, le vivant, à même la peau des Géants est une si belle idée). La présence de l’image et son constant dialogue qu’elle entretient avec le texte dans les livres de Place, qui est auteur-illustrateur, me semble une belle question à creuser, une source de possibles. Quel médium illustre l’autre ? Qu’est-ce qui vient en premier ? Que se passe-t-il si on les sépare ? L’image sera notre source de textes, d’emblée je le pressens.

L’initiative est excitante, aventureuse, qui vaut bien de prendre un risque, un risque en au moins deux endroits : 1/ je n’ai pas travaillé avec des enfants depuis quelques années 2/ l’œuvre de François Place en (m’en) impose, d’une extrême cohérence narrative, jouant magnifiquement de formes classiques (dans ses dessins, dans ses textes, tous très ouvragés).

À quoi s’ajoutent les habituelles inquiétudes techniques – vite dénouées, ici tout roule, tout est prêt, ordinateur, connections, écran, un tel confort de travail est appréciable (est nécessaire, en fait).

Et l’incertitude fondamentale, avant un atelier numérique, qui est en fait : celle du temps, de son usage, de sa gestion. Question dont je ne sais si c’est la relative fraîcheur du dispositif en mes pratiques (par rapport au classique atelier papier-crayons), ou les conséquences d’une réelle différence, effective, dans le geste d’écrire (que je soupçonne tout de même), qui me fait la reconsidérer comme nouvelle inconnue.

Faire simple. Pour permettre. Le dispositif, les contraintes, doivent être sitôt appréhendés, saisis. Faisons ainsi :

Une image (j’en choisis et détache quinze, dans le livre de François Place, que je donne à voir dans l’ordre chronologique).

Pas de texte.

Choisir chacun une image (la copier coller dans un article).

Ecrire le texte qui manque.

C’est l’étape 1 – qui, si simple soit-elle, permet de questionner attentivement chaque image, observer les informations qu’elle recèle, celles qui éventuellement manquent (et sont complétées par le texte de l’auteur, dans le livre), leur hiérarchisation spécifique.

L’étape 2 est celle du framapad :

On ouvre un document partagé.

Chacun s’y inscrit et choisit une couleur d’écriture.

Chacun y reporte une version hyper résumée du texte qu’il a produit précédemment (en illustration d’une image de Place, donc.)

Et c’est ensemble qu’on travaille aux opérations d’élaboration et de réécriture (ajouter/enlever/corriger/déplacer).

L’interface de chat du framapad sert à dialoguer et à proposer – à travailler collaborativement, en somme.

L’historique dynamique de ce qui se passe est aussitôt screencasté (capté) et l’écriture devient un film.

Les deux films sont à voir ci-dessous , les contenus détaillés des deux séances ici – séance du 9 octobre (3 enfants dont deux garçons) / séance du 13 octobre (sept enfants, toutes des filles).

Les deux groupes auront travaillé très différemment, mais de façon toujours très organisée. Et s’emparer des deux espaces d’écriture simultanée (le corps de texte, collectif ; l’interface de chat, dialoguée) se sera fait sans appréhension, avec une aisance incomparable avec celle des adultes dans le même cas de figure –une aisance troublante, évidemment (qui n’est pas de l’ordre d’une habileté informatique à proprement parler, mais d’un grand in-souci de l’interface, de la machine, de l’écran- les machines deviendraient transparentes ?) Comme pour enfoncer le clou, à la suite de Serge Tisseron, quant à la plasticité neuve des configurations de lecture et d’écriture, chez les jeunes générations.

Ps (le film ne montre que le texte écrit ensemble, il ne reprend pas le contenu du chat).

Passages 2013 – 01 – par GB from Guenael Boutouillet on Vimeo.

Passages02parGB from Guenael Boutouillet on Vimeo.

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