Du plagiat (parfois) puni : Françoise Morvan remporte son procès pour contrefaçon

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Du plagiat (parfois) puni : Françoise Morvan remporte son procès pour contrefaçon

L’époque, et ses tares, sont bien pratiques, souvent, pour asseoir les opinions infondées. On accuse souvent l’internet de tous les mots, par paresse, par facilité : combien de fois ai-je entendu, à titre comminatoire, ou à l’inverse, justificatif, les arguments contraires et équivalents en insignifiance :  « ben, je l’ai trouvé sur Internet » ou  » avec tout (i.e, toutes les horreurs) qu’on trouve sur Internet ». (L’équivalent, dans un environnement domestique, de ces justifications, seraient celles d’un enfant qui, pris la main dans le pot de confiture, accuserait l’ouverture facile de celui-ci d’avoir provoqué voire commis son larcin).

Or, si la technologie se fait souvent invasive ou trop prégnante, ne pas oublier que le plagiat est affaire de responsabilité personnelle, que tout copier-coller découle d’un choix (ou d’un geste, qui, même fugace, découle d’un choix, comme la rature d’un texte ou l’apport de son paraphe, le sont). Les tourments dans lesquels se trouve plongée depuis des années Françoise Morvan en sont un bien malheureux exemple.

Auteure d’un travail de recherche remarquable sur le poète et traducteur  Armand Robin dont elle a retrouvé et publié les textes perdus ; elle a également  passé de longues années à rechercher et publier l’immense trésor enfoui des contes populaires, ce qui lui vaut, au passage, d’affronter la fureur des nationalistes bretons (voir son essai Le monde comme si – ou comment un travail de fond sur des faits de langue et de littérature prend un sens politique inattendu : ce livre est à mon sens une pierre angulaire de toute réflexion culturelle et politique face aux dérives identitaires, régionalistes voire fascisantes, dont l’ultra-libéralisme s’arrange si bien). Ses nombreux travaux en collaboration avec André Markowicz sont exemplaires également, érudits et ouverts, accessibles – plus que ça : produisant, permettant l’accès à des merveilles inconnues, des effets de sens dont nous serions privés (écouter André me raconter comment ils traduisirent Tchekhov, c’est ici), ou encore traduisant Shel Silverstein pour les éditions Memo…

Armand Robin (à qui elle a consacré une thèse monumentale publiée aux Presses universitaires de Lille et disponible dans toutes les bibliothèques universitaires,  ainsi qu’à l’IMEC où elle a constitué un fonds Robin — sans compter ce beau dossier pour remue.net) est au cœur de cette mésaventure – qui heureusement se termine enfin, semble-t-il. Françoise Morvan s’étant fait plagier ses travaux de recherche, elle s’en est émue sans obtenir de réponse (mais se faisant, à l’inverse, retourner son accusation). Ceci jusqu’au nécessaire (mais si  » chronophage, aléatoire, dévoreur d’une énergie que l’on voudrait employer ailleurs et souvent blessant. », comme elle dit elle-même) procès.

Le détail de l’affaire en est donné sur le site (fort recommandé, qui d’un point de vie plus strictement littéraire, témoigne lui aussi, et avant tout, de l’immensité et de l’excellence des travaux de Françoise Morvan): http://francoisemorvan.com/plagiat-justice-rendue/

On y  trouvera également en PDF le jugement signé par le juge Éric Halphen.

Jugement du 14 mars 2014

On se réjouit de cette issue heureuse, qui libérera Françoise Morvan de ces soucis bien inutiles quand elle a tant et mieux à faire (et notamment ce dossier Robin qui reprendra, et s’étoffera encore, un de ces jours, sur remue.net).

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