Christine Guinard | Langage des éléments (plutôt qu’éléments de langage)

Christine Guinard - lecture avec photos - par Aurore Claverie. #midiminuitpoesie
Christine Guinard – lecture avec photos – par Aurore Claverie. #midiminuitpoesie

 

Texte lu lors du festival Midi-Minuit, édition d’octobre 2018 ; publié dans Gare maritime 2008, (revue anthologique annuelle de La Maison de la poésie de Nantes)Gare maritime 2008, (revue anthologique annuelle de La Maison de  la poésie de Nantes)


Langage des éléments (plutôt qu’éléments de langage)

« Le ciel nous emporte ensemble et je vais nous conduire jusqu’à la bordure, là-bas. Tu verras, mon tout petit, ce que charrie le vent de mer, ce que les cris des mouettes en nuées te donneront d’aise, nous serons entraînés dans la danse et tes petites joues se coloreront de rose. Sans doute ne comprends-tu pas ce que je dis, d’ailleurs je ne te parle pas vraiment, je parle au monde enclos qui s’ouvre enfin devant moi. Ce qui compte est notre valse de jouvence, l’amour que je porte, je te montrerai tout du monde, tout ce qui semble digne d’y être aimé. Et tu aimerais, mon petit, tout cela, l’air, les arbres et le vent qui balaie leur crête comme une vague. »

De Christine Guinard, auteure de trois livres, de textes en revue et de différentes collaborations artistiques avec des plasticiens, musiciens, vidéastes, elle-même musicienne,

De Christine Guinard la poésie, posée sur les pages des dits trois livres,

Si je pars comme un feu (Editions l’arbre à paroles),

en surface (avec des peintures d’Elena Salminen, chez Elements de langage)

et des corps transitoires (illustrée de trois photographies de Nicolas Leroy, édition mémoire vivante )

cette poésie, qui n’est pas simple, puisque nervurée, puisque réseau de choses autres,

cette poésie, multiple, se tient, souvent, résolument, campée dans l’élémentaire :

Pas l’élémentaire des cours éponymes, aux récitations rimaillées-anônées en école primaire, pas cet élémentaire-là, non,

il y a l’élémentaire enfantin certes, celui de ces êtres qui cheminent yeux ouverts dans le monde, matrices ou transistors à sensations et observations dé-hiérachisées,

mais il y a aussi, l’élémentaire fondamental, celui des quatre éléments : eau / air / pierre / feu, qui font plus que des récurrences dans ses textes.

Parfois, dès le titre, ainsi pour le premier, si je pars comme un feu,

mais aussi à tous les coins du dit livre, je cite,  :

«De petites choses qui luisent


Je me souviens aussi. Le temps qui sombre dans le noir : on voit de petites choses qui luisent. J’ai tenté de regarder derrière au loin – rien n’apparaît, ne fume pour me dire qu’il a été ce mouvement de l’air, moment de grâce, je pivote pour mieux voir. »

Elements fondamentaux qui font d’inlassables motifs, dans : Én surface, où entre les clairs et les obscurs des peintures d’Elena Salminen, au gré des mots éparpillés sur la page, nous suivons pas à pas les dérives joueuses d’un enfant dans le soleil, ses rapports aux cailloux et au ciel (pierre, air).

Eléments qui font d’autres motifs, dans l’étrange et fascinant des corps transitoires,

composé d’entrelacements de blocs de prose qui font des récits bifurquant, et ce dès le premier, consacré au vol interrompu d’Icare (qui fait encore, ce lien entre les quatre éléments, s’élançant de la terrre dans l’air, brûle par le feu du soleil dans le ciel, avant de s’abîmer en mer).

Elementaires comme des enfants on y revient, on repense à ce vidéo-poème remarquable avec Nicolas Landemard, disponible sur la toile :

« une course éperdue en descente en remontée, comme l’enfance »

: Les enfants sont un autre élément socle, pivot, satellite des textes Christine Guinard, sans doute sont-ils capteurs et porteurs essentiels ce l’infra-monde qu’elle exhausse, je cite, dans un bel entretien sur le site Karoo :

« je me place toujours je crois, comme à l’intersection d’un infiniment petit (le lieu des sensations les plus fines, voire de la sensibilité, de l’intime) et de l’écho vers plus grand que soi (à l’intérieur ou dans le macrocosme ). »

Il y aura ce soir des images, comme elle aime à les faire converser avec le texte – il est frappant de noter cet apport des images à ses textes qui n’en contiennent pas tant, d’images, travaillant avec quelques motifs irisés, même quand ils ressemblent à des récits,

apport considérable quand elles sont présentes en nombre (dans En surface ), constituant le tissu, le milieu où le mots se produisent,

mais apport tout autant considérable autant quand elles sont peu (dans Des corps transitoires, au nombre de trois, arbres, ciel, mer, toujours), quelques matières exposées venant s’enchâsser au texte, pauses et relances,

dans la douceur inquiète.

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