Un divertissement de Jean-Louis Bailly (Editions Louise Bottu, 2013)

(Reprise augmentée d’une notice parue dans Encres de Loire n° 66)

Un divertissement de Jean-Louis Bailly (Editions Louise Bottu)

« Mathieu s’est arrosé d’eau de toilette. Il a revêtu une chemisette repassée la veille par sa maman, et dans laquelle il se sent aussi engoncé que s’il portait guêtres, col dur et gilet à gousset. Interrogé sur Montaigne, il classe les Essais parmi les « romans », ce qui rejoint assez l’opinion que s’en fera Rousseau. Il a une autre idée personnelle : « Aujourd’hui on ne voyage plus pour connaître, juste pour se reposer ». Pour le bac, il compte surtout sur la gym et sur l’option musique (saxophone), alors Montaigne…

Fabien lui succède. Ses lunettes sont grasses, elles gênent l’examinateur qui aimerait bien rencontrer ses yeux. Mais le garçon est si timide que son regard s’échappe sans cesse, vers ses pieds car il aimerait se réfugier au centre de la terre, vers la porte car il voudrait être très loin. Il parle d’une petite voix, encore inquiète d’avoir mué. Il a travaillé, récite des paragraphes entiers tirés de son cours, ou plutôt des notes qu’il y a prises. Parfois il comprend ce qu’il dit, alors son visage s’illumine. »

Second roman de Jean-Louis Bailly paru en 2013 (après Mathusalem sur le fil, chez L’arbre vengeur), ce Divertissement nous conte une bien douloureuse traversée. Le narrateur est un professeur de lettre (comme l’auteur), amateur de lipogrammes (comme l’auteur, pataphysicien émérite) qui fait passer des oraux du baccalauréat à des lycéens tant désarmés que désarmants (d’inculture, de désintérêt, de candeur également), en tentant, spectre ou funambule livide, de ne pas céder à l’effondrement imminent causé par la mort de sa fille. Le « divertissement », emprunté à Pascal, que constitue cette routine harassante de l’interrogation orale, fait office de coton, cautérise –temporairement – cette plaie ouverte.
N’en sachant rien, on ne quantifiera pas, c’est heureux, la part du vraiment-arrivé dans ce roman, pour ne pas céder à l’exhibition trop en vogue. Bailly se défie, comme cette jeune brillante candidate au bac, des errements « à la » Christine Angot, dont il lui fait affirmer :

« Pour moi, Angot c’est cela : elle se promène toute nue en public, en attendant que vous la regardiez pour vous tirer la langue méchamment ».

Jeune candidate éloquente, qui parvient à toucher cet homme qui s’est réifié, figé dans sa douleur comme en ses draps de lit froissés, à lui redonner, non pas le goût mais, du moins, un accès, à ce qu’on appelle la vie :
« Et alors qu’on désespère : un miracle. Voilà. »
La plume allègre, légère, la distance ironique de Bailly aident le lecteur à cheminer au cœur de cet état de deuil, en douleur et douceur – et le saisissement, l’émotion du narrateur,nous sont passés en finesse.
Découvrez les jeunes éditions Louise Bottu via leur site. http://www.louisebottu.com/

Le blog de Jean-Louis  Bailly

Un divertissement roman Jean-Louis Bailly Éditions louise bottu (2013) 200 pages 12 x19,5 16 € ISBN 979-10-92723-00-

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