Des lumières, de la nuit

 

L’échange a peu ou prou eu lieu plusieurs fois, la dernière en date est la plus marquante, certainement, parce qu’en partie nocturne (c’est-à-dire dans ce vilain moment d’automne où entre chiens et loups se résume en une pâte confuse, vaguement effrayante) nimbée d’une inquiétude autre (celle ici de ne pas livrer la personne, un auteur, à « bon port », c’est-à-dire en gare, à l’heure, à temps), et automobile (la voiture est un lieu de parole particulier, et nuitamment plus encore), et avec l’auteur nous parlons, choses (livres) et autres (auteurs), entrelardé d’un peu de vie ordinaire, dans tout cela, et revenons, à tel livre, tel auteur, et puis, forcément, puisque l’auteur est de cette haute, informelle et disparate confrérie des auteurs POL, nous évoquons P.O.L lui-même, que je n’ai jamais rencontré (pas eu cet honneur qui m’aurait grandement intimidé tant le respect et la gratitude, la dette sont vastes), et encore une fois mais à sa façon, celui-ci me redit à quel point c’est une chance, à quel point ça aide, à quel point il n’en est pas revenu mais à quel point ça a compté et compte encore (pour lui, d’avoir vu publier un livre intermédiaire, nécessaire, plutôt raté estime-t-il, mais nécessaire à l’avancée de l’écriture), cette confiance-là, c’est encore bien plus qu’une chance puisque ça fait produire de l’effort dans le meilleur sens, dis-je (ou me dis-je, tant ces moments-là, d’automobile nocturne inquiète portent leur part de fiction), et puis je formule cet étrange « et après », mais qui fera encore ainsi après ? ; et ce n’est pas la première fois puisqu’une autre auteure, m’expliquant cette ineffable façon de lui redire, face à ses bredouillis remerciant, qu’elle est une chance et un honneur pour la maison (il s’agit d’une auteure géniale, pas encore illustre mais qui le deviendra, assurément), me fit produire la même interrogation aussi exaltée qu’anxieuse, Mais qui donc pour faire ainsi encore, ensuite, après ? ; c’est arrivé plus d’une fois, doublé de ces nombreux témoignages de gratitude d’auteurs refusés par lui ; c’était à la fois réjouissant, de pouvoir se voir confirmer que ça existe, encore, et angoissant, parce que produisant en écho, ce perplexe Mais et après ?, peinant à (et ne souhaitant pas) se l’imaginer,

& ces jours où dans l’après nous sommes, dans ce que l’on ne souhaitait pas imaginer, cet après plus qu’anxieux, il y a, quoi,

pour les auteurs, à écrire, encore, à continuer (what else), et pour nous tous à les lire et relire (what else) – le redire,  il y en a plein mes (dans nos) tiroirs et tables de chevet, de P.O.L non terminés, on non chroniqués, non commentés, non partagés, du coup ; j’imagine aisément qu’il en va de même pour tant d’autres, et qu’il nous reste à continuer, (pour ma part à faire grossir le menu-déroulant associé au dit mot-clé),

ne pas conclure,

continuer, juste

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