Un chantier numérique à deux pas (de chez moi) (Anne Savelli, Roxane Lecomte)

Anne Savelli, Roxane Lecomte : lire, écrire dans/sur/avec/par/pour le numérique (mardi 19 novembre, 19h, médiathèque Diderot, Rezé)

(photo par Catherine Lenoble, [lire+ecrire numérique 4])

J’habite à côté depuis peu, j’irai donc en marchant, j’aime bien aller en marchant. Marcher en silence avant de parler et écouter. Macération tranquille d’un bouillon mental, du brouillon d’une conversation à venir. Car on règle le souffle (si du moins l’on n’est pas en retard, car alors à l’inverse, pressant le pas ahanant, on risque de dérègler tout) pour achever les préparatifs.

Quand on rencontre – en public –  une personne qu’on connaît, il y a une forme de reconfiguration du rapport. Mais quand on rencontre en public deux personnes qu’on a déjà rencontrées – en public -, il y a addition de ces reconfigurations : il faut inventer une forme, un chemin de dialogue, entre deux personnes, chemin qui ne soit aucun de ceux déjà empruntés, mais qui ne soit pas gêné de les croiser, qui rejoue nécessairement des moments déjà joués – car celles et ceux qui vous écoutent, en face, et à qui tout cela s’adresse, elles et ils n’étaient pas là les fois précédentes. Il y a une part d’artifice dans toute improvisation, il y a des gammes, des patterns, les musiciens vous le diront. Là, il y a des endroits par lesquels être déjà passés, où pourtant repasser, endroits d’où des questions se posent et agiront. S’inventeront. (L’invention c’est chaque jour, si l’on se bouscule un peu).

Anne Savelli est auteure (notamment de l’excellent Décor Lafayette cette année chez Inculte), elle écrit en blog depuis de nombreuses années. En 2013 on n’a cessé de se croiser,  de faire ensemble à des places variées, modulées : un débat au Lieu Unique en février, où je l’interrogeai avec Yves Pagès sur leur manière d’envisager leur blog et l’écriture en ligne ; ce stage partagé en avril, avec la Ligue de l’enseignement (raconté ici) ; la mise en ligne quotidienne des 13 épisodes de Dita Kepler, en juin, texte animé en feuilleton, imaginé par elle avec Joachim Séné l’indispensable ; et cette séance d‘atelier numérique que j’en ai tirée, début novembre, dans cette même médiathèque de Rezé.

Roxane Lecomte est webdesigneuse, un substantif bien barbare et fort laid ; disons alors qu’elle fait des livres, conçus avec (mais c’est le cas de tous les livres, qui sont initialement un fichier informatique) et vers un environnement numérique. Des fichiers epubs (pour publie.net, notamment). Mais pas un décalque d’un export in-design une adaptation linéaire,  non – elle conçoit quelque chose (un fichier) qui s’adapte au texte, aux usages, aux machines – elle fabrique des potentialités. Et elle en parle très bien, comme lors de cette journée où nous les avons invités et questionnés Catherine Lenoble et  avec son compère Jiminy Panoz pour la journée 4 de ce cyle conçu pour le CRL :

Et comment pense-t-on cet objet, en continuité ou en rupture avec la chaîne graphique et les circuits d’impression traditionnels de fabrication du livre ? Chapal&Panoz nous le disent clairement : il y a continuité ET rupture. Le livre numérique est un hybride entre un livre papier et site web. Au départ il y a toujours un texte, fabriqué selon les mêmes étapes que le livre, le texte est relu avec l’auteur, le travail d’accompagnement éditorial n’a pas disparu mais la page n’existe plus et le texte est devenu un flux.

Vidéos

Captation vidéo, épisode#1

Captation vidéo, épisode#2

.

Mardi soir, donc, une discussion depuis leur propre pratique, espoirs, déceptions, expériences de chaque jour – car l’invention c’est chaque jour, même repassant par des chemins déjà parcourus. Relire c’est réinventer.

Et le reste de la semaine à l’avenant, avec notamment, en point d’orgue, samedi prochain, des perfs croisées (Anne Savelli avec Joachim Séné, Marcel Proust avec François Bon (feat. Charles Baudelaire et un IPAD).

Le programme est à lire en détail ici

mais en voici le programme  abrégé, ci-dessous (tout est à la médiathèque Diderot – entrée libre)

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Regards sur… le livre numérique

Anne Savelli, Roxane Lecomte – Rencontre croisée mardi 19 novembre à 19h

Les technologies numériques questionnent indéniablement notre rapport à la littérature. Au-delà du simple déplacement de support, elles appellent l’écrivain et l’éditeur à de nouvelles formes de création.
Anne Savelli s’est emparée depuis plusieurs années des outils numériques et construit une œuvre où le papier et le web se font écho.
Roxane Lecomte est ebook designer, elle met en forme des textes, génère des contenus et crée des solutions graphiques adaptées au livre numérique.

Jean-Pierre Suaudeau – Lecture-rencontre (vendredi 22 novembre à 18h)

Puisant son inspiration dans la vie quotidienne, Jean-Pierre Suaudeau construit une narration au plus proche du réel, à l’image de Photo de classe/s dans lequel il dépeint des portraits de parents d’élèves. L’auteur évoquera son travail d’écriture et donnera son point de vue sur l’édition numérique.
Anne Savelli, Joachim SénéDeux voix pour un texte samedi 23 novembre à 15h
Cette création spécialement composée pour l’occasion illustre la démarche de ces deux auteurs qui, à leur façon, jettent des ponts entre écriture et web. Jouant de la complémentarité des supports et des techniques, ils sont présents dans le catalogue de Publie.net et ont récemment réalisé une œuvre commune : Dita Kepler.

François BonProust est une fiction samedi 23 novembre à 17h

L’auteur fera une lecture de Proust est une fiction, un ensemble de cent brefs chapitres autour de À la Recherche du temps perdu. D’abord publié sur le site de François Bon (www.tierslivre.net), ce texte, entre hommage, essai et œuvre de fiction, est paru en septembre aux éditions du Seuil. (voir chronique sur ce site

médiathèque Diderot
entrée libre

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2 réponses à “Un chantier numérique à deux pas (de chez moi) (Anne Savelli, Roxane Lecomte)

  1. Merci Guénaël pour la captation, important de donner corps aux invisibles, aux mains qui fabriquent la littérature.

    Et très beau passage de micro-sociologie : « Quand on rencontre – en public – une personne qu’on connaît, il y a une forme de reconfiguration du rapport. Mais quand on rencontre en public deux personnes qu’on a déjà rencontrées – en public -, il y a addition de ces reconfigurations : il faut inventer une forme, un chemin de dialogue, entre deux personnes, chemin qui ne soit aucun de ceux déjà empruntés, mais qui ne soit pas gêné de les croiser, qui rejoue nécessairement des moments déjà joués – car celles et ceux qui vous écoutent, en face, et à qui tout cela s’adresse, elles et ils n’étaient pas là les fois précédentes ».

    Amitiés,

    Marc

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