Relire, penser, classer — relire Penser classer

mc-perec

Qu’à quelques heures de démarrer la quatrième saison d’atelier numérique  (Poieo numérique, présenté brièvement en ses principes ici) à La Roche-sur Yon, avant de reprendre la route saisonnière (de saison, justement, au vu des milliers de litres d’eau qui se déversent dehors), me monte une forme de stress n’a rien de vraiment étonnant,

& ce même si on connait le truc (trouille y compris), à force,  & qu’il y a sur le blog poieo quelques centaines de textes déjà produits sans douleur en trois saisons, & qu’on a ses marques, ses routines, qu’on connait d’ailleurs bien les lieux,

& ce même si le co-working avec ce cher François Bon, jeudi et vendredi prochain à l’école d’archi de Nantes, m’impressionne bien plus, au vu et lu et su des productions des forces en présence (François Bon, dont l’abécédaire Grasset me scotche ces jours-ci même, et que ce n’est pas de se connaître de si longue date qui me dé-trouillera ; les étudiants architectes, et l’intelligence, l’acuité, le savoir (et surtout, son usage) dont ils font preuve dans les quelques travaux qu’il m’a été donné de compulser,

on n’y peut, on s’agite – et pourquoi ? Par caprice ? Par agitation « naturelle » ?

Non, pour aussi les raisons sus-évoquées : parce que justement, on a déjà fait ; parce que la spécificité de l’atelier numérique c’est aussi de publier le « livre » (le blog) de l’atelier) en même temps que de l’ouvrir pour l’écrire, et que donc toutes les « recettes », tous les « exos », du passé, s’y trouvent (librement copiables et réutilisables, c’est fait pour, mais merci de citer), et que cette spécificité-là, d’avoir constitué collectivement un objet éditorial (un livre ?) hybride, fait partie de l’expérience, et qu’au bout de trois ans on n’en fait pas l’économie,

pour ces raisons (entre quelques autres), j’ai en tête depuis des semaines de boucler la question, de faire avec ce blog, de faire depuis sa lecture, innervée de littérature  (en amont, puisque présente à l’origine de chaque texte produit ; en live aussi, ne pouvant s’en passer, puisqu’une proposition d’écriture ne se fait pas seul, mais depuis ce que nous font les textes),

&  ça fait un lourd cahier des charges (lequel ainsi que j’ai pu l’énoncer, ici ou là, est subtilement compliqué, voire alourdi déjà, en atelier avec publication en ligne) que de tenter de tout faire tenir dans le même geste (je pourrais parler deux heures de intentions et des spécificités de l’affaire, tout à l’heure, or : la séance dure deux heures, et ne sera pas explicite sans lyrics, oserais-je lancer pour rire ; n’aura pas d’efficace si d’écriture il n’y a pas), de faire lir&écrire simultané, annoncé, agi, et réfléchi tel,

& forcément on s’agite –

alors, on relit.

Et Perec arrive, revient, comme neuf après tant de lectures – je m’empare de Penser classer l’autre soir au lit, en traverse trois chapitres, et une saison d’ateliers potentiels, de consignes inédites, de revisitation déviée de propositions déjà formulées, de relectures de ma propre pratique, s’empare de moi – la saison entière pourrait tenir depuis trois chapitres de Penser Classer, quand cette première séance je ne m’en servirai pas, puisque l’autre indispensable Notes de chevet de Sei Shonagon sera la porte d’entrée ce jour…

On relit Penser classer, on s’agite oui, mais d’une agitation autre, d’une agitation calme (j’ose l’oxymore), d’une agitation sereine, en passe de concentration, en passe de reprise, de mouvement.

Penser classer le blog, penser classer notre lecture du blog, penser classer le travail en cours, et notre lecture du travail en cours – autant de pistes, mises en abyme mais aussi clés concrètes, puisque Perec dit et fait, dit ce qu’il fait – et ce faisant, ouvre d’immenses et mystérieuses trappes (l’infra-ordinaire en viatique, également).

Relire penser classer et les choses redeviennent possibles (elle n’avaient jamais cessé de l’être, on s’agitait juste trop pour encore parvenir à les voir).

ps – et avant de prendre la route, sous cette pluie opaque, un mur, j’en grappillerai un autre bout, au hasard, pour la voir de travers, la pluie.

pps – « Ainsi, une certaine histoire de mes goûts (leur permanence, leur évolution, leurs phases) viendra s’inscrire dans ce projet. Plus précisément, ce sera, une fois encore, une manière de marquer mon espace, une approche un peu oblique de ma pratique quotidienne, une façon de parler de mon travail, de mon histoire, de mes préoccupations, un effort pour saisir quelque chose qui appartient à mon expérience, non pas au niveau de ses réflexions lointaines, mais au coeur de son émergence. (Georges Perec, in Penser classer, Seuil, librairies du XXième siècle)

 

 

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