Archives quotidiennes : 5 septembre 2014

pour nous, pour tous ? (une question d’entre-langue) | sur Camille de Toledo (et alentour)

mc-2014-09-05

Ous pour nous, pour tous ? (une question d’entre-langue)

Ous pour nous, pour tous ?

Je ne résous pas la question, ce lundi matin, et la pose à l’auteur, ou plus précisément, je choisis nous mais me demeure un doute à la mise en ligne, que je vais tenter de dissoudre en lui demandant.

J’ai choisi nous en fonction du contexte, lequel est ce passage

_ous, écrivains reliés à nos traducteurs dans un réseau de textes, entre les langues.

Et nous me semble appeler une communauté d’ombres vives quand tous serait plus absolutiste, même si je sais l’universalité de l’affaire, et donc subsiste un doute, et ce doute m’amène à questionner Camille, l’auteur, lequel me répond illico

« C’est comme à la bataille navale, mais dans le texte, la lettre manquante , comme dans « translate the wor_d » était dans mon esprit un « n » pour « nous, écrivains reliés »….

« Mais falta mia, la lettre manquante est un blanc ouvert à Tous »

Et nous sommes au cœur de la question. La lettre manquante était manquante (et ces textes-là sont sans coquille ou quasiment, c’est dire aussi de la précision d’écriture de ce qui m’est mis entre les mains, hors autres qualités), la lettre manquante devait manquer, la lettre manquante est un espace (de pensée) dans une espace (typographique), une pleine potentialité.

Camille de Toledo, puisqu’il s’agit de lui, est affairé, au cœur de son chemin d’écriture(s) singulier, par des questions collectives. On a parlé, sur remue.net de TLhub, du SUEA (notamment dans cet entretien), on reviendra bientôt sur le projet Sécession – en attendant et en cet instant, du question quant à la lettre manquante, je m’affaire à la mise en ligne de ce troisième fragment d’un puzzle, que Camille me fait le plaisir de disperser/rassembler sur remue.net par mon entremise, selon cette logique ambivalente (du moins selon les critères régissant le livre imprimé) de l’édition web : où dispersion et rassemblement sont conjoints, puisque les textes sont rassemblés en un même point, quand leur enchaînement est délinéarisé : que de surcroit l’objet physique livre étant effacé, l’idée de fermeture, de clôture (d’un cycle, d’un récit, d’une relation) reste virtuelle. Virtuel : Le terme est fourre-tout et son mésusage à la hauteur de la surdose que nous subîmes de « virtuels » avenirs, débuts années 2000 : Le livre n’est pas virtuel, l’assemblage de textes qui reliés composent un ensemble ne l’est pas plus – c’est l’idée de leur fin , en partie, s’évanouit.

C’est très étonnant, même (et plus encore, plus finement, plus profondément) à la longue, à force d’habitude, après des centaines d’article édités en mon nom ou pour d’autres, sur différents sites – ce mystère-là ne cesse de (doucement) pétiller pour et en moi : ces livres ouverts, entamés, publiés (et pour ce, dûment édités, ainsi que l’échange au-dessus le souligne) en ligne, demeurent – et demeurent ouverts.

Et que ces pièces d’un puzzle, dans leur manière de lier, dans leur mode d’appel, dans la si étrangement suave mélancolie de leur langue, sont à lire, absolument, mais aussi pour ces raisons-là, sus-évoquées.

C’est ici.

  et un extrait :

« Parce que nous ne pouvons nous résoudre à entrer dans la vie en nous jetant dans la tombe. Parce que nous devons, malgré tout, exister et courir, comme les gamins qui jouent, désormais, dans les allées du Holocaust Denkmal à Berlin. Jeux d’enfants sur le tombeau du judaïsme européen. Terrains vagues de l’Europe changés en monolithe, en lieux de mémoire. Jeux d’enfants dont j’ai tissé une petite nouvelle qui a pour titre Un trou dédié à Dieu. Je la relis aujourd’hui. Le cimetière – entendez le Denkmal – avait ouvert à l’endroit de l’ancienne partition… Des touristes nombreux, colorés, profitaient du soleil pour pique-niquer sur les tombes. Dans les allées en creux ou en collines, à l’ombre des stèles, se perdant, se chamaillant, piaillant, des enfants jouaient à chat perché. »

Publicités