Mathias Énard – Intense et doux (en lecture à Chambord ce dimanche 24 novembre)

Mathias Enard lit à Chambord ce week-end, où je ne serai pas, Chambord c’est loin de chez moi – mais la relation nouée avec cette région, avec livre au centre, puis Ciclic, fait que ce qui s’y passe, même lointain, me demeure proche. J’avais écrit ce long article de présentation de l’excellente saison de lectures à Chambord, je me permets d’en reprendre ici même ce que j’avais écrit de Mathias Enard à cette occasion : même courte, cette notice évoque l’intensité à l’œuvre dans ses livres – et redit que cette intensité résulte d’un travail de fond, d’écriture. Enard (différemment mais à l’instar d’une Maylis de Kerangal), brasse large. Et en précision. Alors si vous vous vous trouvez aux alentours, passez votre dimanche au château…

Mathias-Enard©Melki2012bisRED-500px
Mathias-Enard©Melki2012

Mathias Enard –

« La vie consume tout – les livres nous accompagnent , comme mes polars à deux sous, ces prolétaires de la littérature, compagnons de route, dans la révolte ou la résignation, dans la foi ou l’abandon.  » (Rue des voleurs, Actes Sud, 2012).

Il n’est pas si courant qu’un écrivain encore jeune (la quarantaine juste effleurée) soit si unanimement (et légitimement) considéré comme un très grand. Mathias Enard, depuis l’incroyable Zone (2008), enchaîne avec une tranquille assurance les succès critiques et publics, ainsi que les prix littéraires. La facilité ou la désinvolture ne sont pourtant pas de mise chez Enard, dont chacun des livres semble une remise en question, formelle et narrative, du précédent : Zone, basé sur sur longue phrases courant sur des centaines de pages ; Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, dans une langue lumineuse et classique ; Rue des voleurs jouant des codes et manières du roman noir pour rendre le fracas des rues de Barcelone insurgée et celui des Révolutions arabes. Le bassin Méditerranéen, les richesses et complexités de la langue et des mondes arabes relient beaucoup de ses livres entre eux. Mais toujours appréhendés, visités, éclairés depuis un nouveau point de vue. Irréductible Enard, dont le multilinguisme, le goût des voyages ont formé la langue, le goût des fables (il traduit l’arabe et le persan) et la quête d’empathie. Qu’il fasse vivre et parler Michel-Ange, un sniper (dans La Perfection du tir) ou un jeune Marocain ivre de désir face aux murs de plus en plus infranchissables d’une Europe qui s’effrite (dans Rue des Voleurs), c’est toujours leur intensité qu’il capte et réverbère. Et si la vie les consume tous, leur vie en livres nous accompagne. Loin.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s