François Matton, vite et lent

(Texte lu avant la lecture de François Matton à Midi Minuit poésie 14ème édition, octobre 2014 à Nantes.)

(à paraître dans Gare maritime 2015, en juin 2015)

—–

Quand immobile en pleine vitesse
on n’en est plus à un paradoxe près

est-il écrit dans 220 satoris mortels de François Matton (chez P.O.L), phrase assortie d’un dessin, une loco vapeur, modèle ancien, esquisse à l’encre noire sur blanc, d’un jouet peut-être, on ne sait pas, l’échelle n’est pas donnée (et c’est à nous de voir, en somme).

(Ailleurs dans ce même livre),

Quand on ne saurait dire si le monde préexiste à la perception (écrit en capitale)

(dessin : escadrille d’avions de chasse, allemands, et au-dessous, corps inférieur, en attaché :

Ouais carrément pas

François Matton. Petites pièces, de dessin et de texte, esprit de rondeur et discrètes ruptures (de ton, d’énonciation, multipliées par les contrastes inhérents aux deux médiums, associés. Il y a deux tracés (dessin plus graphie), associés jusqu’à l’indissociable, plus que liés (et si, parfois, il s’en va voir ailleurs, pour illustrer chez d’autres, c’est alors, par exemple, pour un format glossaire, comme pour le Dictionnerfs de Mathieu Potte-Bonneville ou de micro-légendes comme pour Magic tour avec Suzanne Doppelt, auteurs dont les formes de brièveté d’énoncé doivent lui être plutôt familières).
Une grande constance dans le format : une image, en case ou sans, texte en légende, mais – mais qui légende qui, c’est indémêlable – parfois plusieurs images, un enchaînement des cases qui certes vont vers, certes lui font signe, mais ne sont jamais tout à fait de la bande dessinée.

François Matton, c’est vite lent : Ça vous vient vite, se diffuse lentement.
Depuis ce que cela nous fait, peut-être peut-on en expliciter quelque chose, puisque ce que cela fait est aussi partie de ce que cela dit, énonce : Ce que ça travaille fait partie du travail. L’effet est, en quelque sorte, inclus dans cet arrêt sur images que constitue le poème visuel de François Matton. (Le monde, vu & donné à, n’est pas le constat ; l’effet du monde vu sur le récepteur qu’est Matton fait partie du constat de l’émetteur Matton).

Vite et lent, deux mots, qui disent mon impression, subjective, et je pourrais m’en tenir à, pour aller plus vite,
(mais
1/ ce serait trop vite, il ne faut pas aller trop vite au vite, ne pas se précipiter, vite doit pouvoir se poser, pour agir,
et
2/ ces deux mots-là, une fois posés-associés pour accélérer ou simplifier, compliquent plutôt pas mal) ;
Je déclarerais, alors : que : l’impact (sur moi) des dessins et textes ajoutés de François Matton tient (pour moi) dans l’alliance des deux mots (et sens associés) : vite, et lent.
Vite est une aptitude, un caractère propre au medium dessin, impression de main levée soudain baissée puis relevée pour que le regard se puisse, l’esquisse exprimant ce que l’œil, le nôtre, n’a pas encore métabolisé, concrétisé, ce que l’œil n’a pas encore vu. Le dessin, par son surgissement, invente littéralement le regard, invente ce qu’il voit : et cet effet-là, cette impression de saisissement (saisissement nôtre, face au saisissement de quelque chose qu’on n’aurait sinon pas vu) est une décharge, aussi (décharge mortelle, comme les 220 satoris), décharge violente en sa soudaineté, VITE, donc, mais :
Lent est ce qui se dit et montré de ce qui se voit, lenteur prônée pour elle-même, lenteur-état et lenteur-projet.
Lenteur-état :
Citons Marie Richeux, qui dit de son travail que « l’état est amoureux, c’est quelque chose comme rentrer amoureusement en rapport avec le monde »,

oui, regard volontairement traînant, étiré, allongé, suave, formes rondes, culs magnifiques ou jeux d’enfance, animaux reposant confortables en leur paix, presque riens, hypothèses, malfaçons délicieuses, je cite :

Quand oh regarde (et le dessin : deux oies en pleine rue de pleine ville)

Lenteur-projet, :
car quelque chose sise en quelque forme, nous saisit l’œil, le pique, chatouille, masse, lui sourit, puis : nous demeure.
Vite s’alanguit et s’étire, Vite repose en nous, constellation de questions, sourire, nuances, d’envie, repose et peut-être, parfois, nous repose, indolents et inquiets.

Son site :

http://www.francois-matton.com/

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2 commentaires sur “François Matton, vite et lent

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