« s’exercer à parler du présent au passé, du passé au présent, pour changer d’angle, » Hélène Frédérick (podcast, entretien à Châteaubriant, octobre 2014)

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Hélène Frédérick (entretien à Châteaubriant, octobre 2014) | Écoutez le podcast

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La médiathèque de Châteaubriant me fait le plaisir de m’employer, depuis deux ans (et une première rencontre si belle, dense, joyeuse, avec Carole Zalberg, qu’elle soit ici saluée), à l’initiative de Marie Chartres puis de sa collègue Anne-Sophie Lachambre, à interroger des écrivains – une forme de co-programmation, qui me valut le plaisir de découvrir (les livres, et les belles personnes qu’elles sont) Florence Seyvos ou Fanny Chiarello, et d’y faire découvrir Sylvain Prudhomme (en février prochain) ou Hélène Frédérick, ce mardi soir d’octobre.

Hélène Frédérick, en deux livres, aux éditions Verticales, La poupée de Kokoschka (2010) et Forêt contraire (février 2014), tisse quelque chose, un ouvrage, écrirai-je, tant les résonances un peu pompeuses du mot œuvre parfois gênent, entravent un chemin en  cours, un ouvrage à la fois subtil et insoumis (l’insoumission est un de ses motifs revendiqués, dont on aura parlé durant cette soirée, dont elle inspecte aussi les variations durant sa résidence, relayée sur remue.net), à la fois précis (en sa construction, ses contraintes de format, sa méticulosité de langue) et elliptique (en ses motifs, narratifs, psychologiques, symboliques). Nous en aurons parlé une heure durant, ainsi que du Québec et des allers et retours intérieurs et physiques ; d’Allemagne au XXième siècle (et du talent d’Alban Lefranc, en ces zones troubles) ; de langues (natales, conquises, construites) ; de condition féminine, de dette et de manque. Et de la forêt, aussi, contraire et vivifiante, où l’on se terre et rejoue autrement la partie entamée ; d’enfance enfin, depuis un passage de Réjean Ducharme, auteur canadien dont elle nous lit une page et fait un bel éloge final.

Pour apport, deux extraits repris du livre forêt contraire,

celui-ci, au hasard de la souris,

 Je pense aux hommes et aux femmes exigus, tiens, aux obtus, aux sans-angles, aux œillères, aux gens lisses, aux fantômes, aux absents dont il est si difficile de se défaire parce qu’ils ont pris les contours impalpables d’un nuage, les vaporeux, donc, ceux qui n’offrent aucune prise. Mieux vaudrait peut-être, à l’heure actuelle, étudier la culture du banquier, comme Richard Hoggart avait appréhendé celle du pauvre, examiner à la loupe le quotidien des traders à la façon du frère Marie-Victorin s’inclinant sur les prés pour comprendre la vigueur du chiendent. On devrait s’exercer à parler du présent au passé, du passé au présent, pour changer d’angle, incliner d’un côté, de l’autre, le prisme des possibilités, le rendre erratique. Voir ce qui arriverait dans un pareil brouillage des mondes. Un tremblement de terre, c’est sûr, voire une éruption volcanique.

Et l’incipit, lu par elle en début de rencontre (à écouter dans l’enregistrement jouable ci-dessus, ou en cliquant ici, tiens)

Je me présente : je n’ai plus de nom. Voilà ce que je voudrais dire à la première personne que je croiserai dans coin, si ce jour vient : sourire, serrement de mains, je me présente, je n’ai pas de nom, et vous ? et basta. Mais faut voir à quel bâtiment j’ai amarré ma vieille barque, quelle vieille baraque j’ai amarré ma vieille bagnole ; difficile d’oublier son nom quand on a défait sa valise dans l’ancien chalet des parents et du frère. Même s’il n’y reste aucune trace, rien de rien excepté des bouts de peau microscopiques dans la poussière, et même si je traîne, ici comme ailleurs, une forte tendance à l’amnésie.

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Une belle ressource complémentaire :

Hélène Frédérick, Forêt contraire making-of, 1 (Extraits commentés du roman, sur remue.net)
Elements bio-bibilographiques :

Hélène Frédérick est née en 1976 au Québec. Après des études de lettres, elle a travaillé pour des librairies indépendantes, et dans l’édition, à Montréal, puis à Paris depuis 2006. Elle collabore à des revues littéraires et tient un blog (notes obliques) mêlant poésie, réflexions et fiction. La lire sur remue.net.

Bibliographie Elle a publié deux romans aux éditions Verticales, La poupée de Kokoschka (2010) et Forêt contraire (février 2014), signé des fictions radiophoniques sur France Culture et France inter. La poupée de Kokoschka a paru en 2014 dans la « série P » aux éditions Héliotrope (Montréal) pour une diffusion américaine en format poche.

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où l’intervieweur tente de capter sans oreillettes les instructions que le bureau lui envoie par téléphone. où l’interviewée sourit, patiente, douce et compatissant, à son habitude.
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3 commentaires sur “« s’exercer à parler du présent au passé, du passé au présent, pour changer d’angle, » Hélène Frédérick (podcast, entretien à Châteaubriant, octobre 2014)

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