Eric Vuillard, 14 Juillet, éditions Actes Sud, août 2016 | podcast

montage

(photos vuillard-eric_c_melania-avanzato / vents d’ouest par adrien meignan)

Une rencontre à la librairie Vent d’Ouest, Nantes, jeudi 20 octobre 2016 | podcast

Rencontre à propos de 14 Juillet, éditions Actes Sud, août 2016
«Ecrire est une activité sociale. Un peu étrange, certes, mais peut-être pas autant qu’on veut le croire. D’ailleurs, on le croit de moins en moins. Tout livre a une portée sociale, politique, que son auteur le veuille ou non (…) Cela n’exclut pas cette sensualité que Barthes devinait dans l’écriture, la lecture. Les livres doivent être tourmentés par nos appétits. » (Eric Vuillard, entretien avec Thierry Guichard, Le Matricule des anges, septembre 2016)

L’appétit gouverne la langue et le projet littéraire d’Eric Vuillard, qui, de Congo à Tristesse de la Terre, ne lâche rien, en somme, ne cède ni sur le travail du texte ni sur les informations qu’il nous porte. 14 Juillet, paru cette rentrée, est encore un immense « petit » livre, empli, opulent, passionné et passionnant.

Nous pensons tous savoir ce qui s’est passé ce jour-là de l’été 1789, et en savons si peu — Vuillard nous y mène, et rend, ce faisant, un fier hommage au Peuple parisien en lutte. Il y a dans ce travail une forme de « restitution » aux pauvres de ce que dont la mémoire collective néglige un peu le souvenir : comment, s’attaquant à La Bastille pour y prendre la poudre nécessaire pour s’armer, la foule devient autre chose : un peuple, doté d’une intelligence collective.
Et ce qu’il fallait pour porter cette voix collective, c’est une langue. Celle de Vuillard est un sacré cadeau.

Ensuite, Vuillard parle (il parle déjà au cours du livre, il dit « Je », et de ce « Je » nous avons discuté ce soir-là). Et quelque chose d’encore inédit s’allume, s’enflamme, s’invente. J’ai quelque expérience des rencontres avec auteur, de la singularité souhaitée, de l’excellence espérée, de la générosité désirée, de la joie probable : chaque rencontre à venir porte son lot d’espérances. C’est peu dire que je ne fus pas déçu — et que personne dans l’assistance ne le fut. Eric Vuillard est à lire et relire, il est à entendre et réentendre, il faut sans attente s’en nourrir.
C’est roboratif, c’est incendiaire.
C’est.
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Présentation sur le site de l’éditeur

Un extrait :

« PARIS

Une ville est une énorme concentration d’hommes, mais aussi de pigeons, de rats, de cloportes. Les villes sont apparues il y a environ cinq mille ans, elles sont nées quelque part entre le Tigre et l’Euphrate, comme l’agriculture, l’écriture ou le jardin d’Eden. Caïn serait à l’origine de la première ville, au pays de l’errance. Et, en effet, chaque ville est bien une réunion d’émigrés et de traîne-savates, on y retrouve tous les apatrides. Les métaux et l’art de la flûte y seraient nés. Ce sont souvent les villes que Dieu châtie, Hénoch par le Déluge, Sodome et Gomorrhe par une pluie de feu et Jéricho en un coup de trompette. C’est que la ville est le moyen que l’homme a trouvé pour échapper au projet de dieu.
Mais cette fois-ci, le 14 juillet 1789, Babylone sera plus forte que le Déluge, plus vive que la fournaise, plus bruyante que toutes les trompettes. A présent, la ville est immense, Paris est une des plus grandes villes du monde, ce n’est plus une cité, avec son agora, son forum, c’est une grande ville moderne, avec ses faubourgs, la misère qui s’agglutine autour d’elle, saturée de nouvelles et parcourue de rumeurs. On y trouve des gens de toute la France, de l’étranger même, des émigrés parlant leur patois, mêlant leurs vies, et accédant à l’expérience du très grand nombre, l’anonymat. Oui, désormais, nous sommes anonymes, dégarnis de la famille ancienne, purgés des rapports féodaux, désempêtrés du coutumier, délivrés du proche.
Paris, c’est une masse de bras et de jambes, un corps plein d’yeux, de bouches, un vacarme donc, soliloque infini, dialogue éternel, avec des hasards innombrables, de la contingence en pagaille, des ventres qui bouffent, des passants qui chient et lâchent leurs eaux, des enfants qui courent, des vendeuses de fleurs, des commerçants qui jacassent, des artisans qui triment et des chômeurs qui chôment. Car la ville est un réservoir de main-d’œuvre pas chère. On apprend à traîner, à regarder, à désobéir, à maudire même. Le chômage est une école exigeante. On y apprend que l’on n’est rien. Cela peut servir. »

Eric Vuillard, 14 juillet, pages 75-76, éditions Actes sud, août 2016

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